C
CRITIQUE
Une centenaire plus jeune que jamais
Invitée régulière - et qui s'en plaindrait - de la scène capitoline, l'opérette de Franz Lehár, La Veuve Joyeuse, revenait pour ces fêtes de fin d'année faire le bonheur des mélomanes toulousains.
Dans une production aux lignes classiques signée Charles Roubaud (mise en scène), Emmanuelle Favre (décors) et Katia Duflot (costumes), les amours tumultueuses de l'attaché d'ambassade et de la riche héritière font intimement fredonner à l'unisson des mélodies entrées dans l'inconscient collectif depuis.pile 100 ans !
Qui ne connaît « Heure exquise », ou bien « Viens dans mon joli pavillon », ou encore « Depuis qu'Eve écouta le Malin » ? Ces mélodies, ces valses, ces duos aux charmes ineffables sont la signature même du génie du grand compositeur autrichien. Si la valse viennoise garde chez ce musicien une place de choix, ce dernier la conjugue avec diverses influences venues d'Europe Centrale, le tout réclamant un grand orchestre capable de donner son éclat à une instrumentation particulièrement brillante.
Ce fut à l'évidence l'un des soucis majeurs de Nicolas Joel pour ces reprises capitolines. Il eût été facile par ailleurs de s'en douter à voir le chef Günter Neuhold à l'affiche. Impression confirmée à l'examen de la formation musicale présente dans la fosse ! On allait entendre une Veuve pour le moins symphonique.
Ce fut en fait un régal permanent qui trouva son apothéose dans une interprétation brillantissime de la valse célèbre intitulée « Or et Argent », de Lehár bien sûr, que le maître dirigea entre le 2 nd et 3 ème acte, une interprétation qui fut accueillie par un tonnerre d'applaudissements.
Sur scène, et dans une version française, le casting défendait au mieux de ses moyens une partition particulièrement délicate.
Pour sa prise de rôle de la riche héritière, Leontina Vaduva convainc avant tout par un étonnant abatage ainsi qu'un accent naturel idéal pour son personnage.
A ses côtés, le Prince Danilo de Nicolas Rivenq ne peut faire oublier en aucun cas son exceptionnel prédécesseur in loco, le Québécois Jean-François Lapointe. C'est finalement Gilles Ragon - mais qui aurait pu en douter - qui défendra avec le plus de vaillance son Camille de Coutançon aux côtés de la Nadia de Cécile De Boever.
Fidèle au poste, Patrick Rocca compose avec gourmandise un Popoff caricatural à souhait, au même titre que le Figg de Jacques Lemaire.
Le Ballet et le Chour du Capitole apportent une précieuse contribution à la réussite d'ensemble de ce spectacle qui connut une affluence record, signe de l'indéfectible passion du public pour l'opérette de qualité.
Robert Pénavayre |