Déjà, pendant l’opéra susnommé, la voix d’Enkelejda Shkosa n’était pas passée inaperçue tant cette cantatrice, parfaite commère shakespearienne, nous avait séduit par un timbre d’un beau métal et une musicalité que l’on devinait prête à d’autres challenges. Confirmation lors de ce récital qui, de plus, bénéficiait de toute l’attention musicale de Robert Gonnella (piano). Affrontant avec un égal bonheur de grandes pages de Gluck (Paride ed Elena, Orfeo ed Euridice), Cherubini (Medea), Rossini (L’Italiana in Algeri), et Thomas (Mignon), pages panachées de mélodies de Donizetti, Rossini et Tosti, Enkelejda Shkosa démontre avec une assurance réconfortante l’étendue de son talent. Du vertigineux premier air d’Isabella dans L’Italiana in Algeri (Cruda sorte ! Amor tiranno !), scène périlleuse dans laquelle l’artiste prouve sa capacité à interpréter cet aria diabolique réclamant une parfaite soudure des registres avec une virtuosité permanente, jusqu’à Mignon et son formidablement émouvant « Connais-tu le pays », ici phrasé à la perfection et une intensité dramatique de tous les instants, tout le programme dévoile une vraie personnalité lyrique conjuguant une maîtrise vocale parfaite et un sens théâtral indiscutable. L’inévitable bis, réclamé à grand renfort d’applaudissements, nous livra sa Carmen « Près des remparts de Séville », séance de gringue monstrueuse écrite par un Bizet totalement génial. Triomphe !
Un rappel simplement, cette cantatrice vient de chanter Eboli (Don Carlos) à Lisbonne et revient à Toulouse en avril pour Suzuki (Mme Butterfly).
Robert Pénavayre |