CRITIQUE
Il Trittico, un sommet Puccinien
Les reprises actuelles du Triptyque, de Giacomo Puccini, nous valent le bonheur d'entendre l'un des chefs d'ouvre majeurs de ce compositeur.
La production de ces trois mini opéras en un court acte chacun, fut créée au Capitole en janvier 1997 dans une mise en scène de Nicolas Joel. Ce dernier a passé la main cette année à Stéphane Roche pour la remonter. Nous retrouvons ainsi toutes les qualités d'un spectacle qui avait connu alors un gigantesque succès : invention, lisibilité, émotion, truculence, spiritualité, virtuosité. Nicolas Joel connaît son Puccini (et bien d'autres) sur le bout des doigts et n'a pas son pareil pour créer des atmosphères tour à tout vénéneuses, élégiaques ou bien encore trépidantes. Un sommet indiscutable du répertoire capitolin !
Comme pour la plupart des opéras de ce compositeur, quelques grandes voix sont requises pour rendre justice à ces trois ouvrages.
Il Tabarro nous permet de retrouver le baryton espagnol Juan Pons, puissant et tourmenté Michele, mais aussi le ténor italien Nicola Rossi Giordano (Luigi) qui avait déjà fait forte impression sur notre scène, la saison passée, lors de la création de Medée. Pour ses débuts toulousains, la soprano roumaine Doina Dimitriu (Giorgetta) expose une voix de dramatique spinto aux moyens considérables.
Suor Angelica, volet central de la soirée, repose quasi entièrement sur le rôle titre, ici tenu par Tamar Iveri qui fut, faut-il le rappeler, une somptueuse Fiordiligi sur notre scène cette saison. Monument de douleur et d'émotion, sa Suor Angelica fit couler bien des larmes et obtint un triomphal succès personnel. Malgré une incontestable et terrifiante présence, la Zia Principessa de Marjana Lipovsek ne pouvait affronter le souvenir, dans ce rôle, de l'incroyable Alexandrina Miltcheva (1997).
Après le meurtre et la rédemption par l'amour, voici venu le temps d'un éclat de rire « falstaffien » : Gianni Schicchi. Clôturant la soirée, l'ouvrage, mettant en scène pas moins de quinze rôles, est un feu d'artifice permanent se concluant par la plus belle des arnaques à l'héritage. Dans le rôle titre nous retrouvons Juan Pons, à ses côtés, le jeune ténor espagnol Ismael Jordi campe un Rinuccio spontané et bien chantant, Anne-Catherine Gillet est une Lauretta craquante qui détailla avec beaucoup de musicalité le fameux air « O moi babbino caro ». Toute une pléiade de seconds rôles littéralement survoltés accompagnait cette farce macabre.
Marco Armiliato donnait à entendre toute la vertigineuse modernité de cette partition malgré une direction un peu carrée qui ne pouvait, de toute façon, occulter les somptueuses couleurs d'un orchestre sollicité ici dans ses moindres nuances.
Robert Pénavayre