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Opéra/
Royal Opera House - Covent Garden / Il Trovatore -
G. Verdi -25/04/2009
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CRITIQUE
Il Trovatore au cœur du Risorgimento
Pour la troisième reprise de cette production d’Il Trovatore, l’une des œuvres les plus marquantes de Giuseppe Verdi, le Royal Opera House de Londres a misé sur une distribution prestigieuse.
La mise en scène d’Elijah Moshinsky, les décors de Dante Ferretti et les costumes d’Anne Tilby, nous plongent sans ambigüité aucune dans un remake du chef d’œuvre de Visconti : Senso. Mais n’est pas Visconti qui veut et le spectacle présenté aujourd’hui, s’il ne manque pas de cohérence, est visuellement peu convaincant, particulièrement l’acte de la Gitane, devant des haut-fourneaux singulièrement envahissants. Soulignons tout de même un final extrêmement violent qui voit De Luna non pas envoyer son frère à la mort mais le tuer lui-même devant Azucena dans la prison. Certes ni Verdi ni son librettiste Cammarano n’ont écrit cela mais force est de constater la puissance émotionnante du geste.
Sous la direction précise, nuancée et somptueusement stylée de Carlo Rizzi, l’Orchestre et les Chœurs du Covent Garden de Londres se montrent au mieux de leur forme dans un répertoire qu’ils connaissent, à vrai dire, parfaitement.
Sur scène, c’est un véritable combat de stars
Chantant Leonora pour la première fois au ROH, l’américaine Sondra Radvanosky s’impose d’emblée comme une bel cantiste hors pair, capable des mille nuances écrites par Verdi pour un rôle figurant parmi les plus périlleux et emblématiques de toute une école de chant. Même si le timbre n’est pas opulent, quelle musicalité ! A ce titre, l’air de la Tour fut un moment de ravissement complet salué par une interminable ovation.
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Roberto Alagna (Manrico)
Photo : Catherine Ashmore |
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A ses côtés, le franco-sicilien Roberto Alagna, un habitué de cette scène prestigieuse, campe un Manrico garibaldien plus vrai que vrai. Chemise rouge et mèche au vent, il éclabousse la scène par une présence de feu, faite de jeunesse, de virilité et d’enthousiasme. Le phrasé large et généreux ainsi qu’un timbre solaire que l’on reconnaît entre mille, achèvent le portrait de ce héros cher à tous les amateurs d’opéra. Certains lui reprocheront de se retirer « prudemment » du chœur final du « Di quella pira », zappant ainsi toutes les meurtrières répliques de cette scène et ne revenant que pour lancer l’ultime et célèbre « All’ armi ». Soit. Mais avec quel panache !
Face à lui se dressait l’immense baryton russe Dmitri Hvorostovsky. Dire qu’il incarne un De Luna parfait tient de l’euphémisme. Tout chez cet artiste, qui connut des débuts fulgurants puis vécut des heures douloureuses tient du miracle : |
un timbre au velours chatoyant, un legato ramenant à la légende du bel canto, un contrôle du souffle sans faille et un appui redoutable, une musicalité hors pair, une présence révélant un charisme exceptionnel. C’est avec bonheur que l’on retrouve cet artiste au sommet de ses moyens depuis quelques années. Et ce n’est rien de dire combien était attendu son grand air « Il balen del suo sorriso ». Longuement acclamé, il fut le paradigme de ce que l’on rêve chez un baryton verdien : longueur du phrasé, souplesse du cantabile, respect des nuances, intention aussi. Un moment d’anthologie. |

Final de la seconde partie : de gauche à droite : Sondra Radvanovsky (Leonora),
Roberto Alagna (Manrico) et Dmitri Hvorostovsky (De Luna) - Photo : Catherine Ashmore
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Dommage alors que l’Azucena de la polonaise Malgorzata Walewska manque cruellement de cette couleur à la fois chaude et sombre que l’on attend chez cette gitane. Sous-dimensionnée dans ce rôle écrasant, elle est rejointe en cela par la basse russe Mikhail Petrenko, Ferrando de petite stature.
Mais bon, à l’évidence, et c’est tant mieux, ces quelques réserves n’empêchèrent pas ce spectacle de connaître un véritable triomphe.
Robert Pénavayre |
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Ultime représentation :
7 mai 2009
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