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Concerts/
Orchestre du Capitole /
Tugan Sokhiev -
La Damnation de Faust -
H. Berlioz - 15/01/2010 |
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CRITIQUE
Une brûlante Damnation
A mi-chemin entre l’opéra et l’oratorio, « La Damnation de Faust » reste une œuvre unique, complexe, un défi relevé par Berlioz pour traduire musicalement le mythe romantique par excellence. Le 15 janvier dernier, Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole s’étaient assurés, pour son exécution de concert, du concours de l'imposant chœur basque « Donostiarra », des chœurs d’enfants « La Lauzeta » et « Variabilis de Condom », ainsi que d’un quatuor de solistes de renom. |
Le baryton-basse Sir Willard White, le ténor Stuart Neill et la soprano Anna Caterina Antonacci, solistes de la Damnation de Faust
(Photo Classictoulouse) |
Les circonstances presque rocambolesques de sa composition font de cette « légende dramatique », selon la dénomination de Berlioz lui-même, une partition avant tout symphonique, les interventions vocales nourrissant l’intrigue de manière stratégique.
Les premières mesures introduisent le personnage central de l’œuvre avec une nostalgie touchante, comme si l’on ouvrait un livre de légende. Le ténor américain Stuart Neill impose son interprétation de Faust d’une voix étonnante de projection, de puissance et de sûreté. Certes, on peut incarner ce rôle avec plus de subtilité ou d’imagination, mais quel déploiement vocal, quelle vaillance, quelle aisance dans une tessiture presque inchantable ! Jusqu’au contre ré bémol aucune limite ne semble affecter son ambitus.
Même si le timbre ne possède plus l’assurance et l’éclat de jadis, l’expérience et l’élégance du vétéran Sir Willard White brossent un Méphistophélès ironique, plein d’une rouerie distante et noble. Quant à Anna Caterina Antonacci, elle réunit toutes les qualités requises pour chanter et surtout pour incarner la plus touchante des Marguerite. L’émotion est là, dès le premier souffle, le style et la diction également. La touchante « Ballade du Roi de Thulé », et surtout le redoutable « D’amour l’ardente flamme » fouillent au plus profond la sensibilité de cette émouvante incarnation. Enfin, dans sa brève intervention, René Schirrer déploie toute la truculence qui convient au rôle de Brander.
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L'Orchestre du Capitole, le choeur "Donostiarra ", les choeurs d'enfant "La Lauzeta" et "Variabilis" sous la direction de Tugan Sokhiev dans le final de "La Damnation de Faust" (Photo Classictoulouse) |
Et puis, bien sûr, « La Damnation de Faust » réclame un chef d’orchestre avec un véritable projet d’interprète. Tugan Sokhiev s’approprie l’œuvre avec sa science de l’orchestre, des couleurs, de la caractérisation poussée de chaque situation. Certes, les grands « tubes » de la partition reçoivent un traitement particulier, mais ils restent bien enchâssés dans le déroulement général du drame. La très héroïque « Marche hongroise » adopte une rigidité militaire glaçante, alors qu’à l’opposé, une belle souplesse anime le ballet des Sylphes ou la danse des Follets. C’est dans les détails d’une orchestration prodigieusement riche que se manifeste la personnalité du chef : dans les grincements de la « Chanson de la puce », dans le soutien chaleureux et panthéiste de l’« Invocation à la nature », dans la douceur douloureuse du tissu instrumental qui accompagne les interventions de Marguerite. Un grand bravo à Bruno Dubarry et à Serge Krichewski pour la beauté de leur solo respectif d’alto et de cor anglais qui introduit chacune des deux scènes stratégiques de la tendre héroïne.
L’admirable chœur Donastiarra joue formidablement son rôle central, à la fois personnage agissant et commentateur de l’action. Justesse, précision, dynamique contribuent notamment à l’apothéose d’un flamboyant final. La course à l’abîme et la bacchanale infernale (« Has ! has ! Méphisto… ») donnent le vertige. Enfin la rédemption, pour laquelle le grand chœur reçoit l’angélique soutien des chœurs d’enfants, conduit peu à peu du vacarme infernal au silence céleste. Un silence impressionnant qui se prolonge quelques longues secondes avant que n’éclatent les premiers applaudissements d’un public fasciné.
Aux côtés des solistes, les chefs de chœur José Antonio Sainz Alvaro pour l’« Orfeon Donostiarra », François Terrieux pour « La Lauzeta » et Victoria Digon pour le « Chœur Variabilis de Condom » sont chaleureusement acclamés. Une véritable ovation salue enfin Tugan Sokhiev, le principal artisan de la réussite.
Serge Chauzy |
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Programme du concert du 15 janvier 2010, à 20 h, à la Halle-aux-Grains :
* H. Berlioz
- La Damnation de Faust
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