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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille / Tannhaüser - R. Wagner - 06/12/2007
 

CRITIQUE

Heurs et malheurs de Tannhäuser

Pour son entrée au répertoire de l’Opéra Bastille, le Tannhäuser de Richard Wagner a essuyé les méfaits d’une longue grève d’une partie du personnel de cette institution dans le cadre de sa revendication concernant la réforme des régimes spéciaux de retraite. La présence  de Christine Albanel, ministre de la culture, dans la salle ne pouvait que renforcer le mouvement pour cette première.

Vraisemblablement la bacchanale du 1er acte tel que donnée au Tokyo Opéra Nomori, dans le cadre de la coproduction de ce spectacle avec cette salle, l’Opéra de Paris et le Liceu de Barcelone. (crédit photo Nayasaki Masahiro)

Exit donc la production signée Robert Carsen pour la mise en scène, Paul Steinberg pour les décors et la chorégraphie de Philippe Giraudeau. Seuls subsistaient les costumes signés Constance Hoffmann, mais sans le soutien des décors, il était particulièrement difficile d’en percevoir toute la pertinence…
Toute l’attention du public s’est donc portée sur la distribution et la musique. Hélas, ce ne fut que pour nous faire encore plus regretter l’absence de la production tant la splendeur de l’interprétation, alliée au travail de Robert Carsen, du moins peut-on facilement l’imaginer vu le passé de cet artiste, aurait pu  nous donner l’un des plus beaux spectacles de l’histoire de cette salle. C’est ainsi.

Ovation debout pour Seiji Ozawa

Dès son arrivée au pupitre, il était palpable que la salle « attendait » le maître nippon. Une attente qui ne fut pas déçue, loin de là. Face à un orchestre qui, à l’évidence, le vénère et qui, ce soir du 6 décembre, se montra littéralement somptueux d’éclat, de virtuosité, de tension, de couleurs et de souplesse, Seiji Ozawa délivre une interprétation éblouissante d’intensité et profondément émouvante. Fait rarissime, la salle l’ovationna debout au rideau final.
Sur le plateau et dans un arrangement scénique de Robert Carsen qui, bien sûr, n’a pas grand-chose à voir avec la mise en scène projetée, une équipe de chanteurs de premier plan défendait l’ouvrage.
Pour sa prise de rôle dans Vénus, notre compatriote Béatrice Uria-Monzon vient d’ajouter une pierre angulaire de ce qui pourrait bien être son futur répertoire. On pense donc à Ortrude et Kundry. Son organe aujourd’hui se développe avec insolence dans le haut de son registre tout en conservant des harmoniques sombres propres à ces personnages. Le phrasé est ample et la projection autoritaire. Souhaitons à cette artiste attachante de négocier au mieux un virage particulièrement important pour son avenir.
Pour ses débuts à l’Opéra de Paris, le ténor américain Stephen Gould campe un Tannhäuser de grande stature, affrontant victorieusement ce rôle exténuant avec une conviction qui force le respect.
La soprano hollandaise Eva-Maria Westbroek incarne une Elisabeth proche de l’idéal. Timbre lumineux, projection impériale, musicalité accomplie, organe homogène, certainement l’un des grands sopranos blonds du moment.
Une autre immense émotion musicale nous attendait avec le Wolfram de Matthias Goerne. Le grand baryton allemand aborde ce rôle avec l’infinie musicalité qui a fait de lui l’un des maîtres du lied d’aujourd’hui. C’est tout dire. Autant son chant de concours que sa romance à l’étoile resteront à jamais gravés dans la mémoire des spectateurs. L’ovation qui l’accueillit au salut final le prouve. On ose à peine penser sans se faire très mal au personnage qu’il doit composer…
La suite de la distribution était du même niveau d’excellence, à savoir Franz-Josef Selig (Hermann), Michael König (Walther), Andreas Conrad (Heinrich), Wojtek Smilek (Reinmar) et Ralf Lukas, un Biterolf de luxe.
Impossible de terminer sans souligner également l’apport précieux au succès de cette soirée des phalanges chorales de l’Opéra de Paris, littéralement superlatives pour l’occasion.

Et l’on ne pouvait que regarder discrètement mais avec compassion Robert Carsen qui, dans la salle, assistait impuissant au triomphe d’un spectacle auquel il n’avait pu participer.

Robert Pénavayre

 

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