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Opéra/ Théâtre du Capitole - Madame Butterfly, G. Puccini
13/04/2012
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CRITIQUE
Hui He ou l’émotion à son comble
Les reprises actuelles de Madame Butterfly de Giacomo Puccini à la Halle aux Grains de Toulouse demeureront certainement marquées par l’interprétation que donne la soprano Hui He de Cio-Cio-San. |

1er acte : au centre : Teodor Ilincai (Pinkerton) et Hui He (Cio-Cio-San)
- Photo David Herrero - |
Détentrice du rôle-titre de cet ouvrage sur les plus grandes scènes du monde, la cantatrice chinoise semble totalement habitée par ce personnage. Elle le pleure, elle le transpire, elle le vit de manière flagrante et, surtout, elle le chante somptueusement. Grand lyrique aux aigus percutants, Hui He maîtrise à la perfection un organe magnifiquement projeté, d’une rondeur exceptionnelle sur tout le long ambitus d’une tessiture dont les registres sont parfaitement soudés. L’assurance et la beauté du ré bémol (optionnel) sur lequel elle clôt son entrée en disent long sur le sujet. Et quelle musicalité ! Sachant à la perfection conjuguer les puissants élans d’enthousiasme ou de désespoir aux longues et extatiques phrases trahissant sa naïveté, Hui He trace ainsi un portrait de Cio-Cio-San qui nous plonge au cœur de l’émotion lyrique. Superbe !
Difficile d’exister à ses côtés, d’autant que les autres rôles n’ont rien à voir en termes d’intérêt vocal comme psychologique avec celui de cette héroïne hors du commun. |

Final :
de dos, Hui He (Cio-Cio-
San)
- Photo David Herrero - |
O |
Cela dit, saluons comme il convient la prise du rôle de Pinkerton par le jeune albanais Teodor Ilincai. Ce ténor, au phrasé large et bien soutenu, a la voix idéale pour cet emploi. Son aigu spinto suffit à faire claironner toute la suffisance de cet officier américain aussi lâche que pleutre. Le registre supérieur, parfaitement accroché, lui permet non seulement d’affronter la tessiture un rien tendue de certains passages mais également, et pour le plus grand plaisir de tous, de nous offrir un splendide contre-ut (facultatif) à la fin du 1er acte, à l’unisson de celui de Cio-Cio-San. Les valeurs intrinsèques de cette voix : projection, homogénéité, couleurs, musicalité, longueur, devraient imposer ce jeune artiste, au demeurant également excellent comédien, et sous réserve de prudence, dans l’univers des artistes majeurs de sa tessiture dans les prochaines années.
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Si le Sharpless du baryton américain Trevor Scheunemann, malgré une belle présence scénique et de réelles qualités de timbre et d’émission, ne constitue pas une découverte majeure (attention à la projection…), soulignons la tenue impeccable d’Enkelejda Shkosa, Suzuki profondément compassionnelle au timbre velouté d’une sombre beauté. Parmi les autres rôles, le ténor italien Gregory Bonfatti se taille la part du lion avec un Goro qui frôle la perfection.
Requiem pour une geisha
La mise en scène de Nicolas Joel, ici excellemment réalisée par Stéphane Roche, dans les décors et costumes de Bruno Schwengl, n’a pas pris une seule ride depuis sa création en 1996 et malgré ses nombreuses reprises. Intensément émotionnelle, elle fixe le spectateur à l’intérieur d’un huis clos étouffant dans lequel l’impérialisme pourra procéder sans entrave au sacrifice suprême de la jeunesse. Le sens de ce sacrifice semble avoir conduit le chef allemand Claus Peter Flor, que nous avons salué plusieurs fois dans ces mêmes colonnes pour ses remarquables interprétations mozartiennes, vers des sommets d’analyse musicale. Détaillant jusqu’à l’extrême la moindre intervention de chaque pupitre, il donne à son tempo celui d’un requiem. Si le sens est juste, il en est autrement du sentiment car, de facto, la partition se trouve alors dépourvue de couleurs et la sublime phrase puccinienne privée de chair, de sang, d’énergie, de profondeur. En un mot comme en cent : de vérité. Certes, la composition de Puccini est d’une incroyable richesse harmonique et il est hors de question de l’ignorer, mais faut-il pour autant l’aborder de manière aussi intellectuelle ? Dans un entretien accordé au Journal du Théâtre du Capitole (n°6), Claus Peter Flor conclut ainsi sur Butterfly: « Ressentir l’émotion, cela doit rester l’affaire du spectateur. » Réflexion pour le moins sibylline…
Robert Pénavayre
(14 avril 2012) |
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infos |
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Renseignements et réservations :
www.theatre-du-capitole.org
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Représentations suivantes à la Halle aux Grains :
Les 17, 20, et 24 avril à 20 h et les 15 et 22 avril
à 15 h |
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Les saisons musicales
lyrique et
chorégraphique
toulousaines
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