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Opéra/ Opéra Comique / Mignon - A. Thomas - 12/04/2010
     

CRITIQUE

Un spectacle au charme fou

En remettant Mignon à l’affiche du théâtre qui en a vu la création en 1866, l’Opéra Comique rend justice à une œuvre délicieusement envoûtante.

Peu de temps avant d’être le premier compositeur élevé à la dignité de Commandeur de la Légion d’Honneur, Ambroise Thomas (1811-1896), professeur de composition au Conservatoire de Paris, connaît un spectaculaire succès public avec Mignon.


Marie Lenormand (Mignon) et Nicolas Cavallier (Lothario)
(Photo : Elisabeth Carecchio)

 
Sur un livret inspiré des Années d’apprentissage de Wilhelm Meister, de Goethe, et signé par deux grands spécialistes du genre : Jules Barbier et Michel Carré, Ambroise Thomas écrit une partition d’une incroyable sensibilité et d’une extraordinaire lumière. Aveuglés par Wagner, Verdi et Berlioz, pour ne citer que ces géants, les critiques passeront largement à côté de ce petit chef d’œuvre de charme et d’élégance. Et pourtant, aujourd’hui encore et malgré la quasi disparition de cet ouvrage des programmations lyriques, qui ne peut fredonner « Je suis Titania la blonde », ou  « Connais-tu le pays où fleurit l’oranger » ou bien encore « Elle ne croyait pas dans sa candeur naïve » ? Ces airs sont passés, de génération en génération, dans l’inconscient collectif des mélomanes. Faut-il tout de même rappeler la splendide reprise qu’en avait faite le Capitole en mai 2001, avec rien moins que la prise de rôle (titre) de

Susan Graham et le Wilhelm du jeune… Jonas Kaufmann !
Trois versions existent de cet opéra, ou du moins de son final. L’une, tragique, fait mourir Mignon, une autre lui garde la vie mais dans l’intimité d’un trio conclusif, enfin une dernière qui s’apparente à un véritable happy end général. C’est celle-ci qui a été choisie par Jérôme Deschamps pour  les actuelles reprises Salle Favart, représentations qui compteront parmi les 2060èmes depuis la création ! A noter qu’Ambroise Thomas est le seul compositeur de son temps à avoir assisté à la 1000ème de l’une de ses œuvres : Mignon en 1894 !


Marie Lenormand (Mignon) et Ismael Jordi (Wilhelm Meister)
(Photo : Elisabeth Carrecchio)
Fidèle à une esthétique

 Avant même le lever de rideau, la surprise vient de l’orchestre (ici le Philharmonique de Radio France). Surprise car le chef François-Xavier Roth, excellent au demeurant,  nous fait… face, adossé  à la scène, et les musiciens nous tournent le dos, reprenant en cela la disposition d’époque. C’est une incontestable bonne idée qu’il serait bien sûr plus pertinente à juger dans une salle à l’acoustique moins difficile…
Sur scène, Jean-Louis Benoît, avec la complicité de Laurent Peduzzi pour les décors, plus évocateurs que réalistes, et de Thibaut Welchlin pour les costumes, anime avec subtilité ce mélodrame d’un autre temps qu’il prend soin de garder dans un 19ème siècle lui seyant parfaitement.
De nombreuses prises de rôles rendent ces reprises encore plus attrayantes. Il en est ainsi du mezzo Marie Lenormand, Mignon formidablement émouvante, à la diction parfaite et au timbre d’un beau velours, de la soprano Malia Bendi-Merad, Philine épatante d’abattage, affrontant sa grande scène du second acte avec une assurance dans la vocalise et une autorité dans le registre aigu de tout premier plan, et du ténor Ismael Jordi, Wilhelm Meister dont le timbre de soleil trahit ses origines andalouses et le somptueux phrasé ses études auprès du maestrissime Alfredo Kraus. Téméraire jusqu’à l’insolence dans la quinte aigu, Ismael Jordi n’en développe pas moins un large ambitus parfaitement homogène.


Final de l’opéra : De gauche à droite : Christophe Mortagne (Laërte),
Blandine Staskiewicz (Frédérick), Malia Bendi-Merad (Philine), Nicolas Cavallier (Lothario), Marie Lenormand (Mignon) et Ismael Jordi (Wilhelm Meister)
(Photo : Elisabeth Carrecchio)

Autres artisans de cette incontestable réussite, le baryton-basse Nicolas Cavallier est un Lothario d’une belle noblesse d’accents, la soprano Blandine Staskiewicz aborde le rôle travesti de Frédérick avec panache et musicalité, le ténor Christophe Mortagne est un Laërte au timbre incisif et à la diction d’une parfaite netteté, un chanteur qui plus est doublé d’un comédien convaincant, enfin le baryton Frédéric Goncalves montre, dans le rôle épisodique de Jarno, un véritable engagement scénique ainsi qu’un beau timbre aux harmoniques cuivrées.
Le chœur accentus complétait un plateau d’une homogénéité idéale, donnant vie à un spectacle étranger aux effets gratuits, totalement cohérent et fantastiquement émouvant. Ne serait-ce la sècheresse de l’acoustique de la salle, un régal !

Robert Pénavayre

 

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Représentations 
suivantes :


18/04/2010

Renseignements et réservations :
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