CRITIQUE
Une reprise parée de splendeurs musicales
Créée il y a tout juste trois ans, cette production de Salomé revient à l'affiche de l'Opéra Bastille en ce début de saison 2006/2007.
La mise en scène de Lev Dodin, ainsi que les décors et costumes de David Borovsky, sont, avant tout, une illustration, assez convenue d'ailleurs, de cet épisode du Nouveau Testament évoqué par les Evangélistes Marc et Matthieu.
L'intérêt de ces reprises ne pouvait donc que se trouver ailleurs.
Pour ses débuts dans la fosse de l'Opéra de Paris, le chef allemand Hartmut Haenchen s'empare avec passion de la sulfureuse partition de Richard Strauss et la porte à incandescence, servi en cela par des phalanges maison dans une forme éblouissante. Habitué du grand répertoire lyrique, Hartmut Haenchen en possède tous les méandres et nous offre ici à entendre un ruissellement sonore de toute beauté.
La soprano américaine Catherine Naglestad incarne une Salomé à la fois juvénile et terrifiante. Très à l'aise scéniquement, jusqu'au strip-tease intégral de la fameuse Danse des Sept Voiles, elle pare ce rôle redoutable d'un timbre clair et d'une voix puissamment projetée, dominant l'orchestre jusque dans ses déchaînements les plus telluriques. Une belle prestation chaleureusement ovationnée.
Avec le ténor américain Chris Merritt, nous retrouvions l'Herodes de 2003. En existe-t-il un de meilleurs ? Il est permis d'en douter. Son implication dramatique dans ce personnage est absolument totale. Cet immense chanteur sait aussi plier son luxuriant ténor aux mélismes les plus redoutables du rôle, conférant à son interprétation le rang d'anthologique.
Dans le rôle, magnifique, de Jochanaan, le baryton-basse russe Evgeny Nikitin ne convainc pas complètement. Semblant chercher sa voie entre deux tessitures, cet artiste trouve le meilleur de son interprétation dans un registre médium large et formidablement timbré, l'aigu laissant entendre quelques raideurs d'émission inquiétantes.
Si Jane Henschel est une redoutable et volcanique Hérodiade, par contre, sensible déception avec le Narraboth bien falot de Tomislav Muzek et le page quasi inexistant d'Ulrike Mayer.
Sans les citer, un grand bravo à tous les autres rôles (Juifs, Nazaréens, etc.) remarquablement distribués.
Robert Pénavayre |