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Opéra/ Théâtre du Capitole / Tristan und Isolde - R. Wagner (08/03/2007)
     


Troisième acte : De gauche à
droite : Oliver Zwarg (Kurwenal) et
Alan Woodrow (Tristan)
(photo Patrice Nin)

 

CRITIQUE

Les grandes ombres sont apaisées

Après les calamiteuses reprises de 1973, les actuelles représentations du Tristan und Isolde de Richard Wagner renouent, incontestablement, avec la grande tradition tristanienne du siècle dernier, celle qui vit se succéder au Capitole, dans les rôles principaux, des pointures comme Martha Mödl, Gertrude Grob Prandl, Max Lorenz, Ludwig Suthaus et Wolfgang Windgassen. Ces reprises sont également marquées par une nouvelle production pour le moins novatrice, une direction d’orchestre superlative et une distribution particulièrement enthousiasmante.

Au milieu des flots

Après le somptueux prélude du premier acte, le rideau s’ouvre sur un navire au milieu des flots, tangage et roulis inclus ! Tour de force de nos équipes techniques, la scène est adroitement divisée en trois plateaux qui vont suivre le mouvement des vagues. Effet garanti ! Le second acte n’aura pour seul décors qu’une voûte azurée. Pour les deux amants fuyant la lumière, il n’était de meilleure complicité. Le dernier acte se situe sur un éperon rocheux au bout duquel Tristan gît. Ce lieu de souffrance est surplombé d’un rocher, encore et toujours, objet de bien d’interprétations. Pendant la mort d’Isolde, le rideau de fond de scène va petit à petit se déchirer, laissant non seulement entrer la lumière de l’extase mais aussi symbolisant la fin des interdits. Réunis dans une mort lumineuse, Tristan et Isolde peuvent enfin vivre l’infini de leur amour.

Cette mise en scène de Nicolas Joel, relativement sobre dans ces apparences, contient en permanence de très forts moments d’émotion poignante. S’il ne fallait en citer qu’un, je choisirais la fulgurance de la fin du second acte, une fulgurance qui s’exprime dans le personnage de Kurwenal, chien fidèle sans aucune mesure, aucun repère hors l’amour qu’il porte à son maître Tristan. En un éclair, vous vous retrouvez la gorge nouée, les larmes aux yeux, devant l’expression de l’indicible. Un autre éclairage sur cette mise en scène dont les décors et costumes sont signés Andreas Reinhardt, pour évoquer justement le costume d’Isolde, toute de blanc vêtue au premier acte mais avec des collants d’un rouge vif, visibles par intermittences et précédant le costume incarnat dans lequel elle chantera sa mort. Les couleurs de l’amour sont décidément immuables. Sur le principe du Yin et du Yang inversés, blanc et noir, ombre et lumière, les personnages revêtent physiquement leur relation à l’autre, quel qu’il soit. Subtil. Pour le moins !

 

Mort d’Isolde (Janice Baird)
(photo Patrice Nin)
 

Tristan, un opéra de  chambre

Pinchas Steinberg vient de nous offrir une lecture musicale particulièrement intéressante de cette œuvre. Nous le connaissons assez éloigné des approches « teutonnes » du répertoire germanique, mais avec Tristan, Steinberg s’aventure dans une relecture « chambriste » de cette partition. Attention, cela ne veut pas dire qu’il enlève tout corps à cette musique, loin s’en faut. Bien au contraire, il va lui donner la dimension intime de ce drame, toute en vibration, transparence, couleurs, sensualité, spiritualité aussi. C’est dans l’arc tendu des cordes de notre orchestre (au mieux de sa forme) que s’exprime cette vision paroxystique du sentiment qui unit Tristan à Isolde. Encore un exemple, s’il faut aussi en choisir un, la Mort d’Isolde.


Dans ce passage d’une géniale beauté, Steinberg fait rouler dans la fosse des flots inouïs de sonorités extatiques amenant Isolde vers l’étape ultime de l’illumination, reliant en une boucle indescriptible ce final au prélude du 1er acte. A couper le souffle !


Janice Baird, encore et toujours

Devant le rôle le plus lourd de tout le répertoire lyrique, on s’attendait malgré tout, avec Janice Baird, à une Isolde de grande classe. Attente…dépassée. Et l’on se demande qui, aujourd’hui, peut mieux rendre justice à ce rôle. D’une plastique souveraine, ce qui ne gâche rien tout de même, Janice Baird franchit les multiples écueils de cet emploi avec un cran et une maîtrise sidérants. D’aigus dardés comme des flèches invincibles à un medium roulant comme l’orage, sa Princesse d’Irlande va rejoindre l’anthologie des meilleures interprètes de ce rôle.

Autre point délicat à distribuer : Tristan. Nicolas Joel ne pouvait que le confier à son Siegfried : Alan Woodrow. Un Tristan, c’est au dernier acte qu’il fait ses preuves. Combien ne l’ont pas fini, même parmi les plus grands ! Avec Alan Woodrow, nous tenons l’un des rares et authentiques Tristan de sa génération. Chapeau bas pour ce troisième acte somptueusement maîtrisé, alliant force et fragilité, joie et désespoir. Renversant !

Kurt Rydl fut le Marke déchirant et vocalement somptueux que l’on espérait. Oliver Zwarg incarna, au sens étymologique, un Kurwenal d’une très belle stature vocale et profondément émouvant. Janina Baechle fut une Brangaene terriblement ambigüe, dont le mezzo impérial donna sa pleine mesure dans des « appels » d’une incroyable beauté. Saluons aussi Christer Bladin (Mélot et Un Marin), enfin Alfredo Poesina, berger à la superbe ligne vocale.

Tout est dit, cette reprise fera date.

Robert Pénavayre

 

infos
 

Prochaines représentations :
les 14, 18 et 21 mars

Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org

 
Pour en savoir plus :
* DVD
* CD

 

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