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Opéra/ Liceu de Barcelone / Salomé - R. Strauss - 28/06/2009
     

CRITIQUE

La première Salomé de Nina Stemme

En offrant à l’immense cantatrice suédoise Nina Stemme sa première Salomé, le Liceu de Barcelone vient d’inscrire l’une des pages les plus précieuses de son Histoire.

Son nom circule sur toutes les lèvres tant elle est aujourd’hui le plus grand soprano dramatique de notre temps. Son répertoire va de Mozart à Richard Strauss en passant par Verdi et Puccini et, naturellement Wagner. Physique de star, voix d’un velours riche et opulent, Nina Stemme n’en finit pas  de défier les superlatifs. Il manquait à ce soprano, au faîte de sa carrière, un rôle pour lequel cependant elle semblait destinée de longue date : Salomé.
Elle vient de l’aborder dans le célébrissime théâtre des ramblas barcelonaises. Coup d’essai, coup de maître. Il sera désormais difficile d’imaginer une autre interprétation vocale. D’une fantastique homogénéité, sa voix longue, puissamment projetée, sait aussi se plier aux moindres nuances soulignant la naïve perversité de la fille d’Hérodias. La fréquentation du rôle ainsi que d’autres productions devraient nous dévoiler dans les prochaines années toute l’incroyable énergie et l’engagement dramatique dont cette cantatrice est capable dans un rôle qu’elle a d’ores et déjà fait sien.
Gigantesque ovation !



Salomé (Vue d’ensemble)-(Photo : Antonio Bofill)

L’américain Robert Brubaker lui donne, avec son Hérode, une réplique somptueuse. Voix d’un métal sans faille, il incarne, cloné en Karl Lagerfeld, l’étape ultime du stupre porté à l’incandescence. Sa compatriote Jane Henschel, dans le rôle certes plus court d’ Hérodias, met au service de ce dernier un métier étourdissant, dessinant le portrait d’une mondaine prise de boisson assez terrifiant.


Salomé (Nina Stemme) et Hérode (Robert Brubaker)-(Photo : Antonio Bofill)

S’il convient de saluer l’ensemble des seconds rôles pour leur parfaite participation, regrettons cependant le timbre étouffé du Jochanaan de l’américain Mark Delavan dont la grande mais sourde voix manque singulièrement  de présence.
Directeur musical du Liceu, l’allemand Michael Boder dirige la phalange maison avec un souci permanent de la transparence sonore permettant de savourer ainsi toute l’alchimie musicale et la rutilance d’une des plus belles partitions de Richard Strauss.

Au centre, Salomé (Nina Stemme)-(Photo : Antonio Bofill)

Le prophète Jean, un bruit qui court…

Transposant l’action de nos jours, le metteur en scène flamand Guy Joosten s’empare de cette œuvre et la passe au crible d’une brûlante actualité. Ainsi, le prophète Jean devient la rumeur qu’il faut faire taire à tout prix. Inutile de l’enfermer dans sa citerne, il revient aussitôt par la porte. Inutile de le décapiter non plus… Surprenante au début, l’option finit par imposer sa cohérence. Habile pirouette pour la délicate danse des sept voiles, non pas que Nina Stemme ne puisse la danser, mais enfonçant encore plus Hérode dans ses vices, c’est le moment que choisit Salomé pour projeter devant une assemblée ressemblant étrangement à une cène totalement décadente, une vidéo montrant son beau-père dans des attitudes plus que condamnables à son égard alors qu’elle était très jeune. Pour faire cesser cette projection qui le met mal à l’aise, Hérode est prêt à tout promettre…
Dans cette production, à l’évidence, Guy Joosten a privilégié le rôle du tétrarque, trouvant avec Robert Brubaker un interprète idéal. C’est un choix, certes, mais dont l’ambigüité est de laisser Salomé un peu dans l’ombre ou du moins dans une pénombre incertaine et coupable nous privant d’appréhender le talent de feu de Nina Stemme. Dommage. Gageons qu’un autre metteur en scène saura faire exploser celle qui sera LA Salomé de notre temps.

Robert Pénavayre


 

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Prochaines représentations :


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7 juillet 2009

Renseignements et réservations :

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