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Danse/ Ballet du Capitole - Les Maîtres du XXe siècle - 04/11/2009
     
CRITIQUE

Une rentrée placée sous le signe de la virtuosité

S’il est un mot qui caractérise la rentrée au Ballet du Capitole, c’est bien le mot virtuosité dans toutes ses acceptions ! Nannette Glushak avait en effet choisi trois chorégraphes parmi les plus exigeants de ce XXème siècle qui a vu naître la danse contemporaine. Et les danseurs ont relevé avec brio ce défi qu’elle leur avait jeté.


Le ballet "Thème et Variations" de Balanchine : Magali Guerry et Davit Galstyan
(Photo David Herrero)

En ouverture de rideau la virtuosité bien connue du « Thème et Variations » de Balanchine dans lequel excelle la Compagnie. Et, une fois encore, la démonstration en fut éclatante. Le corps de ballet possède parfaitement le style balanchinien, du port de bras à la rapidité des battements. La première distribution était assurée par Magali Guerry et Davit Galstyan, fraîchement nommé  soliste. Si leur technique est pratiquement irréprochable,  une chose cependant gâche un peu notre plaisir. Ces deux là, apparemment, s’apprécient peu, et, malheureusement, cela transparaît parfois sur scène. Magali a toujours cette légèreté, cette grâce et cette technique qui en font une grande balanchinienne. Davit, quant à lui, est toujours aussi vif bien que sa silhouette se soit un peu alourdie (les vacances ?) et ne permette pas les élévations aussi brillantes que celles auxquelles nous étions habitués. La seconde distribution réunissait Maria Gutierrez et Kazbek Akhmedyarov, et là nous étions proches de la perfection qu’exige le maître. Techniquement, tout y était : les équilibres, les battements, les jetés, l’humour… Maria fait une rentrée en beauté : fine, aérienne, légère, elle est l’incarnation parfaite de la ballerine classique du grand ballet pétersbourgeois qui inspira Balanchine pour cette œuvre. A ses côtés, Kazbek exécute avec une précision diabolique la chorégraphie tout aussi diabolique du chorégraphe russo-américain. Ce danseur possède une technique, une élévation, un en-dehors extraordinaires. Il faudrait simplement que son visage puisse mieux exprimer les sentiments des personnages qu’il incarne.


"Falling angels" de Jiri Kylian

Deux entrées au répertoire suivaient ce premier ballet. « Fallings Angels » de Jiri Kylian coupa le souffle à tous les spectateurs de la Halle aux Grains. Sur les rythmes  envoûtants, incantatoires, lancinants, quasi hypnotiques, des percussions de « Drumming » de Steve Reich,  huit danseuses se livrent à une exploration de la gestuelle, des possibilités des figures d’ensemble, à mi-chemin entre l’Orient et l’Occident, accompagnées pas à pas par des jeux de lumière qui sont en eux-mêmes une chorégraphie dans la chorégraphie. L’utilisation de l’espace, du geste, du corps est ici poussée au paroxysme pour une œuvre d’une difficulté infinie et d’une beauté formelle extraordinaire. Il faudrait citer ici toutes les danseuses des deux distributions tant les impressions qu’elles nous ont laissées étaient lumineuses : le corps désarticulé de Lucille Robert dans la lumière ; le baiser envoyé au public de Frédérique Vivan ; Nuria Arteaga funambule légère sur un fil de lumière ; et toutes les autres qui ont interprété avec un talent extraordinaire cette œuvre étrange et prenante du sorcier Kylian.


"The Vertiginous Thrill of
Exactitude" de Forsythe : Valerio
Mangianti (Photo David Herrero)

 
La difficulté continuait avec le ballet de Forsythe, « The Vertiginous Thrill of Exactitude ». Et il nous faut admirer les danseurs qui arrivent au bout des incroyables difficultés techniques grâce à une maîtrise physique sans faille. La virtuosité à l’état pur, l’émotion en moins, mais là, les danseurs n’y sont pour rien. Ce ballet nous donnait l’occasion de voir danser le nouveau soliste de la Compagnie, Valerio Mangianti. Grand, élégant, avec une très beau port de bras (ce qui n’est pas si courant chez les danseurs), il se coule dans cette chorégraphie parsemée d’écueils, et s’intègre à la troupe de manière parfaitement naturelle. Gaëlle Riou s’affirme de plus en plus comme une brillante interprète, de même qu’Isabelle Brusson. Maria Gutierrez, égale à elle-même, arrive à nous faire oublier que tout n’est que vitesse et vélocité dans cette œuvre tant elle y met de cette grâce qui la caractérise.

Nous retrouvions Jiri Kylian et sa « Symphony in D » pour la dernière oeuvre de la soirée. Facétieux, fantaisiste, plein d’un humour débridé, ce ballet est un vrai bonheur. Même si le chorégraphe se moque, en apparence, de la danse et de ses codes, ce brillant divertissement est parfaitement construit et suit rigoureusement les règles classiques. Les groupes se font et se défont à l’envi, avec toujours la touche d’humour qui fait naître les sourires et les rires dans le public et sur scène. Cette œuvre de jeunesse du chorégraphe (avec laquelle il a pris quelque distance depuis) régale toujours autant le public, conquis par les mille et une facéties des Fabien Cicoletta, Valerio Mangianti et d’autres encore, par les clins d’œil, parfois iconoclastes, aux grandes œuvres du répertoire classique  Tous les danseurs semblent prendre, et prennent effectivement, un plaisir infini sur scène tout en exécutant à la perfection une chorégraphie qui pour être joyeuse n’en n’est pas moins exigeante.


"Symphony in D" de Jiri Kylian (Photo David Herrero)

Cette soirée nous a permis également de découvrir les nouvelles venues dans la compagnie : la longiligne Juliette Thelin, Maki Matsuoka, petit Saxe gracieux,  et Vanessa Spiteri, du vif argent  sur scène.
En résumé, une soirée comme nous aimerions en connaître de nombreuses tout au long de la saison.

Annie Rodriguez

 

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