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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille / Le Triptyque - G. Puccini
07/10/2010 |
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CRITIQUE
Philippe Jordan embrase Puccini
Composé de trois « mini » opéras d’une petite heure chacun, Le Triptyque (Il Tabarro, Suor Angelica, Gianni Schicchi) fut créé dans son intégralité au Metropolitan de New York en 1918. Très souvent donné sous format éclaté, Gianni Schicchi conjuguant son humour macabre à celui de L’Heure espagnole, Il Tabarro ajoutant sa noirceur, le temps d’une soirée, au drame de Pagliacci, etc., rares sont finalement les théâtres qui s’aventurent dans l’entreprise d’une intégrale pourtant voulue par Puccini. Fervent défenseur de ce compositeur trop facilement vilipendé par une certaine intelligentsia musicale, Nicolas Joel vient d’accéder à son souhait.
Débutant par un sombre mélodrame digne du Boulevard du Crime (Il Tabarro), poursuivant son parcourt avec un acte central teinté de drame, mais aussi de poésie, de sentimentalisme et de religiosité (Suor Angelica), Le Triptyque s’achève sur un éclat de rire grinçant (Gianni Schicchi). Ces trois sujets, fondamentalement différents, s’articulent pourtant avec une efficacité dramatique remarquable, chacun renvoyant aux deux autres des lieux et des époques différents ainsi que des visages contrastés de la société. |

Il Tabarro : Oksana Dyka (Giorgetta) et Juan Pons (Michele) -
Crédit photo : Ian Patrick
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Philippe Jordan, maître d’œuvre d’un triomphe
Musicalement, nous nous trouvons devant un kaléidoscope qui recèle le meilleur de Puccini. En éminent dramaturge, Puccini évoque dans Il Tabarro tout à la fois le mouvement fluctuant de la Seine, un coucher de soleil, « s’auto-cite » avec un amusant clin d’œil à sa Bohème, faisant preuve également d’un sens remarquable de la coloration orchestrale ainsi que du réalisme le plus vigoureux. Concernant Suor Angelica, il serait vraiment téméraire de ne voir dans cette partition qu’une évocation de la vie monastique aux couleurs d’image pieuse et de cantique. En effet, outre une formidable expressivité de tous les instants, les raffinements les plus discrets et de véritables audaces harmoniques parcourent cette œuvre. Avec l’ultime volet de ce triptyque, Puccini nous entraîne vers des sommets d’ironie, de légèreté, d’esprit, de volubilité, de fantaisie. Au cœur d’une farce grandiose somptueusement orchestrée, Puccini nous propose un chef-d’œuvre. Peut-être bien SON chef-œuvre. Et il est clair que pour diriger trois ouvrages aussi différents d’atmosphères, il faut un grand chef. En confiant ce Triptyque à Philippe Jordan, Nicolas Joel ne pouvait faire meilleur choix. Attentif à cette partition fleuve de presque trois heures, le jeune chef suisse lui restitue tout son génie et sa modernité. Face à un Orchestre de l’Opéra des très grands jours, il embrase littéralement Puccini. Somptueux ! |

Suor Angelica : Tamar Iveri (Suor Angelica) -
Crédit photo : Ian Patrick
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Un plateau d’artistes familiers de ce répertoire
Cette production, signée Luca Ronconi (mise en scène), Margherita Palli (décors) et Silvia Aymonino (costumes), vaut en particulier pour un dernier tableau (Gianni Schicchi) totalement jouissif, avec le rôle-titre faisant son apparition en costume Renaissance au milieu d’une parentèle en deuil, contemporaine à nos jours. On peut passer volontiers rapidement sur le tableau central (Suor Angelica), et son immense statue de la Vierge renversée sur le sol, une statue que les protagonistes passent leur temps à monter et à descendre (!), ainsi que sur Il Tabarro qui ouvre la soirée, la production se contentant ici d’illustrer simplement le propos.
Le baryton espagnol Juan Pons se taille la part du lion dans cette soirée avec deux rôles majeurs : Michele (Il Tabarro) et le rôle-titre de Gianni Schicchi. Terrifiant dans l’hystérique et meurtrière jalousie qui anime le premier cité, il se complet avec jubilation dans la rouerie du second, deux rôles qu’il connaît sur le bout des doigts, les ayant chantés sur les plus grandes scènes du monde à de nombreuses reprises. Aujourd’hui, si le registre grave est devenu plus discret, le medium et l’aigu conservent une autorité, une projection et un timbre qui laissent rêveur. Le couple des amants maudits d’Il Tabarro nous fait découvrir la jeune (32 ans) soprano ukrainienne Oksana Dyka (Giorgetta). Fréquentant d’ores et déjà Aïda, Tosca, Butterfly, etc., cette artiste possède une voix de spinto assez étonnante, formidablement projetée, homogène et couronnée par un aigu d’airain en fusion. Il fallait bien un Luigi de la taille du ténor italien Marco Berti pour lui donner une réplique convenable. Soulignons les excellents comprimarii qui complètent cette distribution, et plus particulièrement la mezzo-soprano Marta Moretto dans le rôle de La Frugola, tout comme dans celui de Zita dans Gianni Schicchi. |

Gianni Schicchi : Assis, Juan Pons (Gianni Schicchi), debout : Ekaterina Syurina (Lauretta) et Saimir Pirgu (Rinuccio) - Crédit photo : Ian Patrick
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Suor Angelica, c’est, avant tout, le rôle-titre. Nicolas Joel le confie à la soprano géorgienne Tamar Iveri. Elle affronte ce personnage formidablement émouvant avec retenue, déployant cependant son soprano lumineux dans les larges et splendides phrases qui lui a consacré Puccini. Avec la mezzo-soprano italienne Luciana D’Intino, le terrible rôle de la Zia Principessa trouve une interprète de premier plan, autant vocalement que scéniquement. Encore une fois, les seconds rôles sont superbement assurés. Citons, juste pour le plaisir, la jeune Amel Brahim-Djelloul en Suor Genovieffa.
Le dernier volet de ce triptyque, outre Juan Pons et Marta Moretti précédemment évoqués, est l’occasion de croiser, non seulement des seconds rôles superlatifs, Alain Vernhes dans celui de Betto, par exemple, mais également de découvrir de jeunes talents particulièrement prometteurs. Et dans ce domaine, Nicolas Joel est imbattable ! Le ténor albanais Saimir Pirgu, remplaçant l’argentin Juan Francisco Gatell, fait partie de ceux-là. A l’aube de ses trente ans, il est ici un Rinuccio à l’éclat vocal véritablement solaire. Sa voix est chaude, parfaitement projetée, son style se nourrit de la plus belle des musicalités. Une découverte ! En la matière, la soprano russe Ekaterina Syurina ne lui cède en rien et sa Lauretta est de la meilleure venue.
Absent de notre première scène lyrique depuis des lustres, Le Triptyque de Giacomo Puccini y fait un retour triomphal.
Robert Pénavayre |
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www.operadeparis.fr
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