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Entretien avec Janice Baird - Soprano - Tristan und Isolde (08/03/2007)
 

Janice Baird dans "La Femme sans Ombre" au Théâtre du Capitole de Toulouse en octobre 2006, dans la mise en scène de Nicolas Joel (photo Patrice Nin)


« Pour chanter Isolde, il faut que je me cloître »
Janice Baird

De nationalité américaine, et après avoir vécu une grande partie de sa vie en Autriche, Janice Baird réside aujourd’hui en Allemagne avec son mari, acteur, qui l’a perfectionnée dans le maniement de la langue de Goethe.Après avoir interprété à Toulouse : Elektra, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux et La Femme sans Ombre, Janice Baird revient pour le rôle des rôles : Isolde.

Classic Toulouse : Pour le plus grand plaisir des mélomanes toulousains, vous revenez au Capitole de Toulouse, ce sera la cinquième fois en cinq ans. Ce théâtre semble correspondre à vos attentes.

Janice Baird : Effectivement, car dans ce théâtre, tout le personnel travaille au plus haut niveau. J’aimerais d’ailleurs, si vous me le permettez, remercier ici tout ce monde des coulisses, sans oublier personne, pour leur aide, leur gentillesse, leur soutien et, je le répète, la haute qualité de leur travail. Je puis vous affirmer que peu de théâtres au monde ont un pareil niveau de compétence. Il est clair également que rares sont les directeurs de maisons d’opéra du niveau de Nicolas Joel. Cet homme connaît tout, de A jusqu’à Z, dans son métier. Il est respecté par tout le monde. Et, en plus, maintenant j’ai appris à aimer Toulouse.

: Isolde est-il le rôle le plus lourd de votre répertoire ?

J.B. : Sans aucun doute, même si, lorsque j’achève Le Crépuscule, j’ai parfois des doutes. Non, très sérieusement, dans le répertoire allemand, Isolde est le rôle le plus difficile, car c’est le plus long, sans pause aucune autant dans le 1er que dans le 2ème acte où je chante chaque fois une heure et quart d’affilée. C’est un rôle également très délicat au plan émotionnel. Isolde fait voyager dans plusieurs sentiments  : l’amour bien sûr, mais aussi la haine et  la colère. Et cela demande beaucoup d’énergie aussi, surtout lorsqu’on est dans une équipe particulièrement professionnelle, où tout le monde cherche à donner le meilleur de soi-même, ce qui est le cas ici.

 

: Parlez-nous de ce troisième acte du Tristan et Isolde.

J. B. : C’est un acte particulièrement délicat pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’il touche au sommet de l’émotion, et ensuite parce que je n’interviens qu’à la toute fin. Je reste donc longtemps dans ma loge et il faut impérativement que je garde mon énergie tendue pendant tout cette période. En fait, il est plus simple de ne pas arrêter de chanter. Cela dit, Isolde est un vrai bonheur. Wagner a écrit pour elle des choses magnifiques et je dois dire que maestro Steinberg, qui dirige cet ouvrage à Toulouse, est certainement l’un des plus grands chefs wagnériens de notre temps.

Dans "Le Crépuscule des Dieux",
mise en scène Nicolas Joel
(photo Patrick Riou)

: Comment se prépare-t-on à interpréter ce rôle ?

J. B. : C’est difficile pour mon mari (éclats de rire…wagnériens !), car je me cloître littéralement durant cette période au cours de laquelle je dois avoir une alimentation très saine, faire attention à mon sommeil et entretenir mon corps par le sport. Mais j’ai la chance d’avoir un  mari qui me supporte et me donne beaucoup d’énergie car il comprend mon métier. Je dois ajouter aussi que je me ménage des pauses. Par exemple je viens de chanter Ariadne, pour moi ce sont des vacances…vocales, ensuite je chante Fidelio en Avignon, c’est pareil. Quand je peux, je chante des rôles italiens comme Fanciulla ou Turandot, c’est excellent pour la technique vocale et en plus ces rôles ne me posent aucun souci.

: Avez-vous des références dans ce rôle ?

J. B. : J’ai écouté tout ce qui a été enregistré dans ce domaine. Il ne faut surtout pas se limiter à une seule interprétation. Bien sûr, j’ai souvent entendu Astrid Varnay, qui a été  mon professeur de chant, mais aussi Birgit Nilsson ou Martha Mödl. Mais je dois, sur scène et chaque fois retrouver seulement…Janice Baird. Cela dit, j’ai découvert beaucoup de choses en écoutant les autres sopranos dans ce rôle, car ma voie n’est pas la seule, d’une part, et pas toujours la bonne, d’autre part.

: Vos futurs engagements vous amènent dans quels théâtres ?

J. B. : Avignon pour Fidelio en avril, Walkyrie à Marseille, Elektra à Bilbao puis Rome, pour ma première Marie de Wozzeck.

: Qu’aimeriez-vous qu’un directeur d’opéra vous propose comme rôle ?

J. B. : Aujourd’hui, je suis très bien dans mon répertoire, mais dans l’avenir j’aimerais bien me lancer dans des emplois comme Cassandre des Troyens, Ariane de l’Ariane et Barbe Bleue de Paul Dukas, Emilia Marty de L’affaire Makropulos, ou bien encore les deux rôles de Tannhäuser, Parsifal aussi. J’ai plein d’autres rêves comme ça.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 16 février 2007

 

infos
 

Représentations de Tristan und Isolde :
8, 14, et 21 mars 2007 à 18 h, 11 et 18 mars 2007 à 15 h.

Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org

 
 

 

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