www.classicToulouse.com
ARCHIVES
 
 

 

Opéra/ Opéra de Paris - Bastille / Parsifal - R. Wagner- 04/03/2008
 

CRITIQUE

2008, l’Odyssée de Parsifal

Une somptueuse direction musicale et une très convaincante distribution vocale sauvent une nouvelle production un rien absconse du chef-d’œuvre wagnérien.

Il était entendu depuis longtemps  dans les chaumières wagnériennes qu’il fallait s’attendre à un choc frontal avec cette nouvelle production de Parsifal signée Krzysztof Warlikowski, celui-là même qui réalisa en ce lieu de décoiffantes visions d’Iphigénie en Tauride et de L’Affaire Makropoulos. Evidemment, le trublion polonais n’a pas failli à sa sulfureuse réputation. Copieusement sifflé au rideau final, son travail mérite-t-il autant d’animosité et de réprobation ?


Un Temple transformé en amphithéâtre de médecine (photo: R. Walz)
Flirtant en permanence entre une naïveté affichée, quand il écrit en lettres immenses sur un écran géant les mots : amour, foi et espérance, et une transposition pas si iconoclaste que çà, lorsqu’il transforme le Temple des Chevaliers en un amphithéâtre de médecine au centre duquel des chirurgiens vêtus de rouge tentent de sauver Amfortas, son approche, quasi dogmatique, manque singulièrement de poésie et de rêve. Et en particulier toute cette ferblanterie (ah, ces lavabos !!!) dont sa compatriote-décoratrice attitrée, Malgorzata Szczesniak, fait sa principale source d’inspiration. Un autre reproche qui doit sonner comme un avertissement aux futurs spectateurs de ce spectacle : si vous ne connaissez pas (à vrai dire il y a peu de chance) le chef-d'œuvre de Kubrick, 2001, L’Odyssée de l’espace, vous allez avoir quelques problèmes de compréhension. En effet, ce Parsifal débute par une projection de la scène finale de ce film, une scène dont la puissance autant philosophique que métaphysique est telle qu’elle nourrit encore, 40 ans après, bien des théories. C’est dire ! Or, la voici exposée comme base de réflexion globale dans cette mise en scène.
Thème majeur de cette production : la recherche de la Communauté avec le questionnement suivant : le Graal n’est-il pas tout simplement la vie en commun. Et tout d’abord en famille. C’est d’ailleurs ce que semble suggérer le tableau final nous montrant un dîner aux chandelles réunissant Amfortas, Kundry et Parsifal. On est incontestablement dans le sujet. Il n’y a pas ici de perversion du message wagnérien mais plutôt, et c’est cela qui a été conspué, un abus dans l’utilisation d’un  procédé scénographique, vidéo incluse, dont la répétition devient finalement très académique et s’érige en système totalement dépourvu, par définition, de toute créativité.


De gauche à droite : Amfortas (Alexander Marco-Buhrmester),
Parsifal (Christopher Ventris), Kundry (Waltraud Meier) (Photo : R. Walz)


Une direction musicale superlative

Le grand triomphateur de ces reprises est assurément le chef allemand Hartmut Haenchen. Donnant aux phalanges de l’Opéra de Paris un son d’un velours et d’une transparence incomparables, il dirige cette partition avec un sens de la respiration musicale complètement hallucinant, éblouissant de résonances dramatiques. Capable des plus terribles orages comme  des moments d’une intensité lyrique enivrante, Hartmut Haenchen se situe dans une vision très personnelle dont nous retrouverions des échos dans les souvenirs que nous avons de l’immense Knappertsbusch. Grandiose !
Le plateau vocal est des plus enthousiasmants par son homogénéité. On retrouve le fringant Officier de Cardillac, Christopher Ventris, évidemment un peu plus exposé ici dans le rôle-titre, un rôle qu’il assure avec un timbre clair, une belle musicalité et une projection sans faille sur toute la tessiture. A ses côtés, la star de la soirée, Waltraud Meier, fut une Kundry à l’engagement dramatique d’une incroyable intensité, ce qui lui permit de compenser une fatigue (?) vocale évidente dans tous les registres. Les quatre clés de fa sont à saluer pour le sérieux et l’application de leur prestation, en particulier le vétéran Victor von Halem, superbe d’autorité dans le rôle épisodique de Titurel. Sans oublier bien sûr l’Amfortas d’Alexander Marco-Buhrmester, pathétique sur ses béquilles, Franz Josef Selig, Gurnemanz émouvant de candeur et Evgeny Nikitin, Klingsor déguisé en magicien de foire.
Un grand bravo à l’ensemble des Chevaliers et des Filles Fleurs ainsi qu’aux masses chorales de l’Opéra de Paris, particulièrement sollicitées et somptueusement présentes.


Robert Pénavayre


 

infos
 

 

 

 

copyright © 2007
www.classictoulouse.com
- tous droits réservés -
infos légales

 

 

 

entretiens - festivals - concerts - danse - opéra - disques - dvd - partenaires - contacts - liens - index