Créé en 1831, cet ouvrage connut un immense succès et fut joué près de 700 fois jusqu’en 1913, date de sa disparition complète des affiches. Sur un livret de Mélesville relatant la vie aventureuse, amoureuse et surtout scabreuse du corsaire Zampa, qui finira d’ailleurs emporté dans les enfers par une statue de marbre, Hérold a composé une partition qui, bien que n’ayant pas trouvé en Berlioz un fervent supporter, n’en contient pas moins des pages d’un lyrisme des plus enthousiasmants.
S’aventurant sur un territoire qui n’est pas le leur, William Christie et ses Arts Florissants n’ont clairement pas fait l’unanimité. Loin s’en faut ! Une direction d’orchestre sèche et brutale enleva en effet tout son charme à une partition dont on devine cependant l’habileté, la poésie, le sens dramatique et des hardiesses étonnantes pour cette époque.
Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps jouent la carte de l’original en ce qui concerne la mise en scène, les costumes et les décors. Entendons par là que le jeu des acteurs, volontairement grandguignolesque et très Boulevard du crime, ainsi qu’une prosodie des textes parlés digne de la Comédie française il y a cent ans, donnent un ton, une couleur, une ambiance et un rythme des plus rétros intensément jubilatoires.
Le rôle titre appartient à ce registre de bariténor que magnifia Rossini. Autant dire de suite que la partition qui lui revient est ébouriffante de virtuosité et de difficultés, et requiert une voix et une souplesse d’émission qui ne sont pas du tout l’apanage du ténor Richard Troxell, ce hiatus flagrant allant jusqu’à provoquer des remous dans la salle…Dommage qu’une pareille erreur de distribution entache un plateau au demeurant et par ailleurs d’un bon niveau.
Et en particulier la Camille de Patricia Petibon, soprano ayant aujourd’hui gagné en rondeur et puissance, que l’on sent prête pour des expériences assez éloignées des coloratures de ces dernières années. Réunissant à la fois un physique des plus avantageux et une voix aux couleurs lumineuses et chatoyantes, le ténor Bernard Richter est un Alphonse d’une musicalité et d’un style qui forcent l’admiration, d’autant que le comédien flirte habilement sur un décalage des plus jouissifs.
Saluons aussi Léonard Pezzino (Daniel), toujours aussi épatant, et le duo comique Doris Lamprecht (Ritta) et Vincent Ordonneau (Dandolo).
Malgré ces quelques réserves, reconnaissons notre bonheur de croiser un répertoire oublié faisant revivre l’une des périodes les plus fécondes de la création lyrique.
Robert Pénavayre
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