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Opéra/
Opéra de Paris - Garnier / Le Prisonnier - L. Dallapiccola - 06/05/2008 |
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CRITIQUE
Un programme courageux
En affichant dans la même soirée, Ode à Napoléon d’Arnold Schoenberg et Le Prisonnier de Luigi Dallapiccola, Gérard Mortier prenait un vrai risque, d’autant que ces deux courts ouvrages totalisent à peine 1h15 !
La soirée s’ouvrait donc sur cette pièce écrite par le grand compositeur autrichien en 1942. Réfugié aux USA, Arnold Schoenberg reçoit une commande pour une œuvre de chambre. Il décide de composer un ouvrage hybride pour récitant, piano et quatuor à cordes. S’appuyant sur la violente diatribe écrite par Byron au lendemain de l’abdication de Napoléon, cet opus témoigne d’un véritable engagement politique, du moins concernant la lutte contre toutes les formes de tyrannie. Le metteur en scène catalan Lluis Pasqual va transposer « l’action » et faire du récitant la chanteuse de cabaret immortalisée par Marlène Dietrich dans L’Ange bleu de Josef von Sternberg.
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Dale Duesing dans une terrifiante parodie de L’Ange bleu (Photo F. Toulet)
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C’est le baryton américain Dale Duesing qui affrontait cette transposition aux motifs par trop évidents, avec non seulement une voix toujours aussi impressionnante en termes de projection, mais aussi un incroyable aplomb scénique. Et il en fallait !
Le Prisonnier, opéra en un prologue et un acte, que Luigi Dallapiccola écrivit entre 1944 et 1948, fut finalement créé en 1950. Il s’inscrit exactement dans la même veine contestataire que la pièce de Schoenberg. Etroitement inspirée par la nouvelle d’Auguste de Villiers de L’Isle-Adam (La torture par l’espérance), cette œuvre met en scène un prisonnier de l’Inquisition sous Philippe II. Après de multiples tortures, on lui fait entrevoir une possible liberté. Mais lorsque la porte de sa cellule reste ouverte, ce n’est que pour l’amener directement au bûcher.
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Debout : Chris Merritt (Le Grand Inquisiteur), allongé : Evgeny Nikitin (Le Prisonnier), l’illustration parfaite de la folie humaine
(Photo F. Toulet)
Opéra de la réclusion, il n’appelle que la participation de très peu de personnages…sans nom. Ce huis clos étouffant dans lequel une Mère devine la fin prochaine de son fils (Le Prisonnier), ce dernier écoutant avec un fol espoir son Geôlier l’appeler « frère », traite en substance de la manipulation idéologique. Pour cette nouvelle production, Lluis Pasqual, dans les décors de Paco Azorin et les costumes d’Isidre Prunés, fait de la trop célèbre Chambre Ardente une réplique du couloir de la mort, injection létale incluse. Les horreurs se suivent et se ressemblent.
Rosalind Plowright est une Mére magnifique d’émotion, Chris Merritt, dans le double rôle du Geôlier et du Grand Inquisiteur, est tout simplement stupéfiant d’autorité, quant à Evgeny Nikitin, il campe un Prisonnier superbe vocalement et terriblement émouvant.
L’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Paris, sous la direction de Lothar Zagrosek, expriment à merveille toute la cruauté de cette partition autant par la formidable puissance de la masse orchestrale que par les incroyables raffinements qu’elle contient.
Robert Pénavayre
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