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Opéra/ Opéra de Paris / Lucia di Lammermoor - G. Donizetti (02/10/2006)
     

De gauche à droite : Ludovic Tézier, Natalie Dessay, Christian Jean et Salvatore Cordella
(Photo Eric Mahoudeau)

CRITIQUE

La Lucia de Natalie Dessay

Les reprises de la production du chef d'œuvre donizettien signée Andreï Serban sont, avant tout, l'occasion pour les mélomanes français d'entendre la Lucia italienne de Natalie Dessay

Impressionnante, tel est le premier adjectif qui vient à nos lèvres en présence d'une telle performance.

Phagocytant complètement une production qui ne pouvait que coller à son tempérament hors du commun, Natalie Dessay s'empare immédiatement de l'immense scène de Bastille, faisant de la balançoire au-dessus de l'orchestre ou chantant la scène de la folie en équilibre (sans sécurité aucune !) à quelques dix mètres de hauteur.

A vrai dire, peu de chose à voir, du moins dramatiquement, avec June Anderson, son illustre et sublime devancière (1995) in loco, qui privilégiait une certaine approche du personnage, plus vocale, plus retenue.

Avec Natalie Dessay, nous sommes immédiatement dans la folie et la démesure. Faire de l'équilibre, courir, se mettre la tête sous l'eau, etc, ne lui pose aucun problème. Elle va même articuler son chant sur ce vertigineux délire. Sa voix a considérablement évolué. Finis les rossignols et leurs coloratures, voici venu le temps des grands lyriques, aujourd'hui Lucia, Manon, Juliette, Pamina, demain Traviata et Marie de La Fille du Régiment.

Incontestablement le médium s'est renforcé, sans pour autant enlever de la souplesse à l'émission. Il était fatal cependant que l'artiste abandonne quelques notes suraiguës, c'était le prix à payer. Le bilan est plus qu'honorable. Alors, même si une certaine dureté dans les aiguës forte a fait son apparition, le charme de cette voix à nulle autre pareille opère toujours. Et l'on reste sidéré par ce somptueux contrôle du souffle et cette musicalité toute au service d'un engagement dramatique.

Ses partenaires avaient un peu de mal à rivaliser. Que ce soit l'Edgardo un rien sous dimensionné de Matthew Polenzani, au demeurant excellent styliste, ou bien encore Ludovic Tézier, qui voyait son rôle amputé de l'entière scène de la Tour, mais de toute façon bien piètre comédien. Seul le Coréen Kwangchul Youn campait vocalement un Raimondo présentable en ces lieux.

L'autre sujet de satisfaction devait être, incontestablement, la direction du maestro Evelino Pido. Spécialiste de ce répertoire, il sait le faire chanter, rouler, tourbillonner, s'alanguir aussi, comme nul autre. Un vrai bonheur a priori partagé par les interprètes.

Quant à la production d'Andreï Serban, loin des kilts et des brumes, en plein cœur d'un camp militaire, personne aujourd'hui ne songe plus à nier sa force créatrice ni son pouvoir évocateur et émotionnel.

Robert Pénavayre


     
     

 

infos
 

Prochaines représentations : 9, 12 et 16 octobre 2006 à 19h30

Renseignements et réservations : www.operadeparis.fr

 
 

 

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