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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille / L'Or du Rhin - R. Wagner -
04/03/2010
     

CRITIQUE

Un prologue paré de splendeurs vocales

Ce prologue à l’Anneau du Nibelung de Richard Wagner ouvre la porte d’une nouvelle Tétralogie, œuvre titanesque particulièrement chérie par le maître des lieux : Nicolas Joel.

Le cycle complet n’a pas été affiché à l’Opéra de Paris depuis plus d’un demi-siècle. C’était très exactement en 1957 et sous la direction d’un géant : Hans Knappertsbusch. La multitude des thèmes historiques, sociologiques ou bien philosophiques sous tendus ou développés dans ce Ring a fait de cette œuvre gigantesque la proie idéale de plusieurs générations de metteur en scène. A tel point qu’il est aujourd’hui courant d’entendre parler de la version de tel ou tel metteur en scène, terminologie excluant ipso facto chef d’orchestre et chanteurs !


Face aux dieux sevrés de Pomme de jouvence, Kim Begley (Loge), de dos et de gauche
à droite : Marcel Reijans (Froh), Samuel Youn (Donner), Sophie Koch (Fricka) et Falk
Struckmann (Wotan) - (Photo : Elisa Haberer)

Il est vrai que, contrairement à La Walkyrie, à Siegfried et au Crépuscule des Dieux, la mise en scène de l’Or du Rhin est un incroyable challenge. Tout d’abord ce sont deux heures vingt minutes sans entracte, ensuite l’action se passe dans des lieux extrêmement divers (le toit du monde, le fond du Rhin, dans le royaume souterrain des Nibelungen, etc.), et pour finir, des dieux qui rejoignent leur palace 5 étoiles Luxe à bord d’un arc en ciel, sans oublier un nain se transformant à vue en dragon puis en crapaud. Avouons qu’il y a de quoi donner des nuits d’insomnies et des sueurs froides au metteur en scène.
Nicolas Joel a fait appel pour cela à Günter Krämer. Revisitant sa production hambourgeoise d’avril 1992, cette fois avec la complicité de Jürgen Bäckmann pour les décors et Falk Bauer pour les costumes, cet artiste nous donne une lecture finalement très premier degré de ce véritable western si proche d’une comédie sociale et d’une noirceur absolue. La scène est occupée par un demi globe terrestre sur lequel dieux et déesses torse nue (avec d’avantageux moulages couleur chair) semblent s’ennuyer à mourir. Auparavant, les Filles du Rhin, en robes de soirée érotiquement décorées, avaient fait mourir de désir un pauvre Alberich cul-de-jatte depuis leurs balançoires.


Le peuple des Nibelungen et leur maître Alberich (à gauche Peter Sidhom)
(Photo : Elisa Haberer)

A noter, dans cette scène liminaire, le très beau et saisissant tableau de la forêt d’algues humaines dans laquelle le roi des nains se perd. Si les Géants ont une taille normale, ils n’en sont pas moins, dans leur tenue d’égoutier, de véritables suppôts de la contestation sociale, envahissant même la salle de l’Opéra Bastille, drapeau rouge en tête. Finalement, des salaires non payés par des entrepreneurs véreux, cela ne date donc pas d’hier.
Un autre tableau stupéfiant de signification est celui du peuple souterrain, mineur donc de métier, tout droit sorti d’un Métropolis de cauchemar, complètement robotisé  et limant sans relâche l’Or volé au Rhin. Si la scène finale n’a pu être conforme à la maquette annoncée pour des raisons techniques (on voyait les dieux monter vers leur Walhalla sur une mer de nuages surmontée d’un magnifique arc en ciel, lui-même dominé par un gigantesque GERMANIA), elle n’en demeure pas moins saisissante de beauté formelle (voir photo). Au global une vision quasi ubuesque du pouvoir et de la lutte pour le garder, une vision presque naïve, parfaitement lisible donc, même si d’aucuns regretterons l’absence d’une véritable émotion dramatique, inévitable corollaire à une pareille option.

Final : Montée au Walhalla (Photo : Elisa Haberer)

Distribution haut de gamme

Les mélomanes toulousains savent de longue date tout le soin que Nicolas Joel met dans ses distributions. Loin de les réaliser autour de telle ou telle star, il privilégie l’homogénéité. C’est parfaitement le cas à nouveau dans cet Or du Rhin pour lequel Nicolas Joel a fait appel à des artistes qu’il connaît, pour la plupart, de longue date et dont il suit l’évolution avec attention.
Il en est ainsi du baryton allemand Falk Struckmann, Wotan au timbre d’airain, du baryton-basse coréen Samuel Youn (Donner), du ténor hollandais Marcel Reijans (Froh), du somptueux Loge du ténor anglais Kim Begley, véritable Monsieur Loyal d’une authentique Cour des Miracles, du baryton égyptien Peter Sidhom, aussi terrifiant que pathétique Alberich, du ténor autrichien Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime), du baryton-basse écossais Iain Paterson (Fasolt) et de la basse autrichienne Günther Groissböck (Fafner), deux géants aux organes imposants de noirceur.
Côté féminin, et pour sa prise de rôle, la mezzo soprano française Sophie Koch trace un portrait vocal de l’épouse de Wotan d’une véritable splendeur musicale. Harmoniques somptueuses, ligne de chant impeccable. Toutes ces qualités on les retrouve chez le contralto chinois Qiu Lin Zhang, probablement  la plus belle Erda au monde actuellement. Sans oublier la Freia du soprano danois Ann Petersen et les trois Filles du Rhin : Caroline Stein (Woglinde), Daniela Sindram (Wellgunde) et Nicole Piccolomini (Flosshilde).
Pour sa seconde Tétralogie et sa première intervention en tant que Directeur musical de l’Opéra de Paris, le maestro suisse Philippe Jordan signe une direction toute de retenue, loin des déluges telluriques traditionnels, quasiment mozartienne, d’une infinie clarté, aux frontières de l’impressionnisme. Il va être passionnant d’entendre le fils du grand Armin Jordan confronté aux délires charnels et émotionnels de la Walkyrie. Mais pour cela il faut attendre fin mai 2010.

Robert Pénavayre

 

infos
 

Représentations 
suivantes :


13, 16, 19, 22, 25 et 28 mars 2010

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