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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille -/Ariane et Barbe-Bleue - P. Dukas - 02/10/2007


CRITIQUE

Un retour peu flamboyant

Disparu de l’affiche du Palais Garnier depuis 1975, l’unique opéra de Paul Dukas refait une apparition et s’installe à l’Opéra Bastille.

Cette partition, puissante et généreuse, trouve dans la phalange de l’Opéra de Paris un interprète d’exception. La rondeur du son, la dynamique de la ligne musicale, la richesse des coloris, la subtilité debussyste comme l’ampleur wagnérienne, deux compositeurs admirés de Dukas, tout cela, et encore plus, le chef Sylvain Cambreling le détaille avec une science du raffinement qui rend un bien bel hommage au seul opéra de ce compositeur.
A vrai dire, heureusement qu’il se passait quelque chose dans la fosse car, sur scène…

A droite Deborah Polaski (Ariane) – Photo Ruth Walz


Confiant la totalité de cette nouvelle production  à Anna Viebrock, Gérard Mortier nous propose une vision pour le moins décalée de la pièce de Maeterlinck. En lieu et place du château de Barbe-Bleue, dont la configuration géographique est essentielle, nous voici dans une sorte de bureau semi-paysagé, avec classeurs à tiroirs et table de travail. A priori, cet endroit est sous surveillance vidéo car, côté cour de la scène, quelques images nous montrent en temps réel l’action vue de haut, une variation, si l’on peut dire, louchant donc sérieusement sur le très beau film de Florian Henckel von Donnersmarck : La vie des autres. L’allusion est donc claire, l’action se passe en ex RDA à l’époque glorieuse de la STASI ! Bien sûr, l’œuvre de Maeterlinck est, par essence, symbolique et, dans des mains expertes, peut se plier à de nombreuses lectures. Mais comment peut surnager, survivre, nous parvenir toute l’émotion contenue dans la partition lorsque l’image est aussi éloignée de la moindre tentation onirique ?
Quant à Deborah Polaski (Ariane), rôle majeur, écrasant,  autrefois tenu par Germaine Lubin, il n’est pas injuste d’écrire combien il lui échappe aussi bien vocalement que dans la prosodie.
S’il faut souligner la bonne tenue de seconds rôles, y compris le somptueux Barbe-Bleue de Willard White, qui doit chanter en gros dix mesures (!) et La Nourrice de Julia Juon, c’est malgré tout pour conclure sur une déception bien amère.

Robert Pénavayre

 

 




     

 

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