Dans la série – prestigieuse – des Grandes Voix, le TCE accueillait dernièrement l’un des plus formidables duos du répertoire bel cantiste, la mezzo soprano italienne Daniela Barcellona et le ténor péruvien Juan Diego Florez, accompagnés pour l’occasion par la plus ancienne formation symphonique espagnole : l’Orchestre Symphonique de Navarre, sous la direction d’Alexander Joel.
Au programme de ce récital composé de duos et d’airs séparés, du classique, uniquement des standards du genre.
Rossini va donc se partager la soirée avec Donizetti, ne laissant que brièvement et de façon assez incongrue la place à Mozart pour deux airs qui, d’ailleurs, ne furent pas les meilleurs moments de ce concert
Rossini donc avec Cenerentola, la scène de la rencontre entre l’héroïne et Ramiro, puis viennent deux merveilleux extraits de La Donna del Lago, la cavatine d’Uberto, suivie de celle de Malcolm. Clôturant cette première partie, le splendide duo Libenskof/Melibea du Viaggio a Reims.
Après donc deux Mozart, l’air du deuxième acte de Don Giovanni par un Juan Diego Florez qui, décidément, n’a pas la vocalité de ce répertoire, ainsi que l’air de Farnace extrait du premier acte de Mitridate qui verra Daniela Barcellona dans les mêmes difficultés, Donizetti entrait en scène pour le plus grand plaisir de tous. Au programme, rien moins que l’air d’Ernesto de Don Pasquale, la grande scène de Leonora du troisième acte de La Favorita, et pour clore en beauté, le sublime duo Gennaro/Orsini de Lucrezia Borgia.
Les réserves ci-dessus prises en compte, que dire sur des interprètes qui sont, aujourd’hui, et pour longtemps faut-il l’espérer, des références absolues dans ce répertoire ?
Le timbre de Daniela Barcellona a les couleurs chaudes et veloutées qui vont à merveille autant aux rôles de travestis qu’aux plus subtiles héroïnes rossiniennes. L’ambitus est profond, des harmoniques fauves colorent un aigüe sans faille, l’émission est d’une souplesse exemplaire, la musicienne est accomplie. Le régal est de tous les instants.
Quant à son ténor de partenaire pour la soirée, il est, dans son répertoire, l’idéal. Son timbre incandescent, naît sous le soleil du Pérou, colore la moindre inflexion d’une voix qu’il maîtrise au-delà de tout ce qui est connu. Sa quinte aigüe est devenue légendaire de facilité de même que son phrasé dont la dynamique suscite en permanence une intention dramatique.
On peut comme cela, en écrire des pages et des pages. Si vous ne l’avez encore jamais entendu, précipitez-vous sur l’un de ses nombreux récitals, ils sont tous chez DECCA. En octobre 2007, il donnera un nouveau concert à la Salle Pleyel, ensuite il participera à un choc au sommet, à nouveau aux TCE, il sera alors aux côtés de…Rolando Villazon !
Robert Pénavayre