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Opéra de Paris
Le Cavaillé-Coll du
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06/05/2012 |
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Cosi fan Tutte
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Le dialogue des âmes
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Opéra/ Théâtre du Capitole -
Cosi fan Tutte - W. A. Mozart -
17/06/2011
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CRITIQUE
Glissements progressifs du désir
En affichant cet incroyable et absolu chef-d’œuvre qu’est le Cosi fan tutte mozartien, Frédéric Chambert clôt sa saison d’opéra 2010/2011 sur une somptueuse leçon de théâtre lyrique signée Pierre Constant.
Avant les indiscutables qualités vocales et musicales de ces reprises, sur lesquelles nous allons revenir, il est totalement légitime de souligner que le maître d’œuvre de ce spectacle longuement ovationné est le metteur en scène Pierre Constant. Avec ce comédien passé à la mise-en-cène, nous parlons bien de théâtre lyrique tant sa direction d’acteur est intensément signifiante. Pour preuve, parmi tant d’autres moments, le final de l’opéra durant lequel les deux couples s’avancent, vers un autel improvisé, dans un ordre pour le moins diffus et improbable. Dans ce geste, tout est dit car tout aurait pu arriver et rien n’est moins sûr que les lendemains amoureux de ces quatre jeunes gens. Très clairement Pierre Constant nous parle ici d’attirance charnelle. Sans aucune ambiguïté. A ce titre, la scène de drague entre Dorabella et Guglielmo est torride. Et fatale à la jeune femme… Profitant d’un cast d’une incroyable jeunesse, le metteur en scène anime le plateau d’un rythme étourdissant. Point n’est besoin pour lui d’une opulente scénographie, le décor unique de Roberto Platé enferme gentiment les six protagonistes dans un espace très bcbg 18ème siècle, en fait un salon contenant un lit et un fauteuil et s’ouvrant sur la plage, époque confirmée, soulignée par les costumes de Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi. Ce spectacle, issu de l’Atelier lyrique de Tourcoing, a reçu en 1995 le Prix du meilleur spectacle lyrique de l’année ainsi que le Prix de la Critique. Il est intense, jubilatoire, plein de vie, intelligent, d’une acuité foudroyante. C’est comme cela que nous voulons voir l’opéra aujourd’hui et c’est comme cela qu’il survivra. |

De gauche à droite : Saimir Pirgu (Ferrando), Marie-Adeline Henry (Fiordiligi),
Ailish Tynan (Despina), Roxana Constantinescu (Dorabella) et Alex Esposito (Guglielmo)
(Photo Patrice Nin) |
Une distribution pleine d’enthousiasme
L’Orchestre du Capitole, dans une fosse légèrement rehaussée et dans la formation réduite (34 musiciens) requise par l’œuvre, sonne formidablement baroque sous la direction précise, carrée mais attentive d’Attilio Cremonesi. Sur scène, et malgré le Don Alfonso sensiblement en retrait, du moins vocalement, de Bruno Taddia (timbre flou, projection incertaine), tout le monde s’en donne à cœur joie. Marie-Adeline Henry s’avance avec courage, si ce n’est aussi un peu de témérité, et quoi qu’il en soit avec beaucoup d’aplomb, sur les pas de Fiordiligi. Si l’ambitus titanesque requis répond présent, de même que le phrasé et une belle souplesse dans la vocalise, le timbre demeure ingrat, un rien métallique et la rondeur d’émission parfois absente. Mais bon, l’interprète est jeune (pas encore 31 ans !) et bien des choses peuvent se corriger. Roxana Constantinescu incarne une Dorabella autrement charmeuse vocalement, bien sûr dans un emploi beaucoup moins exigeant. Arrivée au dernier moment en remplacement, Ailish Tynan campe une Despina dans la meilleure tradition, vive, impertinente, au chant habile et souple, à la composition pleine d’humour. Mais le plus excitant vient du banc des deux jeunes gens. Saimir Pirgu chante un Ferrando en état de lévitation dans « Un’aura amorosa » et totalement déchiré dans « Tradito, schernito », accompagnant ces deux airs très différents d’une parfaite musicalité, franchissant le cap des mortelles vocalises au final du 1er acte avec une aisance confondante. Le timbre solaire se déploie sans dévoiement aucun sur un ambitus et une projection actuelle qui, n’en doutons pas, devraient l’amener vers d’autres rôles de ténor, pourquoi pas français. A ses côtés, Alex Esposito, dont la plastique avantageuse est largement exposée dans cette production, est un Guglielmo de rêve. Timbre fascinant d’harmoniques, projection somptueuse, souffle parfait, style aguerri, comédien particulièrement convaincant, il donne une chair autant vocale que dramatique particulièrement intense à ce rôle, se glissant avec délectation dans une production que l’on pourrait presqu’imaginer faite pour lui. Saluons enfin les courtes mais excellentes interventions des chœurs du Capitole sous la direction d’Alfonso Caiani.
Voilà, quand l’opéra rencontre le théâtre, cela donne le vertige, un vertige jubilatoire qui est l’accomplissement des chefs-d’œuvre.
Robert Pénavayre |
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infos |
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Renseignements et réservations :
www.theatre-du-capitole.org |
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Représentations suivantes :
19, 22, 24, 26, 28 et 30 juin 2011
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Les saisons musicales
lyrique et
chorégraphique
toulousaines
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2011-2012 |
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