ARCHIVES
|
| |
| |
.jpg) |
|
Opéra/ Opéra de Lyon / Manon Lescaut - G. Puccini -
24/01/2010 |
| |
|
|
CRITIQUE
Le premier chef-d’œuvre vériste
En affichant la rare Manon Lescaut de Puccini, l’Opéra de Lyon introduit une couleur italienne dans un programme annuel dont la thématique de l’errance traverse une saison riche en ouvrages russes et en créations contemporaines.
Si Le Villi en 1884 et Edgar l’année suivante n’installent pas de façon évidente Giacomo Puccini comme seul compositeur capable de relever le flambeau de l’art lyrique italien, la création en 1893, au Teatro Regio de Turin, de Manon Lescaut, avec un succès plus qu’honorable, est la preuve irréfutable que ce jeune compositeur de 35 ans assimile à une vitesse hallucinante les leçons de Verdi. Très clairement, La Bohème et Tosca ne sont plus très loin dans le cheminement musical de ce musicien prenant des positions très marquées et originales par rapport au lyrisme verdien. |

Madrigal du deuxième acte : assise Svetlana Vassileva (Manon), à ses pieds un chanteur
(Franziska Rabl) - Crédit photo Jean-Louis Fernandez |
Une production à la croisée des destins
Pour sa première production à l’Opéra de Lyon, le dramaturge catalan Lluis Pasqual décide de transposer l’action du 18ème siècle aux années 40-50 du siècle dernier. Avec la complicité de Paco Azorin pour les décors et Franca Squarciapino pour les costumes, il nous entraîne dans une gare, lieu de tous les départs, mais aussi des rencontres les plus improbables.
Manon, entre les mains de Géronte de Ravoir, transformé ici en producteur de cinéma, devient une star du 7ème art, nous rappelant de facto la vision très hollywoodienne de la Cendrillon de Noureev. C’est, d’un bout à l’autre, parfaitement cohérent, percutant, frappé au coin du mélodrame le plus cruel, particulièrement la scène de l’embarquement du Havre où l’on voit les prostituées descendre d’un wagon de triste mémoire pour s’embarquer vers un exil qui s’apparente fort à une déportation. Le final nous montre le Chevalier et sa bien-aimée, perdus au fin fond du désert, appuyés aux dernières traverses d’une voie de chemin de fer qui s’arrête là, au milieu de nulle part. Véritable parabole d’une vie inaboutie, celle de Manon, cette ultime image renvoie avec violence à la destinée désespérée de l’héroïne.
La direction musicale de Kazushi Ono, chef permanent de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon depuis la saison 2008-2009, est au diapason de cette vision profondément crépusculaire, au point parfois d’en oublier le ruisselant lyrisme et l’intense chaleur qui parcourent cette partition.
L’une des raisons justifiant l’absence de ce titre au fronton des maisons d’opéra est certainement la difficulté d’en réunir les interprètes, du moins ceux de Manon et du Chevalier.
La Manon de Puccini est loin de sa célèbre consœur française. Elle réclame un grand lirico spinto puissamment projeté, d’un ambitus large et formidablement homogène car sollicité sur toute sa longueur. Si la créatrice, Cesira Ferrani, avait à peine 30 ans lorsqu’elle créa ce rôle, si elle fut aussi Juliette (de Gounod) et Mélisande, n’oublions pas qu’elle aborda aussi avec succès les sopranos blonds wagnériens… A l’évidence et malgré toutes ses authentiques qualités, la bulgare Svetla Vassileva, invitée à Lyon pour chanter ce rôle, n’a pas la carrure vocale de cet emploi. La projection en force de la quinte aiguë en est une preuve irréfutable. Son répertoire habituel voit se croiser Micaëla, Liu, Nedda, Gilda ou encore Traviata, rôles sensiblement éloignés de l’héroïne de l’abbé Prévost. Pour le moins !
Deuxième piège de la distribution : le Chevalier. Son créateur, Giuseppe Cremonini, mort au sommet de sa jeune gloire à 37 ans, était un ténor exceptionnel chantant aussi bien Nadir et Arturo des Puritains que le rôle-titre de Lohengrin et celui de Walter des Maîtres Chanteurs wagnériens ! Il est clair que Puccini réclame à son interprète de se souvenir des règles bel cantistes tout en lui imposant une formidable souplesse d’émission et une particulière plénitude dans le registre aigu. Le ténor russe Misha Didyk ne possède que partiellement ce potentiel. Celui qui chantera demain en ce même lieu rien moins que La Dame de pique (!), nous est apparu avec un haut de registre en difficulté, une voix courte, sans appui dans le grave. De plus son émission « tubée » est assez éloignée de l’élégance latine que l’on attend dans ce rôle. Les réelles qualités de phrasé que développe cet artiste ne suffisent pas évidemment à caractériser vocalement un rôle décidément très délicat.
Bien sûr les autres rôles sont plus classiques et ici parfaitement distribués. Du baryton Lionel Lhote (Lescaut) à la basse Alexander Teliga (Géronte) en passant par le luxueux Edmond du ténor Benjamin Bernheim et l’excellente mezzo soprano Franziska Rabl (un chanteur), la qualité est au rendez-vous.
Robert Pénavayre
|
|
|
infos |
| |
Tout savoir sur la
saison
de l’Opéra de
Lyon :
www.opera-lyon.com
|
Les saisons musicales
lyrique et
chorégraphique
toulousaines
|
|
| |
2010-2011 |
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
| |
|
|