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Entretien avec Joël Suhubiette - Quinzième anniversaire du chœur de chambre "les éléments" - 16/07/2012
     

Joël Suhubiette et « les éléments » : noces de saphir

Voici déjà quinze ans que le chœur de chambre « les éléments » a été fondé par Joël Suhubiette qui est devenu, au fil des ans, une personnalité incontournable dans le domaine du chant choral. Passionné de musique et de chant collectif, il a gravi les échelons qui l’ont conduit d’une pratique assidue dans les rangs des chorales amateurs à l’exigeante profession de chef de chœur au plus haut niveau, en passant par la fondation de grands ensembles vocaux. Indissociable de son chœur professionnel « les éléments » qu’il à créé en 1997, Joël Suhubiette dirige actuellement deux autres formations chorales : le chœur amateur « Archipels » et le bel « Ensemble Jacques Moderne ». Il est très souvent sollicité dans les domaines les plus variés, depuis la pratique du chœur a cappella jusqu’à la direction d’orchestre. La célébration de ce quinzième anniversaire est l’occasion de dresser avec lui un petit bilan, certes provisoire, du parcours de cet ensemble vocal exemplaire et de son avenir immédiat.


Le chœur de chambre "les éléments", dirigé par Joël Suhubiette © François Passerini

Classic Toulouse : Quelles ont été les étapes essentielles qui ont jalonné ces 15 années d’existence du chœur de chambre ?

Joël Suhubiette : Pour ce qui me concerne, toutes les créations effectuées par l’ensemble ont constitué des étapes essentielles. Ces créations constituent la marque du chœur qui a passé de nombreuses commandes auprès des compositeurs d’aujourd’hui. Ensuite, certains grands oratorios que j’ai dirigés, comme la Messe en si mineur de J. S. Bach. Et puis l’obtention des Victoires de la Musique Classique en 2006 a représenté un événement important pour le chœur. Cette récompense symbolique nous a ouvert de nombreuses salles, notamment parisiennes, grâce à la reconnaissance qu’elle nous apportait. Les tournées à l’étranger sont aussi des moments importants par le fait qu’ils soudent le groupe. Les voyages au Liban, au Canada, en Egypte, aux Etats-Unis constituent des moments forts. Les résidences qui ont été conclues à Sorèze et à Odyssud ont également été importantes pour nous. Elles nourrissent la vie de l’ensemble.

 : Comment se construit un répertoire aussi large que celui de ce chœur ?

J. S. : La base de mon travail avec le chœur, on y revient toujours et encore, repose sur le répertoire a cappella. J’estime que c’est là l’essence même du chœur, l’instrument seul. C’est un peu l’équivalent du quatuor pour les cordes. L’exigence est du même ordre, le musicien est à nu. Le travail sur la justesse n’est jamais terminé. Le répertoire a cappella est très riche à la Renaissance. Il est beaucoup moins présent à l’époque baroque, encore moins pendant la période classique. Le chœur a cappella revient un peu au XIXème siècle, avec Mendelssohn et Brahms. Et puis un très riche répertoire fleurit au XXème siècle. Ceci explique les directions que nous avons prises. Un beau portrait de l’ensemble est représenté par cet album CD « Méditerranée Sacrée », que nous avons sorti l’année dernière et qui rassemble des œuvres de Gesualdo et de la fin de la Renaissance et puis des pièces contemporaines. Le répertoire se construit donc autour de cette pratique. Nous n’oublions pas pour autant les chefs-d’œuvre incontournables comme la Messe en Si de Bach, la Messe en Ut de Mozart, le Requiem de Fauré, d’autres oratorios que nous avons pu aborder, avec moi ou avec d’autres chefs d’ailleurs. En outre, notre intérêt pour les musiques anciennes à découvrir reste permanent. Nous collaborons à ce sujet avec Jean-Marc Andrieu et son orchestre Les Passions, notamment autour du grand projet lié à Jean Gilles. Mais vraiment, tout part de l’essence même du chœur, c’est-à-dire du répertoire a cappella, aussi bien dans le travail que dans la construction du répertoire.


Joël Suhubiette © François Passerini

 : Qu’en est-il du passage des musiques du passé (Renaissance, classique, romantique) au répertoire contemporain. Ne nécessite-t-il pas un temps d’adaptation ?

J. S. : Oui bien sûr, il y a une certaine adaptation à réaliser. Mais finalement il y a peut-être beaucoup moins de différences entre un motet de Gesualdo et des partitions contemporaines qu’entre un motet de Brahms et ces mêmes partitions. En fait la possibilité acquise par les chanteurs, grâce à leur travail sur la musique ancienne, sur la maîtrise du vibrato, la possibilité d’émettre des sons droits, peut servir complètement la musique contemporaine. Egalement, lorsqu’on travaille certaines partitions de la fin de la Renaissance dans lesquelles les tempéraments sont inégaux, par exemple le tempérament mésotonique, c’est une autre façon de penser la musique, très différente de celle de Mozart ou toute autre musique tempérée postérieure à Bach. Ainsi, savoir chanter dans un tempérament mésotonique de la Renaissance et savoir pratiquer le quart de ton d’une pièce contemporaine, ce n’est pas forcément si éloigné que cela. En fait le travail mené par les « baroqueux » sur la recherche d’une couleur, d’une certaine clarté, d’une épuration du son, a accompagné la création contemporaine. Il n’y a vraiment aucune antinomie. On est finalement beaucoup plus proche dans ces deux pratiques musicales que ne l’est Mozart de Gesualdo ou de Moultaka. Alors que Gesualdo et Moultaka peuvent être enchaînés. Même si ce sont des musiques très différentes, on se retrouve dans une même démarche de recherche de la couleur, de la justesse.

 : A côté du chœur chambre « les éléments », vous avez également fondé l’ensemble vocal amateur « Archipels ». Quelle différence existe-t-il au quotidien entre amateurs et professionnels ?

J. S. : La différence est énorme et ce n’est pas du tout la même démarche. Je n’ai évidemment pas les mêmes exigences avec les amateurs et les professionnels. Sur le seul plan de la motivation, il n’y a pas de vraie différence. On peut mettre la même passion, le même enthousiasme dans ces deux exercices. On peut d’ailleurs posséder les mêmes connaissances musicologiques. Mais il est évident que les chanteurs professionnels possèdent une technique vocale beaucoup plus assurée que les chanteurs amateurs. Quand on doit répéter six heures par jour pendant plusieurs jours et qu’il y a une tournée de cinq concerts consécutifs, il faut une vraie technique vocale. Avec des chanteurs amateurs, on peut approcher l’excellence, on peut faire des concerts fantastiques. Mais évidemment, le niveau n’est pas forcément constant.


Joël Suhubiette et l'ensemble "les éléments" en concert © François Passerini

 : Comment s’articule l’association du chœur de chambre avec un orchestre qui possède lui-même son propre responsable ?

J. S. : Quand j’ai besoin d’un orchestre sous ma direction, je demande tout simplement à cette formation. Ce fut le cas pour l’Orchestre de Chambre de Toulouse, Les Passions, l’Orchestre national du Capitole, ou avec l’Ensemble Baroque de Limoges, Les Percussions de Strasbourg, l’ensemble Ars Nova de Poitiers. Parfois aussi, les orchestres n’ont pas de chœur et ce sont eux qui nous demandent. C’est assez fréquent depuis le début. Cela s’est produit avec Christophe Rousset et ses Talens Lyriques, Emmanuel Krivine et la Chambre Philharmonique, Jérémie Rohrer et le Cercle de l’Harmonie, aussi bien pour l’opéra que pour le concert d’ailleurs. Cela nous permet d’aborder un autre répertoire, oratorio ou symphonique. Avec Michel Plasson, nous avons fait du Berlioz et du Bizet (Carmen). Ce que les chefs d’orchestre extérieur apprécient dans le chœur, ce sont précisément sa couleur, sa justesse, sa souplesse. C’est encore une fois grâce au travail a cappella que cela est possible. Par ailleurs, j’ai moi-même énormément de plaisir à diriger un orchestre. Il y aura donc toujours des projets associant le chœur et l’orchestre. Soit sous ma direction soit avec d’autres chefs, toutes ces associations se sont toujours bien passées.

 : Quels sont les événements qui vont baliser ce quinzième anniversaire du chœur ?

J. S. : Cet anniversaire s’étale sur toute l’année 2012. Avec le Requiem de Fauré, joué les 13 et 17 juillet, c’est la première fois que je dirige l’Orchestre national du Capitole. C’est symbolique que cela se produise cette année, avec une œuvre que l’orchestre a beaucoup jouée et que nous avons souvent chantée, chacun de notre côté ! Il s’agit là pour moi d’un événement fort. Le 21 octobre, ce sera le concert anniversaire à la Halle aux Grains. J’ai tenu à ce que ce soit avec l’orchestre Les Passions, après une longue collaboration musicale. Avec Jean-Marc Andrieu, son directeur, nous nous connaissons presque depuis les bancs de l’école. Jouer du Bach au cours de cette soirée, cela s’imposait, après mon propre parcours de chanteur avec Philippe Herreweghe. Et puis il s’agit là d’un musicien vers lequel tout le monde revient, quel que soit son instrument, quelle que soit sa culture. Finalement, toute la saison est riche de cet anniversaire. Nous participons, fin juillet, au festival Radio France Montpellier, puis en août au festival de La Chaise-Dieu. Un grand concert sera également donné le 29 octobre à l’Institut français de Barcelone, organisé en partenariat avec l’ESEC (Escuela Superior de Comercio – Campus Barcelona) et en l’honneur du futur Président de l’Eurorégion Monsieur Martin Malvy. L’été prochain, nous sommes invités au festival de Lanaudière, un grand festival du Québec où nous créerons une nouvelle pièce de Thierry Pécou, un concerto pour piano et chœur, dans lequel le chœur joue un peu le rôle de l’orchestre. Le pianiste Alexandre Tharaud, avec lequel j’ai déjà travaillé et sympathisé, en sera le soliste. En outre, comme 2013 célèbrera le cinquantenaire de la disparition de Francis Poulenc, nous inscrirons dans nos programmes quelques unes de ses très belles œuvres chorales. Enfin, nous venons de signer avec une nouvelle maison de disques, Zig-Zag Territoires. Nous pensons donc aux albums que nous allons pouvoir enregistrer. C’est une ouverture importante vers l’avenir…

 : Merci et très bon anniversaire au chœur « les éléments » et à son directeur !

Propos recueillis le 16 juillet 2012 par Serge Chauzy

 

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Informations sur le chœur de chambre les éléments :

http://www.les-elements.fr

 

 

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