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Entretien avec Alain Altinoglu - Théâtre du Capitole
08/03/2010
     

 « Il ne faut pas se sentir contraint par tel ou tel interprète, même référent »

Après avoir triomphé à l’Opéra de Paris en novembre 2009 dans Salomé, le jeune chef d’orchestre français d’origine arménienne Alain Altinoglu fait ses débuts au Théâtre du Capitole dans un programme exceptionnel réunissant trois chefs d’œuvre lyriques du 20ème siècle : La voix humaine, Erwartung et Pierrot lunaire.


Alain Altinoglu (Photo Fred Toulet)

Classic Toulouse  : Entre concert et opéra, comment se partage aujourd’hui votre emploi du temps ?

Alain Altinoglu : En tant qu’ancien chef de chant, au début de ma carrière ce sont surtout les maisons d’opéra qui m’ont invité. En termes de spectacle, aujourd’hui c’est moitié-moitié, mais un opéra réclame trois fois plus de préparation qu’un concert. J’essaie de me tenir à cet équilibre car j’estime que la pratique de l’un nourrit l’exercice de l’autre.

 : Dans quel répertoire symphonique êtes-vous réclamé ?

A. A. : A l’étranger, c’est clair qu’en tant que chef français on me demande dans mon répertoire d’origine. Cela dit, mon répertoire globalement est éclectique mise à part la musique de la Renaissance et les opéras du 17ème siècle que pour l’instant je n’ai pas abordés.

 : Pour en venir à la soirée lyrique que vous allez diriger, une question se pose immédiatement et plus particulièrement concernant Erwartung. Cet opéra réclame un effectif orchestral majeur, or le TNT qui accueille ce spectacle possède une petite fosse…

A. A. :
Vous avez parfaitement raison, aussi Christian Rizzo, le metteur en scène et Frédéric Chambert, le directeur du Capitole ont-ils imaginé de mettre l’orchestre en fond de scène et surélevé de plus de trois mètres, le son étant renvoyé dans la salle grâce à des panneaux acoustiques. Je suis donc derrière l’interprète, mais cela n’est pas gênant car nous disposons aujourd’hui de multiples retours vidéo.

 : Êtes-vous un familier de ces trois ouvrages ?

A. A. :
Pas du tout. J’ai dirigé une fois en concert Erwartung et j’ai été chef de chant, il y a longtemps, sur cet opéra avec Jessye Norman au Châtelet. Je n’ai jamais dirigé La voix humaine ni Pierrot lunaire mais j’ai déjà joué ces œuvres au piano. Donc, pour moi ce sont de véritables premières.

 : Quel est le fil conducteur de ce spectacle ?

A. A. :
Tout d’abord, il est question ici de trois femmes seules. Ensuite Christian Rizzo a conçu un seul espace scénique peuplé de modules blancs dont la présence va être variable. Ces trois femmes parlent à des personnes très différentes. Celle d’Erwartung se parle quasiment à elle-même, c’est un véritable monodrame. La seconde, celle du Pierrot lunaire est plutôt une récitante qui s’adresse au public. La troisième, celle de La voix humaine parle à quelqu’un mais au travers d’un téléphone. Ce qui est intéressant aussi est de confronter Schoenberg, compositeur des deux premiers, avec Poulenc, l’auteur de La voix humaine. Ce sont deux mondes complètement différents musicalement.


(Photo Yves Rambaud)

 : Christian Rizzo fait appel dans sa mise en scène à des danseurs.

A. A. : Tout à fait. Christian vient du monde de la danse et des arts plastiques. C’est la première fois qu’il met en scène un opéra. Il dit ne pas connaître la musique, et je crois que c’est vrai. Par contre il a un instinct musical extraordinaire et pour un chef d’orchestre c’est capital. Malheureusement, il arrive que des metteurs en scène soient complètement à l’opposé de la signification musicale. Cela dit je ne pense pas que l’on puisse vraiment parler de danse. Nous sommes dans un concept de déplacements conjuguant esthétique et visuel.

 : Que pensez-vous de l’engouement actuel des chorégraphes pour mettre en scène de l’opéra ?

A. A. : Très clairement, cela dépend des œuvres. Je ne vois pas bien Don Carlo ou Simon Boccanegra dans ce genre d’approche. Pour Erwartung l’idée fonctionne à merveille. Mais cela ne peut pas marcher à tous les coups. Prenez le cas de Bob Wilson. Son esthétique systématique de mise en scène n’est pas toujours concluante.

 : Revenons au Pierrot lunaire. L’orchestre, si l’on peut dire, se compose de cinq musiciens. A-t-il vraiment besoin d’un chef ?

A. A. : On peut faire Pierrot sans chef, d’ailleurs cela se fait souvent. Mais si l’on veut que tout le monde lise et interprète la musique de la même manière, je pense qu’un chef est indispensable. Qui plus est, pour cette pièce lyrique dont l’écriture ouvre clairement la porte au Sprechgesang, j’ai travaillé au piano avec Anja Silja afin que nous nous mettions d’accord sur un certain nombre de points, car c’est un ouvrage relativement « libre ». Si vous permettez, je voudrais dire ici combien je suis heureux et honoré de travailler avec cette légende vivante de l’opéra. Son charisme est inimaginable. Elle me disait s’apprêter à fêter bientôt ses soixante années de carrière !

 : En dirigeant La voix humaine au Capitole vous prenez tout simplement la succession du créateur de l’ouvrage : Georges Prêtre, qui le dirigeait in loco en 1959.

A. A. : Je vois ce que vous voulez dire. Effectivement, j’ai écouté attentivement ses deux enregistrements de La voix humaine. Mais d’un autre côté et en lisant la fantastique correspondance de Poulenc, je me suis aperçu qu’il était un compositeur « flexible ». Donc, je pense que nous, jeunes chefs d’aujourd’hui, ne devons pas nous sentir contraints par l’approche de tel ou tel interprète, même référent. D’ailleurs, concernant cette Voix, Prêtre a réalisé deux enregistrements qui ne se ressemblent pas. Et puis, c’est une œuvre très particulière totalement centrée sur une interprète, donc on doit travailler en fonction des moyens et des souhaits de celle-ci.

Propos recueillis à Toulouse le 8 mars 2010 par Robert Pénavayre

 

infos
 

Représentations au Théâtre National de Toulouse (TNT) :

16, 19, 23, 25 mars 2010 à 20 h, le 21 mars 2010 à 15 h

Renseignements et réservations :

www.theatre-du-capitole.org

 
 

 

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