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Entretien avec Julia Lezhneva- soprano - Concert Grands Interprètes
19 novembre 2016
 
     

Julia Lezhneva, née pour chanter

La jeune soprano russe Julia Lezhneva est l’une des plus grandes artistes de sa génération. À 17 ans, elle remporte la Elena Obraztsova Opera Singers Competition et l’année suivante, elle partage la scène avec Juan Diego Flórez pour l’ouverture du Rossini Opera Festival à Pesaro. À l’âge de 20 ans, sa carrière internationale s’accélère à la suite de son passage aux Classical Brit Awards au Royal Albert Hall en 2010 à Londres. Depuis, on a pu entendre Julia Lezhneva au Royal Opera House Covent Garden, au Royal Albert Hall et au Barbican à Londres, au Severance Hall de Cleveland, au Lincoln Center à New York, au NHK et au Bunka Kaikan à Tokyo, au Concertgebouw d’Amsterdam, à la Salle Pleyel et au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, au Wiener Konzerthaus – ainsi qu’au festival de Salzbourg, à la Salzburg Mozartwoche, au Baden-Baden Festspielhaus, aux Chorégies d’Orange, au Festival de Verbier… A l’occasion de sa venue à Toulouse dans le cadre de la saison Grands Interprètes, le 19 novembre 2016, la jeune cantatrice a aimablement accepté de répondre à nos questions.

Classic Toulouse  : Classictoulouse : Votre vocation pour le chant ne daterait-elle pas de votre naissance ?

Julia Lezhneva : Peut-être était-ce en effet une question de destinée. Il s’agit d’une histoire amusante survenue lors de ma naissance à l’hôpital de Yuzhno-Sakhalinsk où ma mère a accouché. Lorsque le médecin m’a fait naître, j’ai crié si fort qu’il a déclaré à ma mère : « Une chanteuse d’opéra est née ! »



 : Quelles circonstances vous ont conduite vers le musique et le chant ?

J. L. : Mes parents ne sont pas musiciens, mais ma mère m’a inscrite à l’école de musique, suivant en cela une grande tradition en Russie qui consiste à faire faire de la musique à ses enfants, généralement aussi de la danse auprès d’une école de ballet. Ainsi, ma première école de musique fut celle de Yuzhno-Sakhalinsk où nous avons habité jusqu’à mes 7 ans. Après quoi nous nous sommes installés à Moscou.
Ma mère raconte que, lorsque j’étais encore un bébé, elle me faisait écouter des disques de Mozart auxquels je réagissais toujours par des sourires, ou par un engagement quelconque. Je me souviens moi-même que le chant m’a toujours procuré, dès le début, une grande joie et même une passion toute naturelle !
Dès l’âge de cinq ans, j’ai débuté le chant choral qui me rendait aussi joyeuse que la neige en hiver ! Je considère que j’ai beaucoup de chance d’avoir éprouvé si tôt l’amour de la musique que j’éprouve toujours autant aujourd’hui.

 : Qui sont les personnes, les artistes qui ont joué un rôle important dans votre investissement musical ?

J. L. : Là aussi j’ai eu beaucoup de chance, tout au long de ma vie, d’avoir rencontré des personnes merveilleuses qui m’ont encouragée, m’ont aidée, m’ont soutenue. A l’âge de 15 ans, j’ai rencontré Elena Obraztsova lors de son 1er Concours des Jeunes Chanteurs. Nous nous sommes attachées si fortement l’une à l’autre que je la considère comme ma marraine la fée ! Avec sa grande beauté, son charisme, sa grande force, elle m’a encouragée sur la voie du chant baroque, de Mozart et de Rossini, et je poursuis mon travail dans cette direction.
Plus tard, ce fut Marc Minkowski que j’ai rencontré lorsque j’avais 17 ans. Il avait écouté l’enregistrement d’un air de Rossini sur Youtube, à la suite duquel il m’a fait passer une audition. Quelques mois plus tard, Marc m’a invitée à chanter et à enregistrer la Messe en Si mineur de Bach avec quelques-uns des plus grands chanteurs baroques et son glorieux orchestre Les Musiciens du Louvre… Plus tard, il m’a invitée à participer, au Théâtre de la Monnaie, à la production d’Olivier Py pour Les Huguenots de Meyerbeer, puis ensuite au Festival de Salzbourg, lorsque j’ai eu 20 ans. Je me souviens qu’il a toujours aimé ce que je faisais et s’est montré avec moi la personne la plus aimable, en m’encourageant de sa confiance et de son approche naturelle de la musique.
En parallèle, j’ai étudié à Cardiff, un endroit de rêve, si calme et si spécial, au contact d’un des plus merveilleux professeurs de chant, Dennis O’Neill. Egalement lors de mes 20 ans, j’ai rencontré Giovanni Antonini et ce fut extraordinaire.


Julia Lezhneva
- Photo Elias-Gammelgård -
O

J’ai chanté et participé à l’enregistrement de l’opéra de Vivaldi Ottone in Villa. Je n’ai jamais pu oublier la sonorité d’Il Giardino Armonico à la suite de la tournée qui a suivi. Ce fut pour moi comme vivre dans un autre monde. Musicalement, je peux dire que Giovanni Antonini m’a appris tout ce dont je suis capable aujourd’hui.

: Quels rôles ont joué les prix prestigieux que vous avez remportés ?


J. L. : Je ne dirais pas que j’adore les concours. Néanmoins, dans mon cas, cela a toujours été du bonheur, sûrement parce qu’ils ont tous eu lieu avant mes 20 ans. En fait cela constituait pour moi comme une représentation. Le fait de participer au concours m’obligeait à apprendre quelque chose de nouveau, à franchir un nouveau pas, à réaliser une nouvelle performance. Ce fut toujours un plaisir.

 : Comment caractériseriez-vous votre voix ?

J. L. : Je dirais simplement que je suis soprano. Mais je n’ai jamais considéré les types de voix comme strictement caractérisés. Lorsque j’étais étudiante, j’ai d’abord pensé que je pourrais devenir mezzo coloratura, puisque je possédais un registre grave puissant et que je chantais beaucoup d’arias de Rossini, comme Cenerentola. Il se trouve que le répertoire baroque développe une grande flexibilité, et c’est ce qui me passionne. Je pense qu’il est important de conserver à la voix sa fraîcheur et sa jeunesse, tout en se concentrant sur la beauté du registre central ainsi que sur l’homogénéité des différents registres.

 : : Comment construisez-vous votre répertoire ? Comment évolue-t-il ?


J. L. : J’ai toujours été fan de musique baroque, depuis mon adolescence. J’ai eu la chance de recevoir en cadeau, de la part de l’un de mes professeurs, l’album « Viva Vivaldi » enregistré par Cecilia Bartoli. Je suis devenue folle, à la fois de cette musique et de son approche. A l’âge de 11 ou 12 ans, j’écoutais ce disque pendant des heures et j’ai réalisé qu’il m’était facile de chanter ces coloratura très rapides. Mais j’ai aussi aimé la tendresse de cette musique, à travers J. S. Bach et Haendel par Gardiner, Herreweghe, Harnoncourt que j’écoutais chaque jour. Un amour particulier m’a attiré vers Hercule de Haendel par le ténor Anthony Rolf-Johnson. Au Collège de Musique de Moscou, j’ai chanté tous les différents répertoires, du Baroque à Rachmaninov. Et même si on souhaite se focaliser sur le répertoire baroque, je suis convaincue qu’il faut être capable de chanter Mozart, Bellini, des lieder, des mélodies françaises… Ceci représentait alors un privilège d’avoir le choix. Plus tard, lorsque ma carrière a démarré, il est devenu évident que j’étais invitée essentiellement pour chanter le répertoire baroque, Mozart, Rossini ainsi que des lieder. Je pense qu’il s’agit là de la meilleure musique pour une jeune voix dont le processus de maturation est si long.

 : Parmi les répertoires variés que vous abordez, avez-vous une préférence personnelle ?

J. L. : Chaque musique est ma favorite au moment où je la chante. Ce qui compte, c’est son approche, le phrasé, l’imagination. Parfois le lied, la mélodie contiennent des moments de grand drame. Et au contraire, des moments de calme ou de lamentation se trouvent dans le répertoire d’opéra et d’oratorio.
J’ai toujours été davantage émue par la musique sacrée. Je trouve qu’elle renferme une part de mystère, de profondeur, de pureté. Quand nous avons enregistré le Stabat Mater de Pergolesi, avec Philippe Jaroussky, ou la Messe en Si mineur de Bach, avec Marc Minkowski, « In furore » de Vivaldi ou le Salve Regina de Haendel avec Giovanni Antonini, il y avait de l’harmonie, de la paix, du bonheur – même si j’ai parfois pleuré – un grand bonheur.



Julia Lezhneva-Julia et l'ensemble Voce Strumentale
- Photo Damir Yusupov-Bolshoi-Theatre -

: Comment partagez-vous votre carrière entre le concert, l’opéra (en version scénique), le récital… ? Avez-vous une préférence ?

J. L. : Je ne dirai pas que j’ai une préférence. Actuellement, je passe à peu près la moitié de l’année à faire de l’opéra, sur scène et en concert, légèrement plus sur scène. Je consacre l’autre moitié au récital avec orchestre ou avec piano.

: Pouvez-vous nous indiquer quels sont vos projets actuels ?

J. L. : Sur scène nous allons reprendre la belle production du Siroe, de Hasse, mis en scène par Max Cencic. Je suis impatiente de retrouver ces spectacles à Lausanne et à Wiesbaden, au cours de cette saison. Je vais également participer à Vienne au Germanico in Germania, de Porpora, et au Don Giovanni à Barcelone. Ce fut un grand honneur pour moi de participer l’année dernière à la production du Royal Opera House, ainsi qu’à la tournée au Japon sous la direction d’Antonio Pappano.
Pour ce qui concerne les concerts, je reviens d’une tournée en Australie. Ma deuxième visite à ce pays fut une expérience inoubliable, notamment dans les merveilleuses salles de Melbourne Brisbane et Sydney ! Avec Dmitry Sinkovsky et son orchestre La Voce Strumentale, nous allons nous produire cette saison à Toulouse, à Saint-Pétersbourg, à la Philharmonie de Berlin, à Moscou et à Madrid. Toulouse est notre première destination et nous sommes très impatients de nous y retrouver.

 : Pouvez-vous nous parler du programme que vous présentez à Toulouse ?

J. L. : Il s’agit là d’un programme que nous avons conçu avec Giovanni Antonini, que nous portons depuis un certain temps et que nous avons enregistré chez DECCA l’année dernière avec Il Giardino Armonico, Dmitry Sinkovsky étant notre « Concertmaster » (premier violon) ! Le jeune Haendel, âgé de 21 ans lorsqu’il arriva en Italie, a écrit une énorme quantité d’œuvres pendant les trois années qu’il y a passées. Cette musique montre à quel point il fut inspiré par les rencontres qu’il y fit à cette époque, en particulier avec Vivaldi ! Haendel compose dans tous les genres : des œuvres profondément liturgiques – psaumes, motets (Salve Regina) – des oratorios et des cantates –Il Trionfo del Tempo, Apollo e Daphne – des opéras – Rodrigo, Agrippina. Toutes ces partitions sont des chefs-d’œuvre dans lesquels s’exprime le style italien si prisé par le jeune Haendel. C’est pour cette raison que nous avons tenu à jouer et à enregistrer cette musique que nous sommes heureux et honorés de présenter à Toulouse.

Propos recueillis le 20 octobre 2016 par Serge Chauzy

 

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tél : 05 61 21 09 00.

 

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