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Entretien avec Pierre Rambert- Théâtre du Capitole
30/08/2018
     

« L’opéra est formidablement émouvant parce qu’il parle de nous » Pierre Rambert

A la veille de l’événement fondamental de la culture toulousaine : l’ouverture de la saison lyrique, Classictoulouse a rencontré Pierre Rambert, metteur en scène d’une Traviata que le public toulousain attend depuis de nombreuses années. Issu d’un tout autre univers (Casino de Paris, Lido), il fait à cette occasion ses premiers pas professionnels dans le monde lyrique.

Classictoulouse  : Si je ne me trompe, c’est la première fois que vous êtes affiché à Toulouse.

Pierre Rambert : Effectivement et je dois avouer que si je connais votre ville, ce n’est qu’au travers d’un souvenir de ma prime jeunesse lorsque mes parents nous amenaient, mes frères et moi, à la découverte de la France. Je suis vichyssois d’origine et je suis arrivé à Paris très tôt pour suivre mes études supérieures après mon bac littéraire. Après cela, j’ai intégré le Conservatoire de Paris car, en fait, j’ai commencé la danse dès l’âge de 10 ans, à Vichy. Très vite j’ai compris que cet univers serait le mien. Devenu danseur classique, j’ai eu la chance de croiser Zizi Jeanmaire qui m’a fait auditionner pour Roland Petit. J’ai donc été engagé au Casino de Paris, puis Madame Bluebell m’a appelé pour le Lido. C’est là que j’ai fait deux revues entières en tant que premier danseur. Je suis devenu l’assistant-chorégraphe de Madame Bluebell. Lorsque celle-ci s’est retirée en 1985, j’ai arrêté de danser pour me consacrer entièrement à mes nouvelles fonctions au Lido de maître de ballet et de directeur artistique. A ce titre, j’ai signé « C’est magique » et « Bonheur », deux revues qui ont tenu l’affiche pendant 21 ans. A ce moment-là, je dois reconnaître que l’envie qui me taraudait étant jeune de me frotter à la mise en scène d’opéra m’avait un peu passé…

: Et vous vous retrouvez à mettre en scène le spectacle d’ouverture du prestigieux Capitole de Toulouse.


Pierre Rambert - Photo Julie Guillouzo -

O

P. R. : Encore une fois, c’est un concours de circonstance. Il y a 8 ans, j’ai donné une interview à l’un de vos confrères dans laquelle j’ai fait mention de mon amour pour l’opéra. Sans aller plus loin. Ce journaliste est une relation personnelle de Christophe Ghristi et au cours d’une discussion, alors que Christophe exprimait son souhait, pour sa première saison, de donner la parole à des artistes venant d’univers différents, mon nom est arrivé dans la conversation. Puis un coup de fil, quelques jours de réflexion tout de même me permettant de mettre noir sur blanc un début de proposition sur La Traviata, tant au niveau du caractère des personnages, de la sociologie, de l’histoire, de la condition de la femme, sans politiser quoi que ce soit, etc. Nous avons vite compris que nous pouvions nous entendre sur ce projet. Et me voilà.

: Puisque c’est votre première mise en scène d’opéra, quels sont justement vos rapports à l’art lyrique ?

P. R. : Depuis toujours un grand rapport d’intimité. Il m’est impossible de vivre sans écouter de la musique. Je suis un fou de Verdi, Puccini, Richard Strauss, l’opéra baroque mais depuis plus récemment dois-je préciser, Rusalka est l’une de mes œuvres favorites, Lady Macbeth de Mzensk me bouleverse totalement. Je suis totalement passionné d’opéras russes. En fait, je crois que j’aime toutes les musiques.

: A partir du moment où Christophe Ghristi vous a proposé cette Traviata, quelle a été votre démarche ?

P. R. : J’ai commencé à écouter en boucle différentes versions avec un carnet de notes sous la main sur lequel j’ai relevé des impressions, des intentions dissimulées derrière les mots afin de trouver ensuite avec le chanteur le ton juste.

: Parlez-nous à présent de « votre » Traviata

P. R. : Sans vous en dévoiler tous les secrets, vous dire simplement que je n’ai pas voulu la situer dans une époque bien précise. Il y a deux niveaux de lecture. Tout l’aspect sociétal est un mélange de style pour montrer que la condition de la femme, et des « Violetta » en particulier, n’a pas changé à travers les âges. L’homme est toujours l’homme, l’ambition, la cupidité, l’hypocrisie, le sexe, même avec les évolutions récentes que nous connaissons, tout cela est plus que jamais quasiment constant. Autant architecturalement que dans les costumes j’ai voulu montrer cette permanence, cette atemporalité. A titre d’exemple, l’appartement de Violetta appartient autant au milieu du 19ème siècle qu’à nos jours. Cela m’a permis d’isoler les personnages confrontés à ce monde-là et du coup d’en dégager une éternité de la nature humaine. J’ai eu ces deux niveaux de lecture. Mon travail aujourd’hui est de faire comprendre cette double réflexion aux merveilleux chanteurs que je mets en scène.

: Vous venez d’évoquer ces chanteurs. Dirige-t-on sur scène des chanteurs amplifiés, comme vous aviez l’habitude au Lido, de la même façon que des chanteurs d’opéra ?

P. R. : Non, mais je communique beaucoup autant avec les chanteurs qu’avec le chef d’orchestre sur ce sujet et je sais que je vais être confronté à ce thème, cette réalité, mais cela ne me fait pas souci. Je sais que je saurai m’adapter tout en conservant ma pensée première. Votre question est légitime mais sachez que ma vraie problématique est de ne pas traiter les chanteurs comme des danseurs avec mon vocabulaire de chorégraphe. Cela dit, ils sont tous très excités par ce challenge car ils ont envie de construire un travail différent. Par contre, certes il y aura un couple de danseurs quasiment en permanence sur le plateau, mais rien d’autre au niveau de la danse. En fait, et sans entrer dans le détail, ce couple a fini par s’imposer à ma réflexion comme de véritables marionnettistes, également acteurs du drame, ce sont des « anges ordonnateurs » provoquant le drame, poussant les personnages vers leur destin. Ils sont comme une anticipation de la pensée, entre vie et mort, deux êtres mutants. Leurs costumes n’ont rien à voir avec les autres costumes.

: J’imagine que vous n’ignorez pas que certains chanteurs d’opéra ont un caractère parfois assez entier.

P. R. : Oui, j’y ai pensé mais pas en terme de peur, plutôt comment je vais résoudre ce problème. Tout ce qui est caprice est pour moi infondé et ne m’intéresse pas. Je ne suis pas une personne de conflit. Nous avons la chance incroyable, dans notre courte vie, de faire quelque chose qui nous passionne et de plus d’en vivre. Je crois qu’à certains moments il faut que les gens se posent les bonnes questions.

: Cette Traviata va être l’occasion aussi d’entendre un chef d’orchestre issu du monde baroque. Comment s’est passée votre rencontre ?

P. R. : En fait nous nous sommes rencontrés il y a 3 jours à peine. Nous ne nous connaissions pas du tout auparavant. Il m’a semblé intéressé par mon approche de l’œuvre lorsque je l’ai exposée et, de mon côté, j’écoute très attentivement le travail qu’il fait sur cette partition. Je suis très confiant.

: Pour votre première mise en scène vous vous trouvez face au défi d’une double distribution.

P. R. : C’est un défi et c’est compliqué car ma mise en scène est la même pour les deux mais il faut travailler spécifiquement cette justesse de ton dramatique à laquelle je tiens avec tous les chanteurs et ceux-ci ont des spécificités musicales et vocales chaque fois particulières. Cela dit, dans un temps qui n’est pas si lointain, je ne travaillais jamais au Lido avec une seule meneuse de revue, il y en avait systématiquement trois afin de parer à tout événement, d’autres rôles étaient également doublés voire triplés. Je ne suis pas psycho-rigide et je crois qu’il faut adapter un mouvement, un geste en fonction de la personne qui doit le faire afin de ne pas la mettre en danger. Tel chanteur fera tel geste, tel autre, dans le même rôle se verra proposé autre chose. Nous sommes ici dans l’échange humain, autrement dit dans le fondamental de notre métier.

: Quelle doit être pour vous la première qualité d’une mise en scène ?

P. R. : Quelle ne soit pas un non-sens. Pour moi, la pire des choses est de se lever à la fin d’un spectacle et de devoir se jeter sur le programme pour comprendre ce que l’on vient de voir. Traviata est une œuvre sur la beauté et la jeunesse. Mais d’un côté vous avez Alfredo, à peu près 22 ans et peu d’expérience de la vie, de l’autre Violetta, un an de plus au maximum mais qui a déjà vécu mille vies depuis qu’elle est arrivée de sa Normandie natale et est devenue la proie de tous ces hommes à cause de sa beauté. Avec Alfredo elle découvre la correspondance entre l’amour et le sexe. Avec lui, elle découvre le vrai plaisir. Grâce à sa force et à une intelligence quasiment intuitive pour ne pas dire animale, elle s’est sortie d’une situation délicate en fréquentant des hommes riches, mais avec lesquels elle n’a jamais éprouvé le moindre plaisir. Pour moi, cette femme est révolutionnaire, avant-gardiste en quelque sorte, à la différence de Flora qui ne se pose aucune question et se contente de la vie qu’elle a.

: Un mot sur cette partition.

P. R. : C’est une œuvre bouleversante. Verdi a mis à un niveau humain ce qui est indicible pour que nous le comprenions.

: Si vous aviez eu à choisir un premier opéra à mettre en scène.

P. R. : C’est un peu l’histoire du livre et de l’île déserte. Plus sérieusement et sincèrement je dois dire que Traviata fait partie des quatre ou cinq que je rêvais de mettre en scène.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 30 août 2018

 

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Renseignements sur la saison du Théâtre du Capitole :

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