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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille/Andrea Chénier - U. Giordano -
03/12/2009 |
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CRITIQUE
Andrea Chénier s’empare de… la Bastille
Il aura fallut 113 ans pour que l’un des chefs d’œuvre du répertoire vériste fasse son entrée à l’Opéra de Paris.
Nicolas Joel, le nouveau maître des lieux, est un grand amoureux… de tous les genres lyriques. S’il voue un culte particulier à l’opéra allemand, cela ne l’empêche nullement d’adorer l’opéra-comique français du 19ème siècle au même titre que ces compositeurs qui furent les témoins actifs d’un 19ème siècle finissant et d’un 20ème siècle prometteur. Dans l’ombre tutélaire de Puccini, ils ont porté haut le flambeau de l’opéra transalpin. Parmi eux, Umberto Giordano (1867-1948) est loin d’être le plus marginal. Pour preuve sa Fedora créée en 1898 et surtout son Andrea Chénier qui vit le jour en 1896, certainement son œuvre la plus populaire, une œuvre d’ailleurs que ne dédaigna pas de diriger Gustav Mahler…
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Le tribunal révolutionnaire (Photo : Mirco Magliocca) |
Une nouvelle production
La nouvelle production qui accompagne l’entrée au répertoire de notre première scène nationale de cet Andrea Chénier est confiée au fils de l’un des plus grands interprètes du rôle titre de cet ouvrage : Mario del Monaco. Dans les décors, dont un superbe 1er acte, de Carlo Centolavigna et les costumes de Maria Filippi, Giancarlo del Monaco trace des scènes de foule d’une grande intensité, sans peut être parvenir à leur insuffler une certaine émotion, sentiment pourtant largement sous-tendu par l’héroïsme des protagonistes. A ce titre, le tableau final montrant Maddalena et Andrea grimpant, avec difficultés d’ailleurs, aux barreaux de leur prison, alors qu’ils sont censés se diriger vers la guillotine, manque singulièrement de signification immédiate… surtout dans le caractère ultra classique de cette production. Plus spectaculaire est le tableau du Tribunal Révolutionnaire. Situé dans un théâtre désaffecté dont le peuple avide de sang envahit les loges alors que les jurés occupent la scène, il dénonce avec force l’iniquité de ces jugements qui conduisirent à la mort des milliers de citoyens.
Une captivante distribution
Pierre angulaire de tous les ténors lyrico-dramatiques, le rôle du poète révolutionnaire fut l’apanage des Tamagno, Pertile, Lauri-Volpi, Martinelli et, plus près de nous del Monaco, Corelli et Domingo. C’est dire le matériau vocal nécessaire !
Nicolas Joel a proposé cette prise de rôle à Marcello Alvarez il y a déjà quelques années, anticipant avec l’expertise et l’intuition que nous lui connaissons, l’évolution de ce ténor dont il a assuré une grande partie des prises de rôle au Capitole de Toulouse. Le résultat est au rendez-vous et c’est un magnifique triomphe qui attendait le ténor argentin au final de la première représentation. Timbre solaire, ambitus profond et homogène, aigus éclatants (et Dieu sait s’ils sont sollicités dans cet emploi !), une projection d’une parfaite rondeur, voilà pour le portrait vocal de ce nouveau Chénier. Mais ce n’est pas tout. Il serait fort injuste de ne pas souligner l’extrême musicalité dont fait preuve cet artiste tout le long de l’ouvrage. Ce faisant, Marcello Alvarez se distingue de ses prédécesseurs en apportant au rôle une dimension lyrique et poétique alors que beaucoup se « contentaient » de la face héroïque du personnage. Grandiose !
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Micaela Carosi (Maddalena) et Marcello Alvarez (Andrea Chénier)
(Photo : Mirco Magliocca) |
A ses côtés, c’est l’une des grandes voix verdiennes actuelles, Micaela Carosi, qui lui donnait la réplique dans le rôle de Maddalena. Authentique lyrico-spinto, elle domine cet emploi avec une invraisemblable autorité. Il en est de même du russe Sergei Murzaev, déjà entendu dans ce rôle au Capitole de Toulouse en janvier de cette année. Son Carlo Gérard envahit littéralement le vaisseau Bastille grâce à une projection superlative et des harmoniques barytonnantes d’une formidable densité.
Dans une distribution des seconds rôles en tous points remarquable, soulignons tout de même l’épatante Comtesse de Stefania Toczyska, la bouleversante Madelon de Maria José Montiel et le Roucher luxueux d’André Heyboer.
Les Chœurs, admirablement conduits par Patrick Marie Aubert, complétaient à merveille ce plateau vocal.
L’Orchestre de l’Opéra de Paris, conduit par un spécialiste de ce répertoire, le maestro Daniel Oren, nous fit entendre un Giordano quasi inouï à ce jour, mettant savamment en évidence dans cette partition une authentique filiation puccinienne en termes d’orchestration et de puissance émotionnelle.
Robert Pénavayre |
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infos |
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Prochaines
représentations :
6, 9, 12, 15, 18, 21 et 24 décembre 2009
Renseignements et réservations : www.operadeparis.fr
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Les saisons musicales
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