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Ballet du Capitole / Goyo Montero - "Doña Francisquita" (22/06/2007)
     
Le ballet de « Doña Francisquita » au Théâtre du Capitole (photo Patrice Nin)


Danse et Zarzuela, un mariage de passion !

Il est midi, tout en haut du théâtre du Capitole, le studio de danse s’anime. Le grand miroir reflète des images inhabituelles. Les volants des jupes « flamencas » virevoltent, les castagnettes crépitent et les talons claquent. Les danseuses de « Doña Francisquita » s’échauffent avant la répétition. Dans un coin du studio, un petit homme tout de noir vêtu, Goyo Montero, le chorégraphe, s’entretient avec un danseur qui arbore fièrement un tee-shirt du « Ballet Nacional de España », Primitivo Daza. La répétition peut commencer. Tout est déjà bien en place et Goyo Montero intervient peu, si ce n’est pour rectifier un mouvement d’ensemble, ou rappeler que les dimensions de la scène du Capitole, différentes de celles du Théâtre de la Zarzuela, l’obligent à modifier les déplacements latéraux. Après un dernier enchaînement sur la scène elle-même, sur la musique fredonnée par Primitivo Daza, nous prenons quelques minutes pour nous entretenir avec le chorégraphe.

 

RENCONTRE

ClassicToulouse  : C’est la première fois que le Capitole accueille une zarzuela…

Goyo Montero : Et moi la première fois que je viens à Toulouse !

 : Vous avez une longue carrière de danseur et de chorégraphe, et vous avez travaillé avec les plus grands.

G.M. : J’ai en effet eu cette chance. Après avoir étudié la danse classique, la danse espagnole et la danse moderne, j’ai dansé avec Mariemma, le ballet de Maria Rosa, et bien sûr Antonio Gades, qui est beaucoup plus connu à l’étranger. J’ai également été danseur au Ballet national d’Espagne, ainsi que dans des troupes allemandes.

Primitivo Danza dans le ballet de « Doña Francisquita » au Théâtre du Capitole (photo Patrice Nin)

La chorégraphie m’a très tôt intéressé et elle m’a fait vivre des moments intenses. Ainsi, j’ai créé celle de la « Carmen » dirigée par Herbert von Karajan au festival de Salzbourg. J’ai également créé un certain nombre de chorégraphies pour le Teatro Real de Madrid ou pour le Liceo à Barcelone, et d’autres opéras en Europe.

 : Et la zarzuela ?

G.M. : Ah ! la zarzuela, voilà une autre aventure ! L’un de mes amis, devenu directeur du Teatro Lírico Nacional de la Zarzuela, m’a un jour demandé de faire la chorégraphie de l’une des œuvres au programme de la saison. La zarzuela c’est l’essence de l’âme espagnole. Cette musique est moins légère qu’elle n’y paraît (plus « travaillée » que celle de l’opérette française par exemple), et les difficultés du chant sont bien réelles et demandent des interprètes de très bon niveau. D’ailleurs les plus grands parmi les chanteurs espagnols ont interprété à la scène ou sur disque, les plus importantes zarzuelas.

 : On peut effectivement citer Placido Domingo, Victoria de los Angeles, Teresa Berganza, Alfredo Kraus…

G.M. : …Montserrat Caballé, pour ne parler que des « internationaux » !

 : Cependant, la zarzuela n’a pas dépassé les frontières de l’Espagne, ou plutôt du monde hispanique, puisqu’elle connaît un vif succès en Amérique Latine.

G.M. : Je crois que cela vient de son caractère terriblement espagnol. Les arguments, les musiques, la danse, tout cela est inscrit dans les gènes hispaniques. La zarzuela s’appuie sur la tradition, les chants traditionnels, les danses traditionnelles. L’Espagne est d’une richesse inouïe dans ce domaine. Vous pouvez trouver sur le territoire espagnol des villes ou des villages qui sont à peine distants de 50 kilomètres et qui ont des danses totalement différentes. Et il y également une très longue histoire d’emprunts mutuels, depuis la « escuela bolera » du XVIIIème siècle jusqu’à la plus pure danse flamenca. L’Espagnol lorsqu’il entend une zarzuela, reconnaît son monde, son art. Il fredonne presque spontanément les airs de l’œuvre parce que le rythme, la mélodie, les paroles font partie de son patrimoine génétique.

Primitivo Danza et le corps de ballet de « Doña Francisquita » au Théâtre du Capitole
(photo Patrice Nin)


 : La France a perdu cette mémoire de la musique traditionnelle, des danses traditionnelles.

G.M. : Peut-être, mais la France a donné au monde quelque chose d’extrêmement important : le ballet et son vocabulaire. Depuis que le « rey loco » (le roi fou, Louis XIV, ndlr.) lui a donné son cadre et ses lettres de noblesse, le ballet a rayonné et rayonne sur le monde entier. Ainsi, moi, demain, je peux aller travailler en Chine, on me comprendra lorsque je dirai : « plié, attitude ou pas de bourrée ». L’apport de la France pour la danse quelle qu’elle soit est immense, car on ne peut pas être bon danseur sans une base classique, même pour la danse espagnole. On voit tout de suite si un danseur a ces bases ou pas.

 : Et « 2 x 1 » (ballet écrit par Goyo Montero junior, son fils, ndlr.)

G.M. : C’est un bonheur complet. Goyo, mon fils, danseur et chorégraphe contemporain, qui va d’ailleurs prendre la direction artistique du ballet de Nuremberg à l’automne, après avoir été soliste au ballet de Berlin, me répétait, été après été, que nous devrions danser ensemble. Et puis, un jour, il est arrivé avec une partita de Bach, et là, nous avions enfin trouvé ! C’est un ballet en trois mouvements, je danse en solo le premier sur un arrangement pour guitare, Goyo junior interprète le second sur un arrangement pour violon, et nous dansons ensemble le troisième mouvement accompagnés par l’orchestre. C’est pour moi une joie immense de retrouver mon fils sur scène, sur sa chorégraphie, sous sa direction. Cette continuité de père à fils me comble, c’est un pas vers l’éternité.

 : Le public pourra vous retrouver, fin juillet à Madrid pour ce ballet. Pour l’instant, les toulousains attendent avec impatience de découvrir, jouée pour la première fois dans leur théâtre, cette « Doña Francisquita », du maître Amadeo Vives.

Propos recueillis par Annie Rodriguez

 

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