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Opéra/ Opéra de Paris Bastille / Le Roi Roger - K. Szymanowski - 23/06/2009 |
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CRITIQUE
Une œuvre magistrale à la gloire de l’Amour
Ultime entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de l’ère Mortier, Le Roi Roger, du compositeur polonais Karol Szymanowski, est une incontestable réussite musicale et vocale, surprenante cependant dans sa production.
Né en Ukraine en 1882, mort à Lausanne en 1937, ce compositeur, polonais de nationalité, ne nous a pas livré une œuvre gigantesque mais dont la créativité a joué un rôle important dans le développement de la musique polonaise du siècle dernier. Fasciné par l’Orient, la musique impressionniste et la tradition musicale folklorique de son pays, Karol Szymanowski fut également écrivain. Son livre, Ephebos, que l’on crut longtemps disparu, est un éloge de l’homosexualité, un thème largement développé dans son opéra, Le Roi Roger.
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Marius Kwiecien (Roger) et Eric Cutler (le Berger) - Crédit photo : Ruth Walz |
Créé à Varsovie en 1926, cet opéra, sur un livret de Jaroslaw Iwaszkiewicz, cousin du compositeur, est censé se passer dans la Sicile chrétienne du 12ème siècle. Il raconte l’histoire d’un Berger devenu Prophète d’une nouvelle religion païenne à la gloire de Dionysos. Malgré l’appel à l’enfermement lancé par les autorités ecclésiastiques du moment, le Roi Roger et sa femme Roxane décident de le recevoir en leur château. Coup de foudre immédiat pour le couple royal. A l’image du messager pasolinien de Théorème, le Berger va séduire Roxane et Roger, remettant en cause bien des situations établies. Si la jeune femme ira jusqu’au bout, Roger reculera in extremis et rendra in fine hommage au Soleil apollinien.
Une somptueuse direction d’acteurs
On peut dire bien des choses sur les choix esthétiques largement décalés des décors et costumes de Malgorzata Szczesniak, complice habituelle du metteur en scène Krzysztof Warlikowski. Il est beaucoup plus difficile de ne pas reconnaître l’immense talent de metteur en scène de ce dernier. Scrutant au plus profond les âmes déchirées de Roxane et de Roger, il en dévoile avec une acuité extrême les failles et les moments de fracture. Il met sous une lumière sans ambigüité toute la naïve perversité du Berger, ce Prophète faisant l’apologie de l’amour libre. L’affrontement des trois personnages, la pugnacité de l’un face aux résistances diverses des deux autres, est d’une formidable intensité dramatique. Alors, bien sûr, l’orgie du second acte (voir photo) se transformant ici en une séance, au ralenti, d’aquagym pour une population du quatrième âge, celle-ci monitorée par de jeunes éphèbes en short, peut irriter. Et pourtant que de douceur, que d’humanité face à ces corps que beaucoup refusent même et simplement de voir ! Le sujet central de l’œuvre faisant largement référence au thème de l’Amour avec un grand A, ne peut-on aussi déceler dans ce décalage, toutes sexualités confondues, une marque de cet élan vital entraînant l’Homme dans son désir d’amour universel ?
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Au premier plan : Olga Pasichnyk (Roxane), Eric Cutler (le Berger) et Marius Kwiecien (Roger) - Crédit photo : Ruth Walz |
Un plateau sensationnel
Frédéric Chambert, le nouveau patron du Capitole de Toulouse, l’a invité la saison prochaine pour Tamino. Gérard Mortier vient de lui offrir le rôle du Berger. Le ténor américain Eric Cutler, lauréat du prestigieux Richard Tucker Award 2005, a conquis l’Opéra Bastille par une voix aux accents précis, un timbre lumineux, un large et parfaitement homogène ambitus ainsi qu’une musicalité alliant une belle dynamique vocale à un phrasé exceptionnel.
Roger est le sculptural (heureusement car il est en caleçon quasiment en permanence !) baryton polonais Mariusz Kwiecien. Chanteur de niveau largement international, il est un Roger dont la torture mentale – et sensuelle - se dessine dans toutes les inflexions d’une voix au timbre somptueux d’harmoniques sombres et veloutées à la fois. Ses futurs contrats à Madrid, Londres, Vienne et New York en disent long sur les qualités véritablement exceptionnelles de cet artiste à l’engagement scénique fascinant de justesse. La soprano Olga Pasichnyk a un peu de mal à exister au cœur de ce duel. Elle se bat vaillamment pourtant, imposant une belle ligne de chant et un personnage d’une formidable lucidité.
Citons également l’inquiétant Edrisi de Stefan Margita, et les interventions de Wojtek Smilek (l’Archevêque) et de Jadwiga Rappé (une Diaconnesse).
Saluons le magnifique travail des chœurs interprétant ici des pages quasi grégoriennes au début et largement post romantiques par la suite.
Le chef japonais Kazushi Ono mène la phalange de l’Opéra de Paris au faîte de son talent vers des sommets de couleurs, de puissance et d’éclat. Somptueux !
Robert Pénavayre
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Programme,
renseignements et
réservations :
www.operadeparis.fr
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Prochaines représentations :
30 juin et 2 juillet 2009 |
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