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CRITIQUE
Le charme discret de Mignon
Pour les actuelles reprises de Mignon, d'Ambroise Thomas, Nicolas Joel offrait à deux jeunes interprètes français des prises de rôles. L'émotion était au rendez-vous.
Tous les mélomanes se souviennent des annulations qui frappèrent en avril 2001 la nouvelle production de Mignon au Capitole. Tenant bon la barre dans la tempête, Nicolas Joel était tout de même arrivé à assurer les représentations et à afficher in fine Susan Graham dans le rôle-titre. |
Point de suspense cette année en la matière, mais une grande émotion car Sophie Koch et Yann Beuron affrontaient pour la première fois deux rôles emblématiques de l'opéra-comique français.
Succéder à l'immense cantatrice américaine n'était pas chose facile certainement. Crânement cependant, notre jeune mezzo s'empare du rôle de Mignon, lui confiant son timbre velouté et fruité à la fois, sa belle ligne de chant ainsi qu'une sensibilité de tous les instants qui finit par emporter l'adhésion et lui valut un belle et méritée ovation au final.
Dans l'emploi de Wilhelm Meister, Yann Beuron, avec des moyens mesurés qu'il porte à l'incandescence, nous fait retrouver un certain âge d'or de ce répertoire. Projetant à merveille un phrasé et une prosodie qui touchent à la perfection, ce ténor, de plus comédien fort sensible, pare son chant d'une musicalité inouïe, notamment dans un dernier acte à écouter à genoux, acte dans lequel il fait naître une profonde émotion par le seul sortilège de nuances vertigineuses. Un modèle en quelque sorte !
Dommage alors que la Philine de Laura Claycomb expose un timbre sans charme et une émission un rien hésitante, d'autant que Giorgio Surian est un plus qu'honnête Lothario, au même titre que le Frédéric de Blandine Staskiewicz et, dans le double rôle de Jarno et Antonio, Philippe Fourcade.
Succédant au strasbourgeois Emmanuel Villaume, Jean-Yves Ossonce tient les phalanges capitolines avec une remarquable précision. A dire vrai, et dans ce genre de répertoire, on aurait certainement souhaité ces couleurs pastel de même que ces traits moins carrés, ces sonorités diaphanes qui, plus particulièrement ici, forment l'atmosphère musicale entourant un personnage fragile et ô combien attachant.
Heureusement, côté ambiance, il y a les décors de toiles peintes évocateurs des siècles passés d'Emilio Carcano, il y a aussi la mise en scène de Nicolas Joel, une mise en scène sachant aussi bien animer les scènes de foule avec virtuosité que s'attacher avec justesse aux émois de chaque personnage, une mise en scène pour finir qui trouve son apogée dans un dernier acte bouleversant de simplicité et d'émotion.
Et si, au travers de tout cela, Nicolas Joel avait percé les mystères de ces ouvres adulées au siècle dernier, que d'aucuns qualifient aujourd'hui de dépassées et qui, pourtant, contiennent un charme, certes discret mais bien réel, un charme que seul un véritable amoureux de ce répertoire peut ramener à la vie.
Robert Pénavayre |