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Entretien avec Topi Lehtipuu- Ténor - Don Giovanni (09/11/2007)
 
 

« Enfin Don Ottavio ! »

Nicolas Joel, infatigable découvreur de talents hors pair, invite, pour les présentes reprises de Don Giovanni, l’une des étoiles montantes de la gent ténorisante : Topi Lehtipuu, à faire ses débuts  non seulement à Toulouse mais aussi dans le rôle d’Ottavio.
Pour vous, nous avons rencontré cet artiste, extraordinairement sympathique.

Le ténor finlandais Topi Lehtipuu (crédit photo Kaapo Kamu)


Classic Toulouse :
Vous êtes né en Australie, vous êtes de nationalité finlandaise et vous vivez à Paris !

Topi Lehtipuu : L’Australie, c’est le hasard. Je suis  finlandais et, effectivement, je vis à Paris car j’ai la chance d’y travailler et puis aussi parce que j’y ai rencontré mon amie.

: Votre parcours est, pour le moins, atypique.

T. L. : J’ai fait des études musicales à l’Académie Sibelius d’Helsinki. Je joue du violon, du piano et j’ai un diplôme de chef de chœur. Mais j’ai fait bien d’autres choses. J’ai été chanteur dans un groupe rock progressif, doubleur dans des films de Disney (Hercule, Le Roi Lion), comédien de théâtre, directeur de talk show à la TV. Et tout ça en même temps. J’avais alors le sentiment de ne rien faire de bien. C’est lors d’une master class avec Howard Crook que ma carrière lyrique s’est décidée. Il m’a fait de suite auditionner par Jean-Claude Malgoire qui m’a retenu pour Tamino. C’était parti. J’avais 26 ans. J’ai laissé tomber tout le reste.

: Mozart occupe une part très importante de votre carrière. Pourquoi ?

T. L. : C’est tout d’abord une question de voix. Cela dit, j’adore la simplicité « superficielle » de Mozart et la profondeur de son propos. Je suis toujours ébloui par la beauté de cette musique. Je voudrais ajouter que les rôles mozartiens que l’on me propose, Tamino comme Belmonte par exemple, sont très intéressants scéniquement à composer.

: En dehors de Mozart, vous êtes un interprète reconnu du répertoire baroque, et de ce celui du 20ème siècle. Qu’en est-il du 19ème siècle ?

T. L. : J’interprète des lieder de Brahms, de Schubert et de Schumann. On m’a déjà demandé pour Rossini. J’ai refusé car ma vie de chanteur est toute jeune et je veux, d’abord, apprendre à interpréter Mozart. J’ai cette obsession de m’améliorer au niveau technique et vocal dans ce répertoire. Je n’ai pas du tout hâte de passer à Rossini car, en plus, je pense que si j’ouvre cette porte, je vais être vite estampillé dans ce nouveau répertoire. Un jour viendra certainement, mais pas pour l’instant car mon cheminement mozartien est loin d’être achevé.

: Et le 20ème siècle ?

T. L. : Dans trois ans, je vais faire un rôle dont je rêve, celui de Tom Rakewell du Rake’s Progress de Stravinski. Dramatiquement, c’est un personnage qui développe une échelle émotionnelle stupéfiante. Je chante également toutes les pièces écrites par Britten pour Peter Pears. Dans mes programmes, il y aussi des mélodies de compositeurs finlandais, Sibelius et Rautavaara. En 2004, j’ai participé à la création mondiale, au Châtelet, de l’opéra de Peter Eötvös : Angels in America.

: Vous chantez Don Ottavio pour la première fois.

T. L. : Je ne sais plus combien de fois ce rôle m’a été proposé, je n’étais jamais libre. Incroyable ! Je suis vraiment très heureux, enfin, de pouvoir l’ajouter à mon répertoire.

: C’est, typiquement, un héros passif. Comment l’abordez-vous ?

T. L. : Dans la dramaturgie globale de l’œuvre, tous les personnages ne peuvent pas être le centre du drame, c’est bien entendu. Pour me motiver, je m’imagine une trilogie donjuanesque virtuelle dans laquelle Don Ottavio serait le héros du premier volet et un genre Grand Inquisiteur dans le dernier. A vrai dire, cette passivité n’est pas un problème pour moi, d’autant que je chante ici les deux airs. Ce sont deux arias difficiles car sur le premier (Dalla sua pace) il faut être particulièrement zen, alors que le second (Il mio tesoro) est tout en vocalise, ce qui ne me gêne pas au demeurant. Pour ma part, Don Ottavio est moins difficile que Ferrando (Cosi fan tutte) ou Belmonte (L’Enlèvement au sérail),  mais ce jugement est très personnel.

: Avez-vous écouté, avant cette première, beaucoup d’enregistrements ?

T. L. : Oui, bien sûr. Des gens comme Luigi Alva ou Rockwell Blake sont admirables, et bien d’autres encore. Aujourd’hui nous disposons de nombreux témoignages de styles extrêmement différents. Cela dit, je pense que je ne pourrai vraiment impacter l’interprétation de ce personnage, donner une image personnelle,  qu’au bout de cinq ou six productions. Pour l’instant je me considère encore comme un « étudiant » face à Ottavio. Mais je dois vous faire une confidence, j’ai quand même une idole, il s’appelle Anthony Rolfe Johnson, dans les Passions, il est tout à fait admirable.

: Quels sont les rôles que vous souhaiteriez aborder ?

T. L. : Certainement l’Orfeo de Monteverdi pour les possibilités dramatiques qu’offre cet ouvrage, et pourquoi pas participer à une mise en scène de cet ouvrage montée par un chorégraphe. Un autre de mes rêves va se réaliser, ce sera le Rake’s Progress à Glyndebourne dans trois ans. Pourquoi pas aussi, mais dans une petite salle, le Pelléas de Debussy.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 27/10/2007

 

infos
 

Représentations :
9, 13,16, 20 et
23 novembre à 20h,
11, 18 et 25 novembre à 15h.
Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org


Pour en savoir plus sur Topi Lehtipuu, vous pouvez écouter
Un CD

 

 

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