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Opéra/ Opéra de Paris / Le Journal d'un Disparu (L. Janacek) -
Le Château de Barbe-Bleue (B. Bartok) - (26/01/2007)
     

Le Journal d'un Disparu (Janáček) - Michael König, ténor
(Photo Ruth Walz / Opéra national de Paris)


CRITIQUE

Théâtre d’ombres, d’amour et de mort

Deux ouvrages lyriques du 20ème siècle mêlés en un seul et même spectacle ininterrompu, c’est le pari tenu et gagné par l’Opéra de Paris, le 26 janvier dernier au Palais Garnier, lors de la première de cet événement lyrique.

Cette aventure musicale et visuelle étonnante, conçue par le collectif catalan, La Fura dels Baus et Jaume Plensa, associe le cycle de mélodies de Janáček, « Le Journal d’un Disparu » et l’unique opéra de Bartók, « Le Château de Barbe-Bleue ». Tendue à se rompre, l’atmosphère de ces deux œuvres jouées dans la continuité donne le frisson.

« Le Journal d’un Disparu », composé par un Janáček sexagénaire, amoureux d’une jeune femme de 38 ans sa cadette, illustre un cycle de 22 poèmes anonymes qui raconte la passion dévorante d’un jeune paysan quittant son village pour suivre la Tzigane qu’il aime. Cette musique âpre, forte, tragique, écrite pour piano et voix de ténor (le jeune homme), de mezzo-soprano (la Tzigane) et trois voix féminines, ouvre le spectacle dans une version orchestrée par Gustav Kuhn, le chef d’orchestre de la soirée. Transcription fidèle et colorée qui respecte les couleurs intenses de l’auteur de la célèbre Sinfonietta.

Sur un fond d’une noirceur abyssale, le jeune homme, Janík, chanté par l’émouvant ténor allemand Michael König, semble émerger de terre, comme pour une nouvelle naissance, torse nu, confronté à la provocation sensuelle de la Tzigane Zefka (sculpturale Hanna Esther Minutillo). La dimension érotique, si présente dans la musique, anime les corps anonymes qui entourent Janik, jusqu’à sa fuite éperdue et tragique avec Zefka.

Le Château de Barbe-Bleue (Bartók)
Willard White, basse, Béatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano
(Photo Ruth Walz / Opéra national de Paris)


La même noirceur inquiétante hante le décor mystérieux du « Château de Barbe-Bleue ». Précédée d’une vidéo des deux personnages visitant les dédales du Palais Garnier, devenu lui-même le fameux « Château », l’entrée en scène de Barbe-Bleue et de sa dernière épouse, Judith, jette les bases d’un théâtre d’ombres. De mystérieux escaliers à la Piranese jalonnent les déambulations inquiètes de Judith, à la recherche des secrets de son époux à travers les sept portes qu’elle s’acharne à ouvrir. Des portes qui apparaissent comme cette « forêt de symboles » chère au Baudelaire des « Fleurs du mal ». L’imagination des metteurs en scène n’a pas de limite. Les surprises visuelles se succèdent pour coller à la musique et au texte.

Willard White est un Barbe-Bleue inquiet et nostalgique, aux incantations profondes, alors que Béatrice Uria-Monzon brûle comme une torche dans le difficile rôle de Judith. Quel engagement dramatique, aussi bien vocal que scénique de la part d’une cantatrice qui ne nous avait pas habitué à de tels embrasements. Une véritable révélation !

Dirigé avec autorité, finesse et intensité par Gustav Kuhn, l’Orchestre de l’Opéra tisse un commentaire d’un pouvoir expressif irrésistible.

Un grand bravo à Alex Ollé et Carlos Padrissa, les deux artisans de la Fura dels Baus, pour la beauté, la cohérence et la force de leur invention visuelle.

Serge Chauzy

     

 

infos
 

Prochaines représentations les
30 janvier, 4, 6, 8, 13, 16 février 2007.

Renseignements et réservations : www.operadeparis.fr

 
 

 

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