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Entretien avec Philippe Fénelon - Compositeur (3/05/2007)
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le compositeur Philippe Fénelon (Photo Patrice Nin)

     

 

Faust, un mythe plus actuel que jamais

Le Théâtre du Capitole s’apprête à vivre une fascinante et rare expérience : la naissance d’une œuvre lyrique. Le dernier évènement similaire en date, in loco,  avait concerné la création mondiale, à la Halle aux Grains de Toulouse, du Montségur de Marcel Landowski. C’était le 1er février 1985.

Le 25 mai 2007, Philippe Fénelon, compositeur français né en 1952, installé aujourd’hui à Barcelone, présentera son ultime opus, écrit sur une commande de l’ Etat et du Théâtre du Capitole : Faust, un héros bien connu des mélomanes et sur lequel le compositeur a bien voulu revenir pour Classictoulouse.

ClassicToulouse  : Vous avez fait un choix littéraire original pour composer ce Faust

Philippe Fénelon : Je n’ai pas utilisé le Faust de Goethe, mais celui de Lenau, un texte qui n’a jamais été mis en musique. Je ne souhaite pas faire de parallèle entre les deux sources littéraires car elles n’ont rien à voir entre elles. Le thème de Lenau est la quête de la vérité, un thème tout à fait d’actualité à mon sens. Ce qui m’intéresse dans ce texte composé de 3400  vers, c’est sa fragmentation en 24 chapitres, 24 tableaux sans continuité dramaturgique d’ailleurs, avec une grande disparité de styles alliant poésie, philosophie, etc.  J’ai utilisé ce texte comme on utilise une boîte à outil. Il m’a servi de matériau pour construire ma propre dramaturgie. J’ai même ajouté un personnage, un narrateur, une sorte d’évangéliste, c’est l’Homme, la voix de Lenau lui-même. Il y a un évènement par tableau, chacun se terminant par un désastre, car Faust ne va pas trouver la Vérité, « la nature ne livre pas ses secrets, la science est vaine, la vie familiale est insipide, la religion ne répond à rien, la sensualité est éphémère, l’art n’apporte qu’un semblant de satisfaction… ». Et à la fin, après que Faust se soit suicidé, l’Homme prend sa place et devient le nouveau Faust. Le final est un véritable requiem.

: C’est une œuvre profondément pessimiste.

PF : Oui. Je ne pense pas qu’aujourd’hui on puisse écrire une comédie sur un texte sérieux. Plutôt que de pessimisme, je parlerai de nostalgie.
Bien sûr il y a un suicide, mais celui-ci est un évènement personnel qui ne concerne pas l’Humanité. Dans mon opéra je suis plus dans le regard du monde sur la vie de tous les jours.

: Le livret

PF : C’est moi-même qui l’ai écrit, en allemand, à partir du texte d’origine, très difficilement traduisible.

: Quels sont les moyens requis pour interpréter votre œuvre ?

PF : Un orchestre traditionnel de 80 musiciens, un grand chœur et 14 solistes recouvrant l’ensemble des tessitures. Mon Faust est un véritable ténor wagnérien. C’est ce timbre spécifique que je voulais, pour son caractère revendicatif.

: Quels sont vos rapports avec Pet Halmen, responsable de la totalité de la production ?

PF : Il s’est montré extrêmement enthousiaste. Il m’a proposé « sa » mise en scène et je l’ai acceptée car c’est une interprétation sur laquelle je n’ai pas à intervenir. Ce n’est pas forcément ce que j’avais imaginé en écrivant mon opéra mais  c’est sa sensibilité qui s’exprime. En toute légitimité. Le compositeur n’est pas là pour tout traduire. Il y aura certainement d’autres visions de mon œuvre.

: Vos rapports à l’Espagne ?

PF : Effectivement je vis à Barcelone depuis 27 ans. A cette époque-là je souhaitais m’éloigner de certains cercles musicaux parisiens afin de réfléchir sur ma carrière. Effectivement aussi j’ai été pensionnaire, sans y habiter, pendant deux ans, de la Casa Vélasquez à Madrid, avec une bourse confortable d’ailleurs. Tout est parti de là. Aujourd’hui je ne me bats pas pour une commande et grâce à la sérénité financière qui est le mienne à présent, je peux faire ce que je veux avec qui je veux. C’est çà la liberté. L’Espagne, en tant que culture n’interfère pas dans mon processus de création.

: Vos premiers pas dans le cinéma de long métrage.

PF : En fait j’étais intéressé par cette autre forme d’art. J’ai débuté par un court de 26 minutes consacré au peintre Anne-Marie Pècheur, une artiste que je connais très bien. Puis ce fut un moyen métrage de 52 minutes sur une consœur musicienne, la germano-chilienne Leni Alexander. J’ai fait comme çà pas mal de films qui sont tout simplement  des portraits. Actuellement je termine une réalisation consacrée à la première femme de l’écrivain Julio Cortázar : Aurora Bernàrdez, intitulée La vuelta del dia. Elle a accepté, pour la première fois de sa vie, d’être filmée. J’ai donc 5 heures d’entretiens avec cette immense traductrice (Sartre, Calvino…). C’est extraordinaire de l’entendre parler ainsi alors qu’elle est âgée de 87 ans aujourd’hui. Ce que je voulais, c’était sa parole. En fait, je pense que ce sera un film sur une lectrice, une lectrice privilégiée de Cortázar, bien sûr.


Propos recueillis par Robert Pénavayre


 



 

infos
 
Représentations : 25,27 et 29 mai et 1er juin
Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org
 
 

 

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