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Opéra/ Théâtre du Capitole / Les Vêpres de la Vierge - C. Monteverdi -
Les Sacqueboutiers - 24/06/2010 |
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CRITIQUE
Eblouissantes Vêpres
Quatre-cents ans d’âge et toujours d’une actualité musicale brûlante. Les Vêpres de la Vierge (Vespro della Beata Vergine, en VO) de Claudio Monteverdi ont été vraisemblablement créées en la Basilique Santa Barbara de Mantoue le 25 mars 1610. Cette partition somptueuse, premier grand oratorio de l’histoire de la musique, traverse les siècles en se transformant sans cesse.
En ce début de dix-septième siècle, comme la notation musicale reste encore très spartiate, le compositeur compte sur l’interprète pour déduire du document écrit le détail de l’instrumentation et de la répartition des voix, ceci en fonction de la pratique instrumentale et vocale du temps. La conséquence actuelle est que toute nouvelle exécution des Vêpres met en œuvre une nouvelle partition. Charge est laissée aux interprètes de choisir la « version » qu’ils souhaitent défendre. |

Jean-Pierre Canihac dirigeant Les Sacqueboutiers et le Choeur du Capitole dans
"Vespro della Beata Vergine" de Claudio Monteverdi
(Photo Patrice Nin) |
Frédéric Chambert, directeur du théâtre du Capitole, s’est associé à l’ensemble de cuivres anciens de Toulouse, Les Sacqueboutiers, afin d’intégrer le chœur de sa grande maison lyrique à la réalisation élaborée par le directeur artistique de l’ensemble, Jean-Pierre Canihac. Celui-ci possède en effet toute la légitimité nécessaire pour cela, puisqu’il a participé à huit enregistrements discographiques de cette œuvre et à plus de deux-cent cinquante exécutions publiques. Malgré le challenge que cela représentait pour un chœur d’opéra plus habitué à chanter Verdi que Monteverdi, le projet a séduit Alfonso Caiani, le directeur de la phalange vocale du théâtre du Capitole. Et comme il a eu raison ! Sa science du chœur, la qualité de ses chanteurs et la réalisation des Sacqueboutiers ont abouti à l’un des plus excitants concerts qui soient.
Le 24 juin dernier, cette « version » du vingt-et-unième siècle était ainsi présentée au public qui emplissait la nef de la cathédrale Saint-Etienne et qui a fait un véritable triomphe à cette exécution éblouissante. Reconnaissons que l’on a rarement entendu une aussi parfaite fusion entre instruments et voix. Dans cette lecture nouvelle, le chœur du Capitole maîtrise parfaitement sa justesse et sa cohésion, ainsi que la dynamique d’une musique en perpétuelle transformation. Les choix instrumentaux et vocaux opérés par Jean-Pierre Canihac insufflent une animation débordante de vie à cette partition qui sonne ainsi comme une sorte de grand opéra sacré. L’affectation des différentes parties, des différentes répliques même, au grand chœur ou au chœur des solistes, ou même aux solistes individuellement, maintient un intérêt constant qui se manifeste par de fructueux échanges entre pupitres, entre solistes, entre voix et instruments. La spatialisation de ces échanges, l’organisation du double chœur, la réalisation intelligente et intelligible des échos, rajoutent encore à la portée cosmique de ce chef-d’œuvre. Tout cela au bénéfice du texte et de sa signification profonde dont la musique se fait le porte-parole expressif. |

Une partie du choeur et de l'ensemble instrumental (Photo Patrice Nin) |
La qualité exceptionnelle des solistes n’est pas pour peu dans cette réussite. Le dialogue entre les deux sopranos ferait fondre une banquise. Ainsi la grâce angélique d’Adriana Fernandez, le fruité fervent d’Anne Magouët transcendent le « Pulchra es ». Quant au « Duo Seraphim », incroyable fusion de deux, puis trois voix de ténor, il porte à incandescence la sensibilité des mélismes, grâce à Bruno Boterf et Vincent Bouchot, là aussi lumière et ardeur, puis à Furio Zanasi à l’incomparable dialectique musicale. Quel bonheur que la succession de ces dissonances passagères dont la résolution agit comme un baume de l’âme ! Le grand Furio Zanasi, merveilleux Orfeo, déclame ardemment l’« Audi Coelum » de son timbre chaleureux et de son irremplaçable sens du dire en musique.
Les musiciens ne sont pas en reste, et tout d’abord ceux qui animent le très riche continuo : Matthias Spaeter, au chitarrone, Josep Mari Marti, au théorbe, Yasuko Bouvard à l’orgue, Sébastien Wonner au clavecin et Christine Payeux et Eléonore Willi, viole de gambe et violoncelle. L’ensemble instrumental, dans son intégralité, réalise de véritables merveilles, notamment dans les échanges entre « dessus », violons (Laurent Pellerin, Hélène Médous et Jennifer Lutter) et cornetti (Lluis Coll I Trulls, Marie Garnier et Régis Singlit), tous aussi virtuoses que profondément musiciens.
Enfin comment ne pas évoquer ces moments d’émotion intense qu’obtient Jean-Pierre Canihac des voix et des instruments mêlés et qui mettent les larmes aux yeux ? L’entrée du tutti initial coupe le souffle et l’incroyable crescendo introductif du Magnificat donne le vertige. La ferveur, l’exaltation naissent d’une direction à la fois précise et souple qui confère à cette exceptionnelle partition son intensité expressive et sa richesse musicale. Un vrai bonheur en somme.
Robert Pénavayre
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