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Opéra/ Théâtre du Capitole/Rigoletto G. Verdi (24/11/2006)
     
   
CRITIQUE
 

yrique

De découvertes en découvertes

Pour ces troisièmes reprises de la production-maison de Rigoletto, Nicolas Joel nous a proposé quelques belles découvertes vocales.

Tout en saluant comme il convient cette production signée Nicolas Joel pour la mise en scène (cette fois réglée par Patrick Lassalle) et Carlo Tommasi pour les décors et costumes, une production efficace, rigoureuse, qui nous plonge au cœur de cette Renaissance italienne à l’incroyable richesse, il est honnête d’avouer que l’intérêt de ces reprises résidait avant tout dans les découvertes vocales proposées par le maître de maison. D’autant que, fidèle à ses ambitions et à son projet artistique, Nicolas Joel nous offrait en alternance deux distributions pour les trois rôles principaux.

Annamaria Dell’Oste (Gilda)et
Stefano Antonucci (Rigoletto)
dans un second acte bouleversant.
(Photo Patrice Nin)
 
   

En ce vendredi 24 novembre 2006, une première équipe affrontait le redoutable public capitolin, avec, a priori, un peu de tension nerveuse.
Effectivement, sur scène, l’émotion était singulièrement absente.
Dans le rôle du Duc, nous retrouvions le ténor italien Stefano Secco qui s’était fait remarquer sur notre scène, et dans ce même rôle, lors des dernières reprises de cet ouvrage en 2001. Très bon comédien, il charme par un timbre d’une belle luminosité et une voix homogène, longue, parfaitement projetée. Pour ses débuts sur notre scène, sa Gilda était le soprano polonais Aleksandra Kurzak. Soprano lyrique colorature, Aleksandra Kurzak fascine plus par une incroyable technique d’une parfaite sûreté que par un timbre un rien métallique et une émission d’une sévérité peu flatteuse pour l’oreille. Déjà présent en mai 1995 dans la Fedora qui avait clôt toute une ère capitoline (le théâtre fermait de suite après pour une année de travaux), le baryton roumain Alexandru Agache parut singulièrement fatigué. Sa voix, son timbre, le volume sont bien ceux requis pour Rigoletto, manquent le legato, la rigueur stylistique, peut-être même les extrêmes de l’ambitus nécessaire  à une certaine tradition…, et surtout manque, l’émotion qui, sans tirer le bouffon vers une interprétation vériste, un piège rédhibitoire, doit transpirer  en permanence de ce personnage.

Le bonheur d’une vraie Gilda

Samedi après-midi 25 novembre 2006, Nicolas Joel avait réservé aux amateurs un peu curieux, et toujours dans ces fameuses secondes distributions, le bonheur d’entendre enfin une authentique Gilda. Suivant de près la carrière du soprano italien Annamaria Dell’Oste, à qui il confia, en mars 2005, Lisette dans la nouvelle production de La Rondine de Puccini et, en juin de la même année,  Glauce dans la nouvelle production de la Médéa de Cherubini, Nicolas Joel l’avait distribuée cette fois dans le rôle de la fille du bouffon. Avec cette artiste nous ne sommes plus dans le domaine du colorature évanescent. Le timbre est d’une parfaite rondeur, fruité, chaud, la voix est ample et généreuse, le medium et le grave sonnent naturellement, l’aigu est percutant, la musicalité transparaît derrière chaque note, l’interprète est sensible, c’est une authentique, une grande, une enthousiasmante Gilda. Un vrai bonheur ! A ses côtés, remplaçant le coréen Ko Seng-Hyoun, le baryton italien Stefano Antonucci s’empare du rôle-titre avec une autorité qui, dès le prologue, révèle d’exceptionnels talents de comédien (son premier métier). Le geste, l’attitude par rapport aux autres protagonistes comme à la salle impactent immédiatement l’émotion. Un vrai tragédien lyrique qui, même si ne possédant pas, intrinsèquement, la voix du rôle, n’en dispose pas moins des qualités pour le moins essentielles afin d’en transcrire l’essence même de l’écriture. Remplaçant Bülent Kulkci, initialement prévu, le ténor argentin Dario Schmunck revêtait les fastueux habits du Duc. Sensiblement sur la limite supérieure de son répertoire, du moins pour l’instant, cet interprète donne le meilleur de lui-même dans une voix au timbre brillant, voire chatoyant, au phrasé large lui autorisant un cantabile plein de nuances. Même s’il est donné en force, un aigu  percutant couronne avec fierté un ambitus homogène d’une réelle amplitude

La découverte

Il serait étonnant que son nom ne figure d’ici peu parmi celui des stars de l’art lyrique. Nicolas Joel vient de lui faire faire ses premiers pas capitolins dans un rôle certes secondaire, celui de Maddalena, mais qui aura suffit aux oreilles attentives pour déceler une voix de mezzo-soprano hors du commun. Un timbre cuivré, aux reflets soyeux et envoûtants, une réserve de puissance qui augure des Verdi de première grandeur, une parfaite rondeur d’émission, voilà tout ce que nous avons pu entendre pour l’instant. A suivre impérativement, elle est moldave et s’appelle Elena Cassian.
Soulignons enfin les excellentes participations de la basse  Balint Szabo (Sparafucile) et de Sébastien Guèze (Matteo).
Saluons aussi les remarquables interventions de notre chœur.
Terminons sur la direction du maestro Roberto Rizzi Brignoli. Insufflant à cette partition un rôle dramatique de tous les instants, il nous donne à entendre des sonorités inouïes, pleines de tendresse, de violence aussi, de larmes, de cris et de désespoir. Grandiose !

Robert Pénavayre

 

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Prochaines représentations :
28 et 29 novembre,
1,2 et 3 décembre 2006
Renseignements et réservations www.theatre-du-capitole.org

 
 

 

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