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Opéra/ Opéra Comique / Fortunio - A. Messager 10/12/2009 |
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CRITIQUE
Fortunio sur ses terres
Soixante deux ans après sa dernière apparition sur la scène de la Salle Favart, Fortunio, d’André Messager, revient hanter cet Opéra-comique qui le vit naître en 1907. Dans une belle distribution et une production sur bien des points enthousiasmante.
Le Chandelier est une pièce de théâtre fort peu connue aujourd’hui qu’Alfred de Musset (1810-1857) écrivit en 1835. Une pièce quasi autobiographique relatant les manigances de deux amants se servant d’un jeune homme (Alfred de Musset en l’occurrence) pour distraire l’attention du mari trompé.
Adaptée par Gaston Arman de Caillavet et Robert de Flers, cette histoire sert de ressort dramatique à la comédie lyrique que composa André Messager (1853-1929) en 1907.
Chef d’orchestre reconnu, compositeur adulé, directeur de l’Opéra de Paris et de la Société des Concerts du Conservatoire, André Messager est un acteur majeur de la vie musicale française dès l’aube du 20ème siècle. L’élégance des compositions et la science d’une orchestration dans laquelle la profondeur ne le cède en rien à la légèreté et la délicatesse sont l’apanage de ce compositeur particulièrement prolifique en matière lyrique (une trentaine d’ouvrages !). |

1er tableau : au centre, Jean-François Lapointe (Landry)
(Photo : Elisabeth Carrecchio) |
Toutes ces qualités sont condensées dans Fortunio. Et ce ne sont pas les deux compères sociétaires de la Comédie française : Denis Podalydès (mise en scène) et Eric Ruf (décors), encore moins Christian Lacroix (costumes) qui viennent troubler un tant soit peu la subtile harmonie qui fait tout le charme de cet ouvrage. Bien au contraire ! Denis Podalydès, en homme de théâtre, s’attache à cette poignée de personnages archétypes d’une certaine province. Il les fait vivre avec une densité incroyable, entourant et soulignant leur personnalité avec une acuité et une empathie de tous les instants. Du travail d’orfèvre et une belle réussite pour un coup d’essai dans ce genre très particulier de l’opéra.
Une distribution pleine de charmes
Depuis l’agrandissement inopportun de la fosse d’orchestre il y a quelques années, l’acoustique merveilleuse de la Salle Favart s’est considérablement durcie. Pour preuve le torrent de décibels dont nous a gratifié l’Orchestre de Paris sous la direction de Louis Langrée. Difficile de reconnaître, voire d’entendre dans ces conditions toute la poésie et l’infinie retenue de cette partition. Dommage. |

De gauche à droite : Jean-Marie Frémeau (Maître André), Joseph Kaiser (Fortunio),
Virginie Pochon (Jacqueline) et Jean-Sébastien Bou (Clavaroche)
(Photo : Elisabeth Carrecchio) |
Sur scène, heureusement, il en était autrement, même si les chanteurs eurent parfois du mal à franchir le mur sonore. Sauf à faire des efforts malvenus…
Joseph Kaiser, très connu des cinéphiles pour son interprétation au cinéma de Tamino dans La Flûte de Kenneth Branagh en 2007, incarne, malgré une méforme non annoncée, un Fortunio au timbre clair, au phrasé d’une superbe musicalité, un chaste fol d’une candeur confondante et d’une renversante honnêteté. Un jeune ténor à réécouter le plus rapidement possible. Il sera Don Ottavio à Salzbourg en 2010. Virginie Pochon possède tout pour être une Jacqueline de rêve. Un physique plus qu’avantageux, un soprano cristallin et lumineux qui se déploie sur une ligne de chant d’une belle musicalité, une véritable capacité à traduire le subtil changement amoureux de ce personnage, changement qui est le ressort même de l’action, Virginie Pochon dispose de beaucoup d’atouts qu’il sera intéressant de voir évoluer. Jean-Marie Frémeau incarne Maître André dans la plus belle et pure des traditions, Jean-Sébastien Bou impose son solide baryton au profit d’un Clavaroche digne du meilleur théâtre de boulevard. Quant à Jean-François Lapointe, baryton québécois très connu en France, ce n’est rien de dire qu’il « explose » complètement le rôle épisodique de Landry, tant par sa personnalité que par un organe absolument splendide. N’oublions pas qu’il est le meilleur titulaire de Pelléas au monde actuellement !
Saluons de la même manière les autres rôles ainsi que le chœur de chambre « Les Eléments » pour leur précieuse contribution à la qualité générale de ce spectacle.
Robert Pénavayre |
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Représentations
suivantes :
16, 18 et 20 décembre 2009
Renseignements et réservations :
www.opera-comique.com
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