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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille -/ Lohengrin - R. Wagner - 2/06/2007


CRITIQUE

Reprise d’une réussite absolue

Créée in loco en 1996, la mise en scène de Lohengrin par Robert Carsen revient dans toute sa splendeur hanter la salle de l’Opéra Bastille.

Le magicien canadien

Du haut de son siècle et demi d’existence, l’un des plus lumineux chefs d’œuvre du maître de Bayreuth continue d’imposer la vision manichéenne d’une Humanité en proie à toutes ses contradictions.
Robert Carsen aborde le sujet en le situant à des années lumière d’une quelconque reconstitution moyenâgeuse. Dans un décor ouvert en permanence sur la salle, décor que nous sommes donc invités à intégrer, du moins virtuellement, le metteur en scène canadien nous rappelle immédiatement la folie des Hommes. Ruines de bétons armés disloqués par un gigantesque bombardement, murs éventrés, foule en perdition, comme abrutie par un séisme que l’on devine sans trop de mal d’origine humaine, la guerre et son cortège d’horreurs et de ravages. Dans cette ambiance blafarde occupée par un pouvoir fantoche, au milieu de ces rescapés vêtus de gris, le miracle va s’accomplir, le rêve d’Elsa va prendre forme, le rêve peut être aussi de cette masse informe en quête d’une autre vie.

de gauche à droite :Jan-Hendrik Rootering (Heinrich), Ben Heppner (Lohengrin), Jean-Philippe Lafont (Telramund), Evgeny Nikitin (Le Héraut), Mireille Delunsch (Elsa) et Waltraud Meier (Ortrud)


Et lorsque le fond de scène s’ouvre sur une forêt de légende que le conte le plus merveilleux n’oserait même pas imaginer, c’est l’espoir qui tout à coup envahit les cœurs et se cristallise sous la forme d’un être de lumière apportant le salut et la rédemption. Cet être, c’est Lohengrin, épée étincelante au côté, armure d’argent pur, crinière blonde d’ange salvateur. Il va intégrer ce monde de la violence et du mal pour faire triompher la vérité, au risque de se perdre lui-même…
C’est superbe et bouleversant à la fois. Indéniablement du très grand art.

De dos Mireille Delunsch (Elsa)  et Ben Heppner (Lohengrin)
Photos Eric Mahoudeau


Gergiev absent

Deux piliers avaient prévendu toute la série de représentations.
D’un côté le ténor canadien Ben Heppner, de l’autre le maître russe Valery Gergiev. Ce dernier, indisponible, n’a pu assurer le spectacle sous rubrique et fut remplacé, au dernier moment,  par l’un de ses plus proches collaborateurs, le chef allemand Michael Güttler. A l’évidence enivré par une partition au lyrisme échevelé, cet interprète sensible et vibrant d’émotion n’eut pas le temps d’évaluer le rapport fosse-plateau et nous gratifia d’une lecture « symphonique » superbe mais ô combien dévastatrice par moment.
Ben Heppner, fort heureusement, était bien là. Avec lui, c’est tout un âge d’or du chant wagnérien qui renaît. Son timbre clair, son prodigieux phrasé, sa musicalité, ses éclats fulgurants, l’incroyable homogénéité de son émission sur tout l’ambitus, tout en fait un Lohengrin propre aux destins de légende.
Comment exister face à pareil interprète ? En effet, Mireille Delunsch est une Elsa fragile, à la limite de ses moyens vocaux, Jean-Philippe Lafont incarne plus qu’autre chose, et il le fait très bien d’ailleurs, le personnage de Telramund, Waltraud Meier domine en force le second acte mais frôle la catastrophe au trois, son Ortrud sera tout de même formidablement ovationnée, Jan-Hendrik Rootering était déjà Heinrich en 1996 dans cette production, aujourd’hui sa voix a perdu en projection et le timbre est devenu cotonneux. Saluons par contre la performance du baryton russe Evgeny Nikitin dont le Héraut laisse entendre un beau timbre et un organe homogène projeté avec netteté, autorité et vaillance.
Saluons enfin comme ils le méritent, car ils furent les artisans de grands moments, et Dieu sait si cet opéra en compte, les phalanges chorales de l’Opéra de Paris placées sous la direction de Peter Burian. Chacune de leurs interventions mit en valeur leurs qualités de discipline, de rigueur, de couleurs, d’équilibre, de puissance et de musicalité. Un régal !


Robert Pénavayre



     

 

infos
 
Prochaines représentations :
5, 8 et 11 juin 2007.
Renseignements et réservations : www.operadeparis.fr
 
 

 

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