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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille / Otello - G. Verdi - 14/06/2011
     

CRITIQUE

Naissance d’un Maure d’exception

Afficher le dernier drame lyrique de Verdi relève d’un périlleux travail de recherche : trouver le rôle-titre. Et il n’est que de compter sur ses doigts pour s’apercevoir que nos deux mains suffisent largement à dénombrer le nombre de titulaires de cet emploi depuis… un siècle. Formidable découvreur de talents, Nicolas Joel a bien anticipé l’évolution vocale du jeune ténor letton Aleksandrs Antonenko, aujourd’hui assurément le meilleur interprète du maure vénitien qui se puisse distribuer. Il le présente au public français pour les actuelles reprises de l’Otello verdien.

L’œuvre a fait son entrée à Bastille en 1990 dans une mise en scène du roumain Petrika Ionesco. En 2004, toujours à Bastille, c’est l’un de ses compatriotes, Andrei Serban, qui prend la relève et propose une autre lecture de l’ouvrage. C’est celle-ci qui est toujours à l’affiche, dans les décors de Peter Pabst, les costumes de Graciela Galan et les lumières de Joël Hourbeigt. Quelques belles séquences, comme la tempête initiale sur des projections de mer déchaînée, ou encore la mise-en-scène sacrificielle du dernier acte qui voit le Maure se peindre de couleurs que l’on imagine tribales, ne peuvent cacher l’archaïsme de défilés tous drapeaux déployés. Quant à l’utilisation systématique de voiles occultant tels ou tels personnages, les obligeant souvent à passer en-dessous de la manière la plus artificielle qui soit, avouons qu’elle trouve rapidement ses limites. Sans citer cette table de bistrot renversée qui sera le « romantique » décor des retrouvailles d’Otello et de Desdemona au 1er acte…


Aleksandrs Antonenko (Otello) et Renée Fleming (Desdemona)
Crédit photo : Ian Patrick

La révélation Antonenko

L’intérêt de ce spectacle est bien sûr ailleurs. Et tout d’abord dans la découverte d’Alexandrs Antonenko, ce jeune ténor letton que Salzbourg avait accueilli dans ce rôle, peut-être de manière prématurée, sous la direction de Riccardo Muti en 2008. Aujourd’hui il relève avec un brio incroyable le flambeau de ses prédécesseurs à l’Opéra de Paris. Et ce n’est pas un mince compliment quand on pense qu’il s’agissait de Vladimir Galouzine (dernier en date), Placido Domingo, Jon Vickers ou encore le franco-italien Ramon Vinay, un interprète dont les enregistrements ont marqué Alexandrs Antonenko. A vrai dire, ce dernier dispose de tous les atouts pour être un Maure hors pair. Sans oublier une stature particulièrement imposante sans être massive, ce qui frappe immédiatement l’oreille est la densité d’un timbre à l’éclat sombre et aveuglant. Très vite la formidable homogénéité d’une ample projection sur un ambitus du rôle couvrant deux octaves et exigeant pour l’ensemble des registres, s’impose. Le phrasé est en place, large et opulent, réservant des plages d’une belle musicalité. Le comédien évite l’histrionisme trop souvent de mise dans ce personnage en proie à la plus démente des jalousies. En somme le portrait d’un Otello idéal, d’ailleurs les plus grandes scènes du monde commencent à le monopoliser pour cet ouvrage, mais aussi pour Tosca, La Dame de Pique, Il Tabarro, La Fanciulla del West. Il ne serait pas étonnant que les années à venir le voient débuter dans Turandot. A l’évidence, il était difficile d’aligner une distribution verdienne à son image. Bien que starissime de la soirée, la soprano américaine Renée Fleming ne peut cacher les failles d’une des plus belles voix du monde face à ce rôle. Usant, voire plus, du poitrinage, elle ne nous fait rêver que dans un dernier acte, il est vrai, d’une splendeur musicale sans équivalent. Ce n’est pas suffisant et ne peut faire oublier le peu de projection dans les ensembles et le faible impact dramatique de cette voix faite idéalement pour La Comtesse de Capriccio ou Arabella plutôt que pour les élans passionnément désespérés de Desdemona, un rôle qui n’a jamais été à sa mesure et souvent, faut-il le souligner, sous-distribué. Le baryton italien Lucio Gallo fait une carrière considérable, alternant dans toutes les capitales lyriques aussi bien Puccini que Verdi et Wagner. La voix est incontestablement puissamment projetée, homogène, mais elle manque parfois de rondeur et quelques attaques fixes entraînent par la suite une raucité faisant craindre le pire. Cela dit, le comédien est habile et fixe le portrait maléfique de Jago avec conviction. Saluons non seulement la très bonne tenue des seconds rôles, comme toujours dans cette maison d’opéra, mais aussi celle de la phalange chorale sous la direction d’Alessandro Di Stefano.

Marco Armiliato, maestro italianissimo

Le répertoire de ce chef italien est entièrement composé d’œuvres de compositeurs transalpins, Donizetti, Puccini et Verdi en trustant plus des trois quarts ! Et c’est un bonheur sans mélange que de l’entendre déchaîner les somptueuses phalanges de l’Opéra de Paris, sachant passer du cataclysme initial à la rêverie nocturne qui unit Otello et Desdemona. Avec une science peu commune, il sait trouver le phrasé, la couleur, la dynamique, l’ampleur, soucieux du plateau mais avec une attention guidée en permanence par le respect le plus absolu du style d’une partition comptant parmi les plus abouties de ce compositeur. Le Capitole de Toulouse peut s’enorgueillir de lui avoir ouvert ses portes pour huit ouvrages dans les années passées, dont en octobre 2009 pour les reprises de Simon Boccanegra à La Halle aux Grains.

Robert Pénavayre

 

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Représentations 
suivantes :


20, 23 et 28 juin 2011, 1er, 4, 7, 10, 13 et 16 juillet 2011

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