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Opéra/ Théâtre d'Avignon /Aïda - G. Verdi - 27/04/2010
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CRITIQUE
L’Aïda de Rani Calderon, une révélation !
En proposant au jeune chef israélien Rani Calderon sa première Aïda, Raymond Duffaut offre aux mélomanes une magistrale lecture d’une partition dont ils pensaient certainement avoir fait cent fois le tour.
Au Capitole de Toulouse, Frédéric Chambert lui ouvre cette saison les portes d’un grand théâtre français en le distribuant dans Euryanthe aujourd’hui et demain dans Obéron. Avignon le découvre avec cette Aïda en attendant Eugène Onéguine la saison prochaine. Entre temps, l’Opéra du Rhin l’aura invité pour Simon Boccanegra. Et les projets hexagonaux ne manquent pas ! A vrai dire, mardi soir, à l’issue de la représentation du chef d’œuvre verdien dans la Cité des Papes, un seul nom fleurissait dans la conversation, celui de ce maestro. Non pas que les chanteurs ou la production manquent d’intérêt, nous allons y revenir, mais ce que nous a donné à entendre Rani Calderon, à la tête d’un Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence en véritable état de grâce, tient de l’inouï. Le triomphe de la soirée a d’ailleurs sanctionné, si l’on peut dire, une prestation d’une incroyable densité. Et modeste avec çà, car le chef prétend simplement jouer la partition telle qu’elle est écrite, la dégageant simplement de certaines traditions. Sous sa baguette apparaissent des tempos d’une subtilité ébouriffante accompagnant le drame avec une acuité de tous les instants , des traits de cordes dont les mélismes mystérieux et la précision adamantine font naître des mélodies jusqu’à présent inconnues, sans parler d’une palette sonore dont la densité rend palpables autant les flots du Nil que les sables du désert, l’écrasante lumière des triomphes comme la sombre lueur du plus romantique des tombeaux. Une carrière à suivre impérativement !
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Indra Thomas (Aïda) |
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La production de l’Opéra de Nice, signée Paul-Emile Fourny pour la mise en scène, Jean-Pierre Capeyron pour les décors et costumes et Jacques Chatelet pour les lumières, nous plonge au cœur de l’Egypte ancienne avec une précision quasi archéologique. Le premier tableau nous mène ainsi droit sur un site de construction d’un temple avec scribe à l’appui, personnage qui, d’ailleurs, ne quittera plus la scène, inscrivant, de son calame le plus précis, sur sa précieuse tablette les évènements dont il assure ainsi l’éternité dans son témoignage.
De somptueuses lumières achèvent de transformer ce spectacle en une fresque traversée d’une profonde émotion.
Sur scène, et sans renouveler totalement sa fantastique Aïda d’Orange 2006, la soprano afro-américaine Indra Thomas s’affirme tout de même comme l’une des meilleures |
titulaires du rôle-titre par la puissance de sa projection et la qualité de son phrasé. Dommage alors que ce soir l’aigu ait semblé instable et quelques phrases attaquées avec des accents peu bel cantistes. Cela dit et plus globalement l’interprète est totalement crédible dans un rôle quelle assure dans les plus grands théâtres du monde. C’est le mezzo russe Elena Manistina qui incarne avec passion la Princesse Amnéris, son timbre chaud et vibrant donnant des allures de séisme à une scène du jugement dont le torrentiel déploiement manque de peu de la mettre en difficulté.
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Scène du triomphe
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Si le Radamès du Coréen Jeong-Won Lee n’a qu’une parenté lointaine, stylistiquement parlant, avec le héros égyptien souhaité par Verdi, saluons l’ensemble des clés de fa réunies sur ce plateau, du magnifique Amonasro du Mexicain Carlos Almaguer (quel timbre ! quel phrasé ! quel style !), au superbe Ramfis de la basse française Nicolas Courjal, sans oublier le noble Roi de Jean Teitgen. Sans oublier non plus les chœurs réunis d’Avignon et de Nice qui accomplirent pour l’occasion un remarquable travail d’ensemble.
Au total un spectacle enthousiasmant porté, faut-il le rappeler, par la magistrale direction de Rani Calderon.
Robert Pénavayre
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