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DVD/ Tannhäuser - Richard Wagner - Festival de Bayreuth
     
COUP DE CŒUR    

Génialement... irritant

Il n’a pas fallu attendre longtemps dès la fin de la partition de ce Tannhäuser donné en ouverture du Festival de Bayreuth 2019, pour entendre de hautes vociférations vite couvertes à vrai dire par des ovations beaucoup plus nombreuses.

Pour sa première mise en scène sur la Colline verte, le jeune artiste allemand Tobias Kratzer, même pas quadra à l’époque, avait été invité par Katharina Wagner, arrière-petite-fille du compositeur et alors directrice du célèbre festival, à mettre en scène l’un des premiers grands ouvrages de Richard Wagner : Tannhäuser. Le compositeur a 32 ans. Nous sommes en 1845 et sa vie autant sentimentale que professionnelle est compliquée, financièrement, politiquement, intellectuellement. L’exil n’est pas loin. Mais pour l’heure son œuvre est créée à Dresde. C’est cette version, originale, qui est donnée ici. Quelques années après, en 1861, cet ouvrage connaîtra à Paris, dans la salle Le Peletier, un rejet total. Il faudra attendre les reprises de 1895, cette fois au Palais Garnier, et l’adjonction d’un ballet, pour que cet opéra soit accepté par le plus grand nombre. Il est bien connu qu’il est toujours dangereux d’être en avance sur son temps. Cela dit, le sujet même de cet opéra opposant amour sacré et amour profane, ancrant définitivement le thème de la rédemption par l’amour dans le drame wagnérien, porte en lui-même, et vu la personnalité de son auteur, des possibilités de translations autant temporelles que personnelles infinies.
Il faut citer tous les « coupables » de l’aventure follement excitante, complétement barrée diront certains, décalée pouvons-nous ajouter aussi, à laquelle cette production nous invite à participer.  J’ai nommé Rainer Sellmaier pour les décors et costumes, Manuel Braun pour la vidéo, Reinhard Traub pour les lumières et Konrad Kuhn pour la dramaturgie et bien sûr Tobias Kratzer pour la mise en scène.

O

L’aventure en question commence dans une fourgonnette Citroën, vous savez, le fameux Tube. A l’intérieur un quatuor à faire frémir. Au volant, particulièrement excitée : Vénus. A ses côtés, en costume de clown Mac Donald, Tannhäuser, à l’arrière, Oskar, ici un nain déguisé en héros du film Le tambour d’après l’œuvre de Gunther Grass portée à l’écran par Volker Schlöndorff en 1979, l’histoire de cet enfant qui ne veut pas grandir, refusant au début des années 30 du siècle dernier en Allemagne, le monde surfait des adultes. Pour compléter ce quatuor improbable, il y a enfin Le Gâteau Chocolat, un black drag queen qui ne recule devant rien, y compris le costume de Blanche Neige façon Disney. Tout ce petit monde, fauché comme les blés, vis de rapine. Jusqu’à cet accident, volontaire. Sur le parking d’un Burger King, Vénus fonce sur un vigile tentant d’arrêter la camionnette. Et le tue.

C’est un déclic pour Tannhäuser qui profite d’une halte pour fausser compagnie à l’aimable assemblée. Scène suivante. Il se retrouve devant...le Festpielhaus de Bayreuth alors que les festivaliers, cravatés jusqu’au menton, montent la Colline sacrée. En fait ce sont les pèlerins. Le temps pour Tannhäuser de recevoir une gifle monumentale de la part de son Elisabeth bien-aimée et nous voilà, suivant ses pas, partis avec l’impatience que vous imaginez pour le deuxième acte.  Il n’est rien de dire qu’il réserve son lot de surprises. J’arrête là car la suite est quasiment irracontable. Entre coulisses en vidéo, scène véritable semblant tout droit sortie d’un livre d’image du 19è siècle, le vertige vous gagne, le rire aussi. C’est voulu. Et c’est gagné ! La mise en abîme d’un opéra, en tant que tel, de l’opéra, en tant que genre, du public, autant celui de la création que celui d’aujourd’hui semblant aller sur cette Colline comme l’on va à la célébration d’un rituel sacré, tout est passé au tamis de l’analyse. Tout cela et bien d’autres choses interpellent en permanence. Du rire aux larmes, la frontière est mince et le talent de cette équipe de production est tel que nous la traversons dans les deux sens en permanence, pris dans le tourbillon d’un pari à haut risque, développé avec une cohérence indiscutable. Du grand théâtre qui, j’en conviens, peut troubler. Mais quelle intelligence, quelle réflexion, quelle virtuosité, quelle émotion.
Si l’on peut passer rapidement et charitablement sur une prestation franchement moyenne de Valérie Gergiev à la tête d’un orchestre et de chœurs que l’on a connus plus en forme, d’ailleurs l’accueil réservé au chef russe lors du salut final a dû sérieusement le refroidir, saluons comme il convient une distribution se vouant corps et âmes à ce périple comico-dramatique. En premier lieu, et c’est normal, le Tannhäuser de Stephen Gould. Peu de ténors osent affronter ce rôle redoutable dont la scène finale constitue un vrai tombeau pour ceux qui n’ont pas su s’économiser.  Lui arrive à la fin de ce fameux Retour de Rome en donnant l’impression qu’il pourrait en enchaîner un second ! A l’approche de la soixantaine et grâce à une technique infaillible, et il ne peut en être autrement ici, ce chanteur américain appartient à cette petite poignée de véritables ténors héroïques de notre temps. Pour rester avec ces messieurs, soulignons la noblesse de phrasé, si ce n’est de creux, de la basse danoise Stephen Milling, (Hermann), le formidable engagement scénique du baryton allemand Markus Eiche (Wolfram), un brin trop discret vocalement mais terriblement émouvant, et, globalement, la bonne tenue de l’ensemble des Chevaliers. La jeune (34 ans !) soprano norvégienne Lise Davidsen s’empare dans ce haut lieu du chant wagnérien du personnage d’Elisabeth avec un aplomb sans faille. Sa voix d’airain puissamment projetée laisse entendre de futures Brünnhilde, sagement en attente pour l’instant. Il fallait pour cette militante activiste pro libertés en tous genres qu’est ici Vénus, rien moins qu’une véritable actrice. C’est la sculpturale mezzo russe Elena Zhidkova, venue en remplacement de sa compatriote Ekaterina Gubanova juste quinze jours avant la première. Autant dire qu’elle a dû mettre les bouchées doubles car la mise en scène de l’épargne pas une seconde. Elle est phénoménale de présence, de vis comica, de tempérament dramatique aussi au travers d’une voix chaude parfaitement projetée jusque dans des aigus triomphants.
Tous ces commentaires ne sont rien par rapport à la richesse de cette production. Une production qu’il faut découvrir, en lâchant le plus de lest possible, en se laissant envahir par une œuvre que l’on devinait certes complexe et que Tobias Kratzer nous dévoile dans toute sa richesse.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 26 février 2021

 

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« Tannhäuser »
- Richard Wagner – DGG - 2 DVDs – 26 €

 

 
 

 

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