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CRITIQUE

Dans le marbre du génie : les Contes de Robert Carsen

Pour les actuelles reprises du chef d’œuvre de Jacques Offenbach, Nicolas Joel avait invité pour interpréter le rôle terrifiant d’Hoffmann, l’un des ténors les plus intéressants du circuit actuel, l’italien Giuseppe Filianoti.


Deuxième acte – Franck Ferrari (Miracle) et Inva Mula (Antonia)
Crédit photo : Frédérique Toulet

Proposer Hoffmann à un ténor relève soit de l’inconscience soit d’une parfaite connaissance des possibilités de l’interprète. Vu le résultat, Nicolas Joel relève du second cas. Rien d’étonnant à cela car l’actuel patron de l’Opéra de Paris suit l’évolution du ténor italien depuis plus de cinq ans. L’ayant fait sagement débuter à Toulouse pour un somptueux Ottavio de Don Giovanni en février 2005, il lui avait proposé deux ans après les reprises in loco de L’Elixir d’amour. Autre triomphe ! Et c’est en toute connaissance de cause qu’il l’avait invité pour son dernier spectacle capitolin : Faust, en 2009. Nicolas Joel le savait donc prêt pour Hoffmann, sa tessiture tendue et la longueur d’un rôle réclamant un contrôle absolu et un dosage savant de ses moyens. Dans une forme vocale éblouissante, Giuseppe Filianoti est un Hoffmann solaire, vaillant, phrasant le rôle avec une science de la prosodie française renversante d’authenticité. Sa voix, parfaitement homogène, puissamment projetée, est couronnée par un aigu d’une stupéfiante sûreté. En somme, un Hoffmann comme on en rencontre peu par génération.
La suite de la distribution était de très bon niveau, dominée cependant par l’Antonia d’anthologie d’Inva Mula, dont on ne sait qu’admirer le plus, d’un timbre fruité d’une parfaite rondeur d’émission à une musicalité stupéfiante de maîtrise. Laura Aikin affronte l’acte d’Olympia avec une incroyable assurance, passant un par un les multiples pièges de sa grande scène avec bonheur. Béatrice Uria-Monzon est toujours cette idéale Giulietta dont le timbre soyeux et sensuel convient à merveille à la courtisane vénitienne.
Saluons également pour leurs interventions dignes de ce spectacle Cornelia Oncioiu (La Mère), Rodolphe Briand, épatant Spalanzani, Léonard Pezzino dans les quatre emplois « comiques » et Alain Vernhes, irremplaçable Crespel et Luther.


Troisième acte : de gauche à droite : Franck Ferrari (Dapertutto), Giuseppe Filianoti (Hoffmann), Béatrice Uria-Monzon (Giulietta) et Ekaterina Gubanova (Nicklausse)
Crédit photo : Frédérique Toulet

Si l’on n’est pas complètement charmé par Ekaterina Gubanova (La Muse, Nicklausse), son manque de netteté dans la prosodie obérant en partie l’intérêt de ces deux rôles, la question est plus complexe côté Franck Ferrari dans les rôles diaboliques. Si son français ne manque pas de précision, par contre la voix de ce baryton montre aujourd’hui des tensions dans le registre aigu très nettes voire inquiétantes : manque de vibration, blancheur du timbre, disparition de la projection.

Un joyau de l’Opéra de Paris

En ce 1er juin, cette production, créée en 2000, était donnée pour la 46ème fois ! Elle demeure, comme au premier jour, un chef d’œuvre d’intelligence et d’humour. Signée Robert Carsen pour la mise en scène, Michael Levine pour les décors et costumes, Jean Kalman pour les lumières, elle constitue, avec cette option de théâtre dans le théâtre, une sorte de paradigme pour cet opéra, mais à un degré tel qu’il est vraiment difficile de le concevoir autrement. A la tête des phalanges maison, Jesus Lopez-Cobos a tôt fait de nous faire oublier les précédentes reprises in loco de cet ouvrage en mai 2007 qui, certes, bénéficiaient, ponctuellement, de la présence électrisante de Rolando Villazón, mais hélas d’une distribution indigne de la première scène de France.

Robert Pénavayre

 

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