CRITIQUE
Un chef d’œuvre de l’opéra-comique français
Quel mélomane ne peut fredonner « Au fond du temple saint » ou bien
« Je crois entendre encore » ?
Ces mélodies sont passées en effet dans le patrimoine le plus célèbre de toute la littérature lyrique. Aussi est-ce avec un bonheur sans mélange que l’on se rend à une représentation des Pêcheurs de perles, l’une des rares œuvres d’un compositeur français, Georges Bizet, mort à l’âge de 37 ans et connu surtout pour une certaine Carmen.
Un bonheur sans mélange, immédiat, fait de mélodies d’une exemplaire souplesse, d’une orchestration riche et puissamment expressive ainsi que d’une subtile et délicate écriture vocale.
C’est dans le cadre d’une nouvelle production que cet ouvrage, créé en 1863, revenait sur la scène de l’Opéra d’Avignon.
Star incontestable de ces reprises, la cantatrice italienne Patrizia Ciofi venait prendre possession du rôle de Leïla et le mettre ainsi à son répertoire. Habituée de rôles beaucoup plus exposés, tels que Lucia, Traviata, Gilda, etc., Patrizia Ciofi se glisse dans le format vocal de la jeune prêtresse avec une sûreté d’intonation et une précision stylistique qui forcent l’admiration. Musicienne superlative, Patrizia Ciofi est l’une des plus belles Leïla qui se puisse rêver.
Remplaçant Francesco Meli, initialement prévu, c’est le jeune ténor canadien Antonio Figueroa qui, non seulement faisait ses débuts en Avignon, mais également débutait dans ce rôle.
Il sera intéressant de le voir évoluer, bien sûr, mais pour l’heure, et dans ce rôle de ténor léger illustré autrefois par Léopold Simoneau, Henry Legay, John Aler ou encore le jeune Nicolaï Gedda, Antonio Figueroa fait entendre un timbre d’une lumineuse densité, un sens du phrasé précieux, particulièrement dans la romance. Quant à son français, il est parfait et parfaitement compréhensible, qualité majeure pour ce genre de répertoire. A suivre assurément.
Coutumier de rôle sensiblement plus lourds, le baryton belge Marcel Vanaud éprouve quelques difficultés dans la tessiture relativement tendue de Zurga, particulièrement au 1er acte. Cela n’empêche pas son chant d’acquérir une certaine noblesse dans le grand air du dernier acte.
Soulignons enfin les courtes mais remarquables interventions de Nicolas Testé, Nourabad au timbre de bronze.
Cette nouvelle production, aussi simple qu’efficace, signée Nadine Duffaut pour la mise en scène, Emmanuelle Favre pour les décors, Danièle Barraud pour les costumes et Jacques Benyeta pour les lumières, fleure bon l’hommage, respectueux, à une certaine imagerie chromo de ces îles extrême-orientales qui firent rêver tant d’explorateur.
Un grand bravo également aux phalanges maison qui, sous la direction de Vincent Barthe, une direction à la fois empreinte d’une grande poésie et d’une profonde tension dramatique, rend justice à l’une des plus achevées partitions du compositeur de Carmen.
Robert Pénavayre
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