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Opéra/
Teatro Real de Madrid / Orfeo - Monteverdi - 21/05/2008
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CRITIQUE
L’Orfeo Royal
Le splendide Teatro Real de Madrid présente actuellement une série de spectacles qui conduisent les spectateurs sur les pas d’Orphée. Monteverdi et Gluck, bien sûr, mais aussi Ernst Krenek. Précédant de peu la venue de Juan Diego Flórez dans l’Orphée de Gluck, le prestigieux ensemble « Les Arts Florissants », (auquel s'est joint l’ensemble « Les Sacqueboutiers », de Toulouse) mené par William Christie, ainsi que le metteur en scène Pier Luigi Pizzi présentaient aux Madrilènes une passionnante nouvelle production de L’Orfeo de Claudio Monteverdi.
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Le premier acte de L'Orfeo dans la production de Pier Luiggi Pizzi - Photo Javier del Real |
La renaissance du Teatro Real
C’est effectivement à une nouvelle naissance de la grande scène madrilène que l’on peut assister de nos jours. Faisant face au gigantesque Palais Royal, de l’autre côté de la Plaza de Oriente, le bâtiment actuel est l’impressionnant résultat des multiples avatars subis par cet emplacement idéal occupé depuis 1704 par une succession de théâtres de tous ordres. Devenu enfin Teatro Real (Théâtre Royal) en 1850, il subit les conséquences tragiques de la dernière guerre civile. Transformé alors en salle de concert, il renvoie les représentations d’opéra à l’autre salle lyrique de la capitale, le Teatro de la Zarzuela. Ce n’est que depuis onze ans que le Teatro Real a enfin retrouvé un lustre comparable à celui des plus grandes salles d’Europe. Etagé sur 22 niveaux, il possède maintenant les équipements techniques les plus modernes qui soient, permettant une alternance quotidienne des ouvrages représentés. L’aménagement luxueux des salons ajoute encore au charme de ce lieu de culture.
La très belle et très confortable salle à l’italienne de plus de 1800 places possède une acoustique de premier ordre permettant la représentation de tous les ouvrages du répertoire et la création d’œuvres lyriques nouvelles, ainsi que l’organisation de grands concerts symphoniques. Une riche programmation artistique, exigeante et originale en fait une maison qui peut enfin rivaliser avec l’autre grande salle lyrique du pays, le Liceu de Barcelone. |

Orfeo (Dietrich Henschel) et Euridice (Grazia Schiavo) - Photo Javier del Real |
Monteverdi à son zénith
Le quatrième centenaire du réputé premier opéra de l’histoire a entraîné la multiplication des nouvelles productions de L’Orfeo. Celle que réalise Pier Luigi pour le Teatro Real et pour le théâtre de La Fenice de Venise marquera l’ouvrage. Certes Orfeo n’y apparaît pas juché sur un scooter comme un ragazzino. Il ne tente pas d’enlever Euridice de l’asile d’aliéné où elle aurait été enfermée… Pizzi replace l’œuvre au temps de Monteverdi. Dans un très beau décor unique renaissance, les acteurs-chanteurs évoluent dans de somptueux costumes qui habillent également les musiciens, lesquels se mêlent habilement à l’action. La mise-en-scène, soignée, raffinée et intelligemment agencée, réalise une double intégration de la danse et du chant, du plateau et de la fosse entre lesquels n’existe aucune barrière. Détail subtil, Pizzi donne à voir, dans la dernière scène, les deux fins possibles : celle de la légende originale qui voit Orphée dévoré par les Bacchantes, et celle, plus heureuse, choisie par Monteverdi dans laquelle Apollon console son fils et l’emporte dans les cieux. Ce final est d’ailleurs l’occasion d’un éblouissant désordre chorégraphique qui voit les musiciens, les danseurs et les chanteurs emportés par une même folie, avec moonwalk digne d’un Michael Jackson !
L’exécution musicale n’est pas en reste. William Christie, maître en la matière, manie dynamique et raffinement extrême, sens des nuances et du phrasé, permettant à ses musiciens aguerris une ornementation parfaitement en situation. L’opulent continuo (deux clavecins, orgue, deux théorbes, violes et harpe) déploie des sonorités d’une suave beauté. Le chœur des Arts Florissants y fait merveille, évitant toute systématisation des nuances, comme dans le final de l’acte II qui s’achève par l’inhabituelle reprise du « Ahi caso acerbo… » sur un émouvant decrescendo. |

Orfeo aux enfers (Acte IV) - Photo Javier del Real |
La participation des cuivres des Sacqueboutiers revêt ici un double aspect musical et scénique. Apparaissant des tréfonds de la scène lors de la toccata d’ouverture, jouée avec éclat et sûreté, ils se mêlent aux esprits dans les ritournelles infernales impeccablement déclamées, à la fois rutilantes et inquiétantes.
Dans la distribution vocale, d’un excellent niveau, on ne peut qu’admirer l’étroite conjonction entre les qualités vocales et scéniques des acteurs-chanteurs. Maria Grazia Schiavo incarne les trois rôles d’Euridice, de Proserpina et de La Musica de son chant raffiné, clair et dramatiquement caractérisé. Sonia Prina est une Messaggiera émouvante et une chaleureuse Speranza. Le personnage d’Apollo est joliment chanté par le ténor Agustín Prunell-Friend. Quant aux deux basses, Luigi De Donato(Caronte) et Antonio Abete (Plutone), elles impressionnent par la solidité de leur déclamation, alors que tous les rôles de nymphes, bergers et esprits sont parfaitement tenus. Mention spéciale pour le ténor Cyril Auvity, particulièrement impliqué et Juan Sancho au timbre plein de charme.
Le cas de Dietrich Henschel, bouillant Orfeo, est un peu particulier. Sa voix de baryton corsé (il vient d’incarner Wozzeck) ne se plie pas aisément au phrasé raffiné que réclame le chant monteverdien et les notes aiguës lui posent quelques problèmes. Le timbre un peu ingrat, un peu rude pour ce rôle, ne l’empêche pourtant pas de vocaliser très correctement le redoutable « Possente spirto… ». Scéniquement toujours juste, il incarne, tout au long de l’œuvre, un véritable personnage, dramatique, convaincant et émouvant.
Notons que cette belle production, qui recueille un beau et franc succès public, a été filmée et distribuée dans de nombreuses salles de cinéma d’Europe, comme une récente représentation new-yorkaise de « La Fille du Régiment ». Elle a également été retransmise sur écran géant en direct sur la Plaza de Oriente. Une foule impressionnante a bravé la pluie pour suivre avec passion cette aventure éternelle.
Serge Chauzy |
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Pour tout savoir sur les programmes du Teatro Real de Madrid :
www.teatro-real.es/
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