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Opéra/ Opéra de Paris / L'Affaire Makropoulos - L. Janacek - 08/05/2007


CRITIQUE

Marilyn, forever

Quatre vingts ans après sa création à Brno, l’une des grandes œuvres du compositeur tchèque Leos Janacek, L’Affaire Makropoulos, fait son entrée au répertoire de notre première scène nationale, dans une nouvelle production qui sera, certainement, l’un des sommets de l’ère Mortier.

     
 

Une réalisation très cinématographique

Dès le prélude du 1er acte, le ton est donné.
Un écran gigantesque occupant la moitié supérieure de la scène  de l’Opéra Bastille diffuse en noir et blanc la course effrénée de voitures se rendant à Brentwood, Fifth Helena Drive. Nous sommes aux USA, le matin du 5 août 1962. Une star mythique du 7ème art, Marilyn Monroe, vient de se donner la mort. Ouverture fulgurante d’une réalisation exemplaire, signée de Krzysztof Warlikowski pour la mise en scène et de sa complice Malgorzata Szczesniak pour les décors et costumes, cette scène liminaire plante à merveille le cadre d’une parabole parfaitement cohérente entre Emilia Marty, la diva immortelle héroïne de cet opéra et la sublime Marilyn Monroe, une autre diva, cette fois hollywoodienne, tout aussi

Emilia Marty (Angela Denoke) fait son entrée (Photo Eric Mahoudeau)
 

immortelle, non par la grâce d’un élixir, mais par son talent, sa beauté et le symbole qu’elle imposa.
Le propos du metteur en scène continuera de se justifier tout au long de ce drame, culminant dans une scène finale d’une grande émotion,  étourdissante de virtuosité.
Sans conteste, un immense moment de théâtre.


Sous un autre symbole du 7ème art, Emilia Marty (Angela Denoke) et Albert Grégor (Charles Workman)  -(photo Eric Mahoudeau)


Un plateau musical exemplaire

Pour ses débuts in loco, le jeune chef d’orchestre tchèque Tomas Hanus s’empare de cette partition avec une autorité saisissante de profondeur et de style, l’Orchestre de l’Opéra de Paris se montrant ébouriffant d’ampleur et de dynamique.
Sur scène, au milieu d’une distribution proche de l’idéal, la soprano allemande Angela Denoke est une Emilia exemplaire. Comédienne engagée, cantatrice d’une incroyable musicalité, elle fait sien un rôle réputé délicat avec une maestria qui laisse songeur. A ses côtés, que du bonheur également, que ce soit Karine Deshayes (Krista), Charles Workman (Albert), Vincent Le Texier (Jaroslav), David Kuebler (Vitek), Ales Briscein (Janek), Paul Gay (Kolenaty)  ou bien encore, séquence nostalgie, le ténor britannique Ryland Davies pour une composition d’une parfaite justesse de ton du pathétique Hauk-Sendorf.
Un saisissant spectacle d’1 h 45 sans entracte. Une flamboyante entrée au répertoire.

Robert Pénavayre


     

 

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