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Opéra/ Opéra de Paris - Bastille / La Walkyrie - R. Wagner -
31/05/2010 |
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CRITIQUE
Philippe Jordan au plus intime de l’émotion wagnérienne
Avec cette Walkyrie, Nicolas Joel continue un gigantesque périple wagnérien de plus de 14 h de musique entamé en mars de cette année avec L’Or du Rhin. Un immense choc musical est au rendez-vous ! |

Siegmund retirant Notung du frêne : Robert Dean Smith (Siegmund) et Ricarda Merbeth (Sieglinde) - Crédit photo : Charles Duprat
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Poursuivant la relecture de sa production hambourgeoise d’octobre 1992, Günter Krämer (metteur en scène) ne sait pas plus s’attirer la compréhension du public aujourd’hui qu’à l’époque. Et c’est un déferlement de sifflets qui les cueillirent au salut final, lui et son staff : Jürgen Bäckmann (décors), Falk Bauer (costumes) et Diego Leetz (lumières). Reconnaissons qu’ils mettent vraiment du leur pour hérisser le mélomane le plus averti ainsi que le plus tolérant. Comment en effet imaginer l’affrontement de ce pauvre Siegmund armé « seulement » de Notung, l’épée promise par Wotan, face à la kalachnikov de Hunding ? Comment vivre l’incroyable tension unissant au 1er acte Siegmund, Sieglinde et Hunding alors que la soupe est servie à toute une équipe de mercenaires qui ne quittent pas Hunding des yeux ? L’idée des walkyries transformées, dans leur blouse blanche, en infirmière d’un service de médecine légiste ne manque pas d’à propos, celles-ci étant censées écumer les champs de batailles à la recherche de héros morts au combat. D’autant que, pour le coup, Günter Krämer va jusqu’au bout, la célèbre Chevauchée des walkyries se transformant en arrivage en vrac d’une foule de jeunes guerriers nus couverts de sang qui, après nettoyage énergique, sont ramenés à la vie par les vierges sacrées. Soit. Quelques visions cependant retiennent l’attention, le final du 1er acte, fugitif certes, une poignée de secondes, mais l’enlacement du frère et de la sœur dans une forêt d’arbres en fleurs, symbole de fruits à venir, ne manque pas d’allure, tout comme le final de l’ouvrage dans lequel une forêt en feu, genre Apocalypse Now, accueille la walkyrie endormie mais aussi, en spectateurs, les principaux protagonistes du drame tétralogique, y compris Erda. Question cependant, alors que Wotan a endormi sa fille bien aimée sur une table, celle-ci, que tout le monde imagine au pays des rêves, se lève et va se recoucher… sous la table ! Finalement, et malgré quelques flashes, une production peu convaincante car manquant cruellement de poésie. |

Günther Groissböck (Hunding) - Crédit photo : Elisa Haberer
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Une vision musicale totalement inouïe
Celle-ci nous allons la trouver sur des sommets d’émotion, dans la direction d’orchestre de Philippe Jordan. A la tête d’une phalange maison de toute beauté, le jeune maestro suisse nous fait entendre une Walkyrie inouïe. Certes les premiers traits surprennent par leur délicatesse et leur tempo, mais rapidement la cohérence s’impose, comme dans L’Or du Rhin. Une cohérence au service d’une lecture originale et pourtant évidente d’un drame profondément humain et avant tout intime, qu’il s’agisse d’une relation hors normes entre une sœur et son frère, de l’amour d’un père pour sa fille ou de la jalousie d’une femme bafouée. Les protagonistes se comptent sur les doigts d’une main, Philippe Jordan les accompagne avec un luxe incroyable de nuances, de couleurs, comme s’il voulait les protéger du drame qui les entoure. Nombreuses furent les gorges nouées et les yeux humides brillaient sur les derniers accords de l’enchantement du feu. Philippe Jordan venait de nous faire cheminer vers l’éblouissement de l’émotion pure.
La distribution vocale porte la marque du maître des lieux, Nicolas Joel, soit une fantastique homogénéité. Remplaçant in extremis Falk Struckmann initialement prévu ce soir-là, le jeune Thomas Johannes Mayer, sans posséder encore (il a moins de 30 ans !!!) la stature vocale d’un Wotan, nous fait par contre entendre ce dernier avec un raffinement musical peu commun, tant dans la nuance que dans un legato hors pair. Les jumeaux légendaires ont le bonheur d’être interprétés par Ricarda Merbeth, Sieglinde au soprano lumineux, vibrante de tensions charnelles, et par Robert Dean Smith, Siegmund héroïque au somptueux phrasé. S’imposant, de spectacle en spectacle, comme la grande basse wagnérienne d’aujourd’hui, Günther Groissböck incarne d’une voix au timbre hallucinant de noirceur comme de rondeur d’émission, un terrifiant Hunding. Superbe ! Katarina Dalayman est l’une des grandes titulaires du rôle de Brünnhilde de par le monde, affrontant la tessiture meurtrière de ce rôle avec une témérité couronnée de succès sans faille. Soulignons enfin, ainsi que l’ensemble d’excellentes walkyries, la Fricka d‘Yvonne Naef, majestueuse dans son immense robe noire et écarlate, omniprésente à tous les moments clés de l’ouvrage, frappant son personnage au sceau d’une autorité vocale aussi puissante que tranchante. Saisissant !
Suite et fin de ce Ring en mars 2011 (Siegfried) et juin 2011 (Le Crépuscule des dieux).
Robert Pénavayre |
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infos |
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Représentations
suivantes :
5, 9, 13, 16, 20, 23, 26 et 29 juin 2010
Renseignements et réservations :
www.operadeparis.fr
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2010-2011 |
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