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Entretien avec Monique Loudières - Ballet du Capitole - "A nos Amours"
(12 au 17/02/2010)
     

C’est quoi une Etoile ? Une grande fille toute simple !

Venue à Toulouse à l’invitation de Nanette Glushak pour y danser « La Pavane du Maure » avec Kader Bélarbi, Monique Loudières, Etoile de l’Opéra de Paris, a toujours la passion de la Danse, mais d’autres aventures la tentent aussi, comme le théâtre, par exemple. Pur produit de l’Opéra de Paris où elle est engagée en sortant de l’école de danse de cette même maison, elle est nommée Etoile en 1982 après que Rudolf Noureev l’ait choisie pour interpréter sa Kitri dans « Don Quichotte ». Depuis lors, on a pu l’admirer dans tous les grands rôles du répertoire où elle excelle. Mais elle interprète aussi, avec le même bonheur, les plus grands chorégraphes actuels de Béjart à Balanchine, de Kylian à Mats Ek dont elle fut l’une des admirables Giselle.


Monique Loudières en répétition
(Photo David Herrero)
 

Classic Toulouse  :
Monique Loudieres, après l’Opéra de Paris, vous avez accepté la direction artistique et pédagogique de l’Ecole Supérieure de Danse de Cannes. Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à accepter cette charge ?

Monique Loudières : Je crois que c’est surtout l’envie de transmettre tout ce que j’ai appris, tout ce que j’ai reçu, que j’ai vécu et approfondi aussi grâce à mes recherches personnelles. J’ai vécu tant de belles expériences, si diverses, si enrichissantes, que lorsqu’on m’a proposé ce poste, je n’ai pas beaucoup hésité. Vous avez parlé de charge et je dois dire qu’au-delà du plaisir infini de partager mon savoir avec des élèves, il y avait aussi toute la charge administrative que représente la gestion d’un tel établissement.

C’est beaucoup pour cela qu’au bout de sept ans j’ai décidé d’arrêter cette expérience, sans toutefois rien regretter.

:
Vous êtes invitée pour cette « Pavane du Maure » de José Limón.

M.L. : Oui, une pièce très emblématique de la danse contemporaine, la « modern dance » américaine.

 : Vous l’interprétez avec Kader Bélarbi, que vous avez connu à l’Opéra. Vous vous revoyez régulièrement ?

M.L. : Depuis que j’étais à Cannes, avec mes activités, j’avais peu de temps. J’allais bien sûr régulièrement à Paris voir des spectacles. Mais Kader a pris sa retraite, il avait des pièces à monter à droite et à gauche, puisqu’il est devenu chorégraphe. Donc, il a suivi son parcours moi le mien, on avait des nouvelles mais on ne s’était pas vraiment revus. Mais c’est fou : quand on a connu des amis très tôt dans sa vie, même si on ne se voit pas souvent, les liens sont toujours profonds et quand on se retrouve c’est comme si l’on ne s’était pas quittés.

 : Que pensez-vous de son travail ?

M.L. : Je lui ai dit dernièrement à quel point il avait vraiment bien évolué. Quelquefois, quand on passe de l’autre côté, on change. J’ai vu des gens quelquefois oublier leur état d’interprète. Mais lui pas du tout. Il est à l’écoute des artistes, il sait très bien où il les emmène mais il est tout en délicatesse. Il a un grand respect de ce qu’ils sont, il instaure le dialogue. Et puis il est serein. Franchement, je trouve que les années lui vont bien. Il est en train d’acquérir une vraie patte de chorégraphe, un vrai style, avec une vraie profondeur. On sent qu’il y a des influences, Kylian, Mats Ek, pour moi les deux plus grands de cette génération. On a eu la grande chance de pouvoir les aborder.


Monique Loudières et Kader Bélarbi en répétition (Photo David Herrero)

 

 : Il est vrai que ces deux chorégraphes sont incontournables aujourd’hui. Vous–même avez dansé la « Giselle » de Mats Ek.

M.L. : Oui, avec Kader justement. Il s’est nourri de ces chorégraphes, il a pas mal abordé ce répertoire contemporain. Mais ce n’était pas évident de devenir à cet âge-là, à cet instant de sa carrière, de devenir un chorégraphe aussi évolué, aussi mature. Avec les deux pièces qu’il présente à Toulouse, il m’a étonnée. Ce sont de très jolies pièces, profondes, avec justement cette étude de l’être humain qui est omniprésente. On sent qu’il y a une grande générosité dans sa démarche, alors que bon nombre de chorégraphes actuels ne sont, à mon avis, pas généreux. Ils créent pour eux-mêmes et pas du tout pour des danseurs et pour un public.

Les spectateurs ne se retrouvent pas, ne s’identifient pas à ce qu’ils ont vu, et ne comprennent pas toujours le vœu du chorégraphe. J’ai souvent l’impression que ce n’est pas fait dans une démarche généreuse. C’est souvent de l’ordre du laboratoire et l’aboutissement d’une recherche, d’une analyse profonde.

 : Vous avez déjà dansé à Toulouse.


M.L.
 : Oui mais c’était il y a longtemps. La première fois avec « Pétrouchka » avec Rudy Brians et Cyril Atanassoff, et ensuite avec « Le Lac des cygnes » avec Fernando Bujones, mais jamais avec le Ballet de l’Opéra, non ?

 : Non, vous êtes venue toujours en Etoile invitée, sans la troupe de l’Opéra.

M.L. : C’est dommage. Mais il n’y a pas à Toulouse de grande, grande salle pour accueillir de la danse.

 : C’est vrai qu’il manque un salle, une Cité de la Danse, une salle spécifique…

M.L. : Ce serait super, parce que ça danse à Toulouse.

 : Effectivement, il y a beaucoup de danse, il y a un vrai public pour la danse, un public nombreux mais il manque les lieux.

M.L. : C’est vrai que c’est dommage. Et en ce qui concerne notre spectacle, j’avoue que j’ai été un peu déçue de savoir que nous allions présenter la « Pavane » à la Halle aux Grains, car c’est une œuvre très intimiste. Au Capitole nous aurions été encadrés, ç’aurait été  plus chaleureux. Là, il va falloir que les éclairages soient très travaillés pour créer cette atmosphère-là.


Monique Loudières et Kader Bélarbi en répétition (Photo David Herrero)
 

 : Et que pensez-vous du Ballet du Capitole et de ses danseurs ?

M.L. : Le Ballet du Capitole, franchement, je trouve qu’il est en pleine forme ! Et c’est sincère. Parce que depuis un an, je suis en liberté, je suis « guest », et je vais donner des cours auprès de Compagnies un petit peu partout en Europe, et vraiment je trouve qu’à Toulouse, il y a un très très bon niveau. L’identité de cette troupe est quand même classique, après, dans les pièces contemporaines, c’est un tout petit peu plus difficile de s’adapter. Mais en tout cas, les danseurs sont très ouverts, très disponibles dans leur tête, avec un très bon état d’esprit. Je sens une belle ambiance. Je me suis tout de suite sentie bien, bien accueillie. Il y a une belle énergie et le niveau technique est extraordinaire, en plus il y a de jolis corps…

 : Je crois que c’est dû au travail extraordinaire qu’ont accompli, depuis quinze ans, Nanette Glushak et Michel Rahn.

M.L. : C’est vrai qu’il y a de très bons éléments. J’ai été très étonnée quand je suis arrivée.

 : C’est vraiment une bonne compagnie, mais qui danse peu.

M.L. : Alors malheureusement, oui, j’ai vu qu’il y avait à peu près vingt cinq spectacles dans la saison.  Et c’est dommage, car avoir une compagnie de ce niveau-là, de cette qualité-là, il faudrait qu’elle tourne. Mais c’est toujours pareil. Moi aussi je me battais à Cannes, car c’était pour moi une ville culturelle par excellence, et c’est pour moi une évidence de faire évoluer la danse et les institutions doivent donner les moyens de la faire vivre. Ça me paraît évident que dans les grandes villes françaises on conserve une Compagnie, et qu’on lui donne la possibilité de tourner, pour aussi que la culture française soit connue, respectée, appréciée à l’étranger. Et ça c’est bon pour la France !  Je suis toujours choquée par le fait que l’on a de la belle danse en France, on a une bonne formation, on a de bonnes écoles, on a de beaux danseurs. Mais paradoxalement on n’a pas après de compagnies pour les accueillir, et donc les danseurs doivent s’expatrier.

CT : Un danseur qui ne danse pas n’évolue pas.

M.L : Oui, et puis notre carrière est courte on n’a pas de temps à perdre. On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir, physiquement on n’est à l’abri de rien. Il faut donc danser, profiter, ce n’est que comme ça que l’on peut évoluer et c’est sur scène qu’on apprend le plus. Et c’est la récompense aussi de tous les efforts que l’on fait.  Et puisqu’il y a un public à Toulouse, il faut, comme disait Noureev, lui donner à manger !

CT : Merci, Monique Loudières, nous vous retrouverons sur scène pour cette « Pavane » qui sera, pour vous, comme pour Kader Bélarbi une prise de rôle.

Propos recueillis par Annie Rodriguez

 

infos
 
Représentations du spectacle "A nos Amours" à la Halle aux Grains :

Les 12, 13, 16, 17 février à 20 h et 13, 14 février à 15 h.

Réservation
www.theatre-du-capitole.fr 

Tel : 05 61 63 13 13
 

 

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