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Opéra/ Théâtre du Capitole - Le Prophète , Giacomo Meyerbeer
23 juin au 2 juillet 2017
     
COUP DE CŒUR
     

CRITIQUE

Il fallait oser !

Après plus de quatre-vingts ans d’absence de l’affiche capitoline, voici que revient, en cette fin de saison 2016/2017, ce fameux Prophète qui fit les délices de nos ancêtres mélomanes au 19ème et au début du 20ème siècle. A la fin du spectacle, il est aisé de comprendre pourquoi cet ouvrage n’est plus à l’affiche. En fait les raisons sont multiples. Nous allons y revenir. Pour l’heure c’est devant une salle en délire et d’interminables ovations que le rideau est tombé sur cette reprise qui va faire date dans les annales de cette illustre institution toulousaine. Et à vrai dire, il fallait oser un tel spectacle, programmé par Frédéric Chambert depuis de longues années.

Il fallait car c’est le témoignage de tout un temps de l’art lyrique français, bien que cet opéra soit dû à la plume d’un compositeur allemand établi à Paris où il connaît ses plus grands triomphes : Robert le Diable, Les Huguenots, et bien sûr ce Prophète. Ces partitions, héritières du premier bel canto dans la vocalité et du plus pur classicisme dans la déclamation, donneront, ou du moins participeront à l’apparition du drame lyrique signé Verdi et Wagner. Oser programmer cet opéra est un vrai challenge car, d’une part, peu de musiciens l’ont déjà joué, les chœurs ignorent totalement ce répertoire, les chanteurs capables d’incarner les trois principaux personnages se comptent sur les doigts d’une main par génération et la production fait appel à toutes les ressources techniques d’un grand théâtre. En ces temps de repliement sur un répertoire assuré de faire le plein, et uniquement cela, il fallait donc oser et c’est tout à la gloire du Théâtre du Capitole de l’avoir fait. Et de quelle manière.


Scène du couronnement - Photo Patrice Nin -

Triomphe unanime pour un trio vocal exceptionnel

Dernier interprète en date du rôle de Jean de Leyde, le Prophète, sur notre scène, en… 1935 : Henri Saint Cricq. C’était avant tout un prodigieux Otello verdien qui fit trembler les murs du Capitole à plusieurs reprises. Ce que nous propose aujourd’hui John Osborn est bien sûr différent. Ayant parfaitement assimilé l’héritage rossinien et gluckiste contenu dans l’écriture de Meyerbeer, il en assure toutes les contraintes stylistiques. Doté d’une voix au timbre chaleureux, à l’ambitus profond, aux registres parfaitement soudés et homogènes, puissamment projetée au besoin, John Osborn est aussi un technicien hors pair, se jouant des vocalises, contrôlant un souffle inépuisable, faisant tonner un registre grave aussi bien qu’un aigu, et un suraigu, qu’il sait rendre élégiaques autant que meurtriers et incantatoires, capable des plus inouïs diminuendo et tout cela en incarnant un personnage d’une réelle complexité. Seul un interprète de cette trempe peut parvenir à la fin de cette épreuve en 5 actes avec une telle fraîcheur vocale.
Autre rôle plus qu’exigeant, celui de Fidès, sa mère. Créé par Pauline Viardot, la sœur de Maria Malibran, cet emploi est littéralement écrasant, réclamant une tessiture de contralto s’envolant jusqu’au… contre-ut ! Sans parler d’une souplesse d’émission qui trouve son acmé dans un air final proprement dantesque. Remplaçant Ekaterina Gubanova initialement retenue, c’est la mezzo Kate Aldrich qui abordait le rôle. Véritable falcon aux aigus éblouissants de puissance et de rondeur, elle aborde la terrifiante partie grave, avec contre-sol et contre-la (!!!!) avec détermination et assurance sans en posséder toutefois la véritable couleur. Interprète engagée, elle dessine un portrait de Fidès d’une véritable incandescence. Ovations méritées !


Trio du dernier acte : Sofia Fomina (Berthe), John Osborn (Jean) et Kate Aldrich (Fidès)
- Photo Patrice Nin -

Et puis il y a Berthe, cette pauvre jeune fille jetée entre les mains du noble local par Jean, son propre fiancé… L’observation de son répertoire laisse perplexe. En effet, Sofia Fomina est connue de par le monde pour des rôles de soprano lyrique comme Gilda, Oscar, Rosine ou encore la Fiakermilli d’Arabella. Pour sa prise de rôle de Berthe, ce qu’elle nous fait entendre est plutôt un immense soprano, format grand lyrique flirtant avec l’abattage vocal d’un « verdi » ! Voix homogène, puissante, souple, virtuose, d’une parfaite rondeur d’émission jusque dans les aigus les plus péremptoires, musicienne et comédienne vibrante, Sofia Fomina éclaire de sa voix irradiante ce sombre drame. Tonnerre d’applaudissement au salut final. Dans de faux rôles « secondaires », ceux des anabaptistes, saluons la performance vocale de Dimitry Ivashchenko (Zacharie), Mikeldi Atxalandabaso (Jonas) et Thomas Dear (Mathisen). Après un début, à cheval (!), un brin hésitant, Leonardo Estévez campe par la suite un Comte d’Oberthal d’une belle tenue vocale.
Sous la direction d’Alfonso Caiani, le Chœur et la Maîtrise du Capitole apportent avec fougue et passion leur essentielle contribution au succès de cette reprise.



Scène finale - Photo Patrice Nin -

Effets spéciaux, superproduction, ballet, nous sommes bien dans le ton de l’ouvrage

Certes et fort heureusement, tout le ballet prévu à l’origine n’est pas au programme. Demeure la séquence célèbre des Patineurs, ici habilement maquillée et décalée par Pierluigi Vanelli. La mise en scène de Stefano Vizioli, dans les décors et costumes d’Alessandro Ciammarughi et les lumières de Guido Petzold, ne s’embarrasse pas, et comme ce concept est juste, d’une quelconque extrapolation dans le temps de l’action. J’imagine que la chose est tentante aujourd’hui quand un livret parle de secte et de manipulation religieuse… Ici nous sommes au temps de l’action, la direction des solistes et des chœurs est fluide, pertinente, explicite et rend hommage au genre, hommage qui trouve son apogée dans un quatrième acte, celui du couronnement, absolument dantesque.
Sous la direction musicale de Claus Peter Flor et sur une partition dont on sait la fragilité d’authenticité, saluons au passage le travail d’écriture et de compilation fourni en la matière par Christophe Larrieu pour ces reprises, ce spectacle « osé » montre à l’évidence l’envergure de la stature du Théâtre du Capitole dans le monde lyrique.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 24 juin 2017

 

infos
 

Renseignements concernant les distributions, les dates et les abonnements :

www.theatreducapitole.fr

 

 

Représentations 
suivantes :


25, 27 et 30 juin et
2 juillet 2017

ATTTENTION, EN SOIREE LE SPECTACLE EST A 19H30 !

 

 
 
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