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Opéra/ Opéra de Paris - Garnier / La Dame du lac - G. Rossini -
30/06/2010
     

CRITIQUE

Une distribution magique

L’entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de "La Donna del lago", de Gioacchino Rossini, est totalement marquée par un casting étincelant qu’il paraît difficile aujourd’hui d’égaler.

Profitant de la défection de Spontini, à qui le San Carlo de Naples avait commandé un opéra pour l’automne 1819, ce dernier portant ses pas alors vers Berlin où il allait être nommé quelques mois plus tard kapellmeister en chef, Rossini dut se hâter pour choisir un sujet et ensuite écrire une partition. L’intrigue est directement inspirée d’un poème épique de Walter Scott traduit sous forme de livret par Andrea Leone Tottola. La partition n’est pas entièrement de Rossini qui, pour des raisons de temps, confia l’écriture des récitatifs à un collaborateur. Celui-ci signera  également l’air de Douglas. Ni opera seria, et encore moins opera buffa, cette Donna marque une étape importante en cela qu’elle préfigure certainement Guillaume Tell et, quoi qu’il en soit, jette un premier pont vers le romantisme italien.
Alors même que la première fut un cuisant échec, dès la seconde l’ouvrage s’installa pour… 12 ans au répertoire du San Carlo. A vrai dire, les difficultés d’interprétation rendent sa programmation, même aujourd’hui, particulièrement ardue, voire téméraire ! D’où sa quasi disparition du répertoire de la plupart des théâtres lyriques.


Juan Diego Florez (Giacomo) et Joyce DiDonato (Elena) - (Photo : Agathe Poupeney)

Une production « muséale »

Dans le décor monumental et unique d’Ezio Frigerio, ici les loges en arc de cercle d’une salle de théâtre (pas très original…) et les somptueux, mais vraiment somptueux, costumes de Franca Squarciapino, et malgré des lumières relativement neutres, signées pourtant d’un magicien en la matière : Vinicio Cheli, le metteur en scène Lluis Pasqual semble nous faire revivre une direction d’acteurs telle que les gravures de ce début du 19ème siècle la suggèrent. Peu de mouvements, attitudes stéréotypées et emphatiques face au public, nous sommes dans un musée. Seules idées, pas forcément bienvenues d’ailleurs, qui marquent une certaine modernité de ton : les chœurs sont, eux, en smoking et robe longue, et toute l’action sentimentale, en fait le dilemme amoureux entre l’héroïne et trois soupirants, est traduite en permanence par quatre danseurs… en cotte de mailles ! La justification du port de ces dernières se trouve dans le conflit armé opposant rebelles et troupe royaliste, seul moteur sous-jacent de l’action. Le silence s’impose, par courtoisie, quant à la qualité et à l’intérêt de la chorégraphie signée Montse Colomé. Le seul point positif d’une telle production est certainement de laisser le champ libre aux chanteurs, ces derniers devant déjà affronter une écriture vocale d’une terrifiante difficulté.

Casting d’étoiles

Nicolas Joel n’aurait certainement pas monté cette Donna s’il lui avait manqué un seul des artistes présents pour cette entrée au répertoire. Conscient des exigences de cette redoutable partition, il a réuni un quatuor tout simplement idéal. Deux ténors s’affrontent sur scène dans des morceaux anthologiques requérant une aisance ainsi qu’une assurance de la quinte aigüe tout à fait exceptionnelles. En 1992, la Scala affichait, dans les rôles de Giacomo et Rodrigo, Rockwell Blake et Chris Merritt.


Daniela Barcellona (Malcolm) et
Colin Lee (Rodrigo)
(Photo : Agathe Poupeney)
 
Aujourd’hui, le Palais Garnier nous offre Juan Diego Florez et Colin Lee. Excusez du peu ! Le ténor péruvien, égal à sa légende, resplendit par la lumière aveuglante d’un timbre aux couleurs d’or en fusion. Le charme souverain d’un phrasé aux infinies et envoûtantes ondulations n’a d’égal qu’un art du chant aujourd’hui sur des sommets anthologiques. N’ayons pas peur des mots, c’est la perfection. Son confrère sud-africain Colin Lee est en train de se faire un nom également dans l’univers des ténorissimes. Clairement d’un tout autre gabarit, avec un medium beaucoup plus corsé, il est idéalement distribué dans le rôle martial de Rodrigo. D’une rondeur égale sur l’ensemble d’un large et homogène ambitus, la voix de Colin Lee s’épanouit jusque dans un suraigu d’une insolence et d’une sûreté stupéfiantes. Styliste de premier plan, ce ténor dresse un portrait vocal complètement saisissant de présence du rebelle écossais.

Dans le rôle travesti de Malcolm, Daniela Barcellona arrive quant à elle à imposer un vrai personnage dramatique (un exploit dans cette production !). Sa parfaite science bel cantiste alliée à un somptueux timbre de mezzo-contralto, dont elle détient le secret d’une éblouissante palette de couleurs, achève une incarnation en tous points enthousiasmante. Soulignons également le très bon Douglas de Simon Orfila et l’excellent niveau des seconds rôles.
Quant à Joyce DiDonato, Elena, la Dame du lac, elle s’inscrit d’ores et déjà dans la lignée des cantatrices qui auront marqué ce rôle. Le timbre de velours de la mezzo-soprano américaine et sa suprême musicalité, sa virtuosité aussi ainsi que sa stupéfiante souplesse d’émission, à ce titre le rondo final est à inscrire dans le marbre, tout cela et bien d’autres choses encore suffisent à camper une Elena sans rivale aujourd’hui dans cette tessiture mixte réservée par Rossini à sa femme, la cantatrice Isabelle Colbran.
Le tableau aurait été quasi parfait si la direction de Roberto Abbado n’avait été aussi empruntée et sans couleurs, et les chœurs préparés par Alessandro di Stefano, chose rarissime à l’Opéra de Paris, aussi hésitants.
Mais bon, franchement, le sujet était largement ailleurs, dans un ailleurs en l’occurrence totalement jubilatoire !

Robert Pénavayre

 

infos
 

Représentations 
suivantes :


2, 4, 7 et 10 juillet 2010.
Pour ces représentations, Javier Camarena succèdera à Juan Diego Florez et Karine Deshayes à Joyce DiDonato

Renseignements et réservations :

www.operadeparis.fr


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