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Opéra/ Théâtre du Capitole / Euryanthe - C. M. von Weber -
22/01/2010
     

CRITIQUE

La résurrection d’Euryanthe

Presque deux siècles après sa création, l’opéra central de Weber n’a toujours pas acquis la réputation que son rôle dans l’évolution de l’opéra allemand devrait lui valoir. A l’exception de l’ouverture, raisonnablement programmée en début de quelques concerts, l’œuvre reste bien rarement donnée. Remercions Frédéric Chambert, directeur du Théâtre du Capitole, pour cette résurrection qui n’est autre qu’une création toulousaine, offerte en version de concert.

Euryanthe porte en germe bien des thèmes emblématiques de ce que sera le drame musical wagnérien. Lohengrin se lit clairement en filigrane à travers l’intrigue, certes quelque peu alambiquée, de l’ouvrage. Le couple Euryanthe-Adolar préfigure clairement celui que formeront Elsa et Lohengrin, alors que les noirceurs d’Ortrud et Telramund plongent leurs racines dans celles d’Eglantine et Lysiart. Les tessitures vocales et leurs caractérisations ne sont d’ailleurs pas très éloignées, si ce n’est que la partition de Weber exige une virtuosité de vocalisation que Wagner a abandonnée en cours de route.
L’intrigue, un peu datée reconnaissons-le, évoque une sorte de chaînon manquant entre Cosi fan Tutte et (encore une fois) Lohengrin. Le complot initial ourdi contre Euryanthe par le trio ténor, baryton, basse évoque en effet irrésistiblement la première scène de l’opéra de Mozart, alors que la confrontation entre Eglantine et Lysiart au début du deuxième acte annonce de manière saisissante le terrible duo Ortrud-Telramund.


De gauche à droite : le ténor Paul Kaufmann (Rudolf), le baryton Tommi Hakala (Lysiart), le chef d'orchestre Rani Calderon, la soprano Melanie Diener (Euryanthe) et la soprano Lauren Flanigan ( Eglantine) - Photo Patrice Nin -

Lors de la première représentation toulousaine de l’ouvrage, le 22 janvier dernier, le texte d’une naïveté amphigourique d’Helmina von Chezy ne favorise pas vraiment le décollage du premier acte. Un changement total s’opère dès le début du deuxième acte. L’atmosphère un peu figée qui inhibait jusque là l’exécution du drame se libère alors et une vie intense irrigue tout son déroulement. La scène du complot entre Lysiart et Eglantine enflamme de son drame les esprits et les cœurs. Le baryton Tommi Hakala anime son chant d’un pouvoir expressif convaincant, alors que Lauren Flanigan impressionne par l’ampleur de sa projection vocale, l’engagement et la grandeur tragique de son incarnation. A l’opposé de la palette expressive, Melanie Diener est une touchante Euryanthe, victime expiatoire, pleine de nostalgie et de douceur. La sensibilité extrême de sa ligne vocale, son sens du legato nourrit sa très belle scène de désespoir du troisième acte.

Les trois hommes de l'ouvrage, de gauche à droite : la basse Dimitry Ivashchenko
(le Roi Louis), le baryton Tommi Hakala (Lysiart) et le ténor Klaus Florian Vogt (Adolar)
- Photo Patrice Nin -
Le ténor Klaus Florian Vogt, physique avantageux et voix haut perchée, chante avec aisance et détachement le rôle d’Adolar, alors que la basse Dimitry Ivashchenko impressionne par la noirceur de son timbre et la noblesse de sa déclamation dans le personnage du Roi Louis.
La direction du chef israélien Rani Calderon, ferme, précise, dynamique, prend, dès le deuxième acte, un relief, une force expressive et une souplesse admirables. La parfaite coordination qu'il obtient entre l'orchestre, le chœur (splendide et excellemment mené par Alfonso Caiani) et les solistes est à porter à son crédit. Il anime et conjugue avec talent le déroulement des multiples musiques de scène tout au long du spectacle. Un grand bravo aux musiciens de l’Orchestre du Capitole dont toutes les interventions (en particulier l’impressionnant solo de basson, mais aussi la somptueuse fanfare de cors de la scène de chasse) font mouche à tous les coups.

Serge Chauzy

 

infos
 

Représentations :
Halle aux Grains :
22 janvier à 20 h,
24 janvier à 15 h

Renseignements et réservations :

+33 (0)5 61 63 13 13
www.theatre-du-capitole.fr

 
 
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